Les étudiants en Santé seraient moins impactés psychologiquement par la crise sanitaire

mardi 2 mars 2021, par Bruno Benque

Les étudiants connaissent actuellement une grave crise socio-économique et d’isolement. Cette tendance déjà présente depuis quelques années a été amplifiée parr la crise sanitaire. Le Pr Christophe Tzourio, Directeur du service de Santé universitaire de Bordeaux, revient, dans une interview, sur les causes de ce problème et sur ses conséquences, notamment le taux de 12% des étudiants qui ont des pensées suicidaires sévères. Mais fort heureusement les étudiants en Santé seraient partiellement épargnés par cette souffrance psychologique.

Nous l’évoquons souvent dans nos colonnes, surtout depuis le début de la crise sanitaire, les étudiants en général, et les étudiants en Santé en particulier, vont mal. Ce problème, qui n’est pas nouveau, a été accentué depuis le début de la pandémie de COVID-19 sous l’effet de différents facteurs sociaux, informationnels ou économiques.

Une tendance liée à des difficultés socio-économiques et d’isolement

Dans une interview publiée par Medscape, le Pr Christophe Tzourio, épidémiologiste, Directeur du service de santé universitaire de Bordeaux et responsable d’un centre de recherche INSERM qui travaille en particulier sur la santé des étudiants depuis une dizaine d’années, a confirmé l’information largement répandue que les étudiants ne vont pas bien. Il confirme également que ce problème n’est pas récent, puisque la cohorte de plus de 20 000 étudiants, i-Share, sur laquelle il travaille depuis environ sept ans, montre que les étudiants, particulièrement en première année, sont « soumis à des niveaux de stress très élevés, avaient une symptomatologie dépressive pour environ 20 % d’entre eux ».

Cette tendance est fortement liée à des difficultés socio-économiques et d’isolement qu’ils vivent au quotidien. Et la crise sanitaire n’a fait qu’amplifier le phénomène. Sur le plan économique tout d’abord, « ils n’ont pas les petits boulots qu’ils pouvaient faire d’habitude, ils n’ont pas réussi à faire le pécule qu’ils faisaient habituellement durant l’été. Cela leur pose d’énormes problèmes. Il y a énormément d’étudiants qui travaillent dans nos cohortes, plus de 40 % qui ont un travail régulier et là ils n’ont plus du tout de ressources », remarque le Pr Tzourio. D’autre part, alors que la première année post-bac est habituellement difficile en termes d’adaptation et de socialisation, les mesures sanitaires les empêche de s’ouvrir vers l’extérieur et d’échanger avec les autres. Certains, pour cette raison, sont en réelle détresse psychologique.

12% des étudiants auraient des pensées suicidaires sévères

Le Pr Tzourio avoue être désemparé quant à l’identification des cas les plus graves qui nécessiteraient de l’aide. Et il est encore plus difficile d’évaluer les cas de suicides dans ce contexte, car « ce dont on a entendu parler dans les médias, se sont les étudiants qui se sont suicidés sur le campus. Mais actuellement, ils sont pratiquement majoritairement chez eux... ». Il évoque l’étape intermédiaire des pensées suicidaires sévères, que son équipe a mesurée dans l’étude CONFINS : ils sont 12 % à avoir ces pensées suicidaires importantes ! « À Bordeaux, nous sommes en train de mettre en place des moyens de les aider, non pas à faire un diagnostic, mais de les encourager à évaluer leur santé mentale eux-mêmes, de façon à pouvoir dire eux-mêmes s’ils sont fortement ou moins fortement stressés », poursuit-il.

Certains groupes d’étudiants s’organisent eux-mêmes en nommant un responsable chargé d’appeler régulièrement les autres membres du groupe afin d’évaluer leur état psychologique. Mais une fois que les plus fragiles sont identifiés, que faire pour les aider ? Le Pr Tzourio évoque alors une formation venue d’Australie sensée apporter les premiers soins en santé mentale et que des agents du service de Santé universitaire de Bordeaux, ainsi qu’une centaine d’étudiants ont pu s’approprier depuis quelques années.

Les étudiants en Santé mieux lottis sur un plan psychologique ?

Mais nous souhaiterions, pour finir, relater une réflexion intéressante du Pr Tzourio à propos de la situation particulière des étudiants en Santé. Nous relatons souvent leur désarroi et leur mécontentement de devoir, durant leurs périodes de stages, prêter main forte aux professionnels de terrain pour faire face à la pandémie, au détriment de l’acquisition de compétences essentielles à leur métier de demain. Mais ils ont, d’un autre côté, « une formation leur permettant de comprendre certaines choses, ils sont capables de poser des questions à leurs enseignants qui sont également dans le domaine de la santé, et cela leur donne une meilleure maîtrise de ce qui se passe ». Autrement dit, ils arrivent à mieux appréhender le contexte ce qui leur donne un avantage psychologique certain sur les autres étudiants.

Maigre consolation pour une génération qui manque une période cruciale de la construction sa vie. Et qui, même lorsque la crise sera terminée, portera encore quelques temps les stigmates des troubles psychologiques qu’elle subit actuellement.

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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