Les compétences informationnelles, enjeu majeur pour la formation aide-soignante (PART.2)

lundi 22 février 2021, par Christine Paillard

Dans un contexte d’élévation du niveau de compétences, et donc de formation, les personnels aides-soignants sont confrontés à un problème quant à leurs aptitudes informationnelles. En tant que documentaliste, je leur propose une formation dédiée, selon un scénario basé sur les méta-compétences, afin de les préparer à une présentation orale. Après vous avoir décrit, dans une première partie, la méthodologie qui encadre cette formation dispensée en présentiel et à distance, j’aborde ici les difficultés rencontrées, les enjeux de l’acquisition de compétences informationnelles, ainsi que l’apport de la littératie dans ce contexte.

Pour développer les compétences informationnelles des élèves aides-soignants, j’ai mis en place des séquences pédagogiques relatives à l’analyse de l’information en santé et le plagiat, ainsi que sur la recherche documentaire à partir d’un thème validé avec la responsable de cette formation. Mais cette session se heute à quelques problèmes.

Des pré-requis informationnels pas souvent maîtrisés

Le premier problème visible de cette séquence est la difficulté de certains élèves à utiliser des fonctionnalités du logiciel de traitement de texte mais aussi le matériel périphérique, comme l’utilisation du clavier. Certains ont des difficultés à sélectionner des éléments pertinents pour élaborer un document. Certains sortent du bassin documentaire pour aller chercher sur Internet des sources supplémentaires et non pertinentes, comme Wikipédia. J’ai émis l’hypothèse qu’il était plus rapide de rechercher sur un site Internet pour « copier-coller » plutôt que de rechercher des extraits à partir d’un livre. Les élèves ne s’interrogent pas immédiatement sur la qualité du contenu.

Des connaissances linguistiques et informationnelles insuffisantes

D’autres cherchent à collecter des informations pour cerner le sujet, mais sans vraiment s’interroger sur la fiabilité des sources. Cela a pour effet de manquer de cohérence lors de la présentation orale. Beaucoup « copient-collent » du contenu sans citer la source. Le travail reste ainsi superficiel. La rédaction de la référence bibliographique est aussi un exercice difficile. Il y a souvent des confusions de supports (livres, articles…). Rechercher, reformuler, produire un contenu implique un apprentissage linguistique et informationnel qui fait défaut dès l’admission en IFAS. Cette séquence d’apprentissage est-elle suffisante pour développer des méta compétences dans le référentiel de formation d’AS ?

Une dynamique de groupe difficile à appréhender

Les élèves ont peu de temps pour échanger autour de leur capacité rédactionnelle, pour s’approprier un rôle déterminé dans le groupe afin d’assurer la continuité de ce travail à distance. Certains n’ont pas su travailler sur un même document partagé sur leur suite bureautique virtuelle. La collaboration est alors limitée aux savoirs-faire non acquis lors du premier cours de la rentrée. Si plusieurs personnes savent rédiger à distance dans un même document partagé, c’est sans compter sur la capacité d’élaborer un raisonnement fluide avec des mots de transitions, par exemple. J’ai proposé parfois qu’un relecteur puisse jouer ce rôle. Il s’agit de relire la concordance des temps, de formuler une idée par paragraphe.

Travailler en groupe implique l’explication d’un certain mécanisme psycho-social. Le temps a peut-être manqué pour préparer les élèves à suivre ce parcours centré sur l’acquisition des compétences informationnelles à partir d’un raisonnement éthique. Comment conduire en peu de temps un groupe hétérogène à produire une communication écrite de façon cohérente ?

Des activités considérées comme éloignées de leur cœur de métier

L’objectif de ce parcours pédagogique en recherche documentaire contribue à la prise de conscience de la capacité relationnelle d’un professionnel respectueux de la singularité des personnes hospitalisées. S’appuyer sur des sources fiables permet d’argumenter un raisonnement crédible. L’enjeu de l’acquisition des compétences informationnelles est capital. Celles-ci sont directement rattachées aux valeurs soignantes, comme par exemple l’article dédié à la non-discrimination du code de déontologie infirmier (Art. R. 4312-11), qui décrit comment le soignant peut « soigner avec la même conscience toutes les personnes quels que soient leur origine, leurs mœurs, leur situation sociale ou de famille, leur croyance ou leur religion, leur handicap, leur état de santé, leur âge, leur sexe, leur réputation… ». Il n’est pas aisé de faire adhérer un groupe d’élèves AS à comprendre la nécessité de savoir rechercher une information en santé dans un système de valeurs professionnelles. La recherche documentaire leur semble éloignée de leur « cœur de métier ».

La nécessité d’introduire la littéracie et l’éducation aux médias dans le référentiel

L’implication individuelle est l’un des enjeux de l’acquisition de ces méta compétences. J’utiliserais volontiers le concept de la littéracie pour évoquer les enjeux d’acquisitions de compétences informationnelles. En effet, l’aptitude à comprendre et à utiliser l’information sur le lieu de travail interroge la compréhension d’une prescription médicale. À cette capacité informationnelle est liée la faculté de rechercher, de reconnaître une information, de saisir ses points principaux et d’en comprendre le sens global (OECD). La Littéracie regroupe également l’initiation à l’informatique où des connaissances et des compétences sont nécessaires pour comprendre les technologies de l’information et de la communication (TIC), y compris le matériel, le logiciel, les systèmes, les réseaux, et tous les autres composants de systèmes informatiques (dossiers du patient…). L’éducation aux médias nécessite l’acquisition d’un ensemble de compétences pour comprendre tous les supports et les formats (dans lesquels les données, les informations et connaissances sont créées, stockées, transmises), à savoir, les journaux imprimés et des revues, magazines, radio…

Il est dommage que le référentiel ne mentionne pas l’acquisition de ces compétences. Cela inciterait à viser des prérequis chez les postulants. Cela favoriserait une posture soignante basée sur la crédibilité des transmissions.

Christine Paillard
Documentaliste en IFAS
christinepaillard@gmail.com


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