Le support écrit de cours : a-t-il encore des raisons d’exister ?

lundi 9 mai 2011, par Catherine Muller


Depuis environ dix ans, la présentation d’un exposé oral a été totalement re-questionnée avec l’apparition du logiciel Power Point®. Qui réalise une intervention dans nos instituts sans ordinateur et ses diapositives animées ? Or, dans un ouvrage récent (1), l’omniprésence de ce logiciel informatique est sérieusement questionnée. De même, les étudiants se plaignent souvent de ces cours trop rapides ou trop denses. Pour un formateur, le support de cours est-il un support à la compréhension ou à la mémorisation pour les étudiants ? Quels sont les enjeux derrière le choix de distribuer ou non un document de cours ? Questionnons ici nos pratiques afin d’évoquer les pistes de rénovation ou d’amélioration possibles. En interrogeant non seulement les choix du formateur, mais également sa relation et ses représentations de l’apprentissage nous évoquerons la relation des étudiants au contenu de cet enseignement, afin d’induire une réflexion sur la démarche de formateur de formateurs en rapport avec l’enjeu contenu dans le choix d’un support de cours.

Le support de cours : à quoi sert-il ?


La recherche a montré que la durée d’attention des étudiants qui assistent à une intervention (aussi intéressante soit-elle) ne dépasse pas 15 à 20 minutes, au début du cours mais pas plus de 4 minutes en attention maximale (c'est-à-dire qu’il soit capable de restituer une partie du contenu qu’il vient d’entendre). Les conseils que l’on peut trouver pour réussir un cours portent à la fois sur la structure de celui-ci et sur son animation. Mais très peu de choses sur le support de cours, sa construction, son utilisation, ses intérêts. Quand il reçoit un support de cours, le groupe d’étudiants établit une sorte de contrat (explicite ou implicite) avec le formateur : le contenu de cet écrit contient les principaux éléments de connaissance à avoir et peuvent donc faire l’objet de l’évaluation. Pour un formateur, la création d’un support de cours est toujours très chronophage (jusqu’à 10 h de préparation pour 1 h d’intervention devant les étudiants selon Dominique Beau) mais surtout, il peut induire une confusion entre support visuel (qui permet d’augmenter la mémorisation en associant l’image (projetée) à la parole du formateur) et un écrit (documentaire) qui servira de socle à l’apprentissage. Il existe 4 sortes de documents (2 p. 74) :


- Ceux nécessaires à la compréhension d’un exposé


- Ceux apportant des informations complémentaires


- Ceux étant le copié exact du cours réalisé


- Ceux pouvant servir de support d’évaluation


Selon Dominique BEAU, un support pédagogique doit être choisi en fonction (2 p. 29) :


- De critères stratégiques : le document est-il suffisamment clair pour que le lecteur ait envie de lire ? quelle utilité au sein de la séquence d’apprentissage ? Quel intérêt professionnel et personnel ?


- De critères tactiques : la présentation est-elle claire autour d’une pensée raisonnée, articulée autour d’exemples ? Est-elle suffisamment précise pour éviter toute interprétation ou généralisation erronée ?


- De critères logiques : le contenu est-il exhaustif mais aussi suffisamment adapté au public pour que celui-ci y trouve l’ensemble des éléments à acquérir ? Tout en se posant la question de la place laissée à la prise de note par les étudiants. Cela peut sembler une lapalissade mais pas de support de cours écrit … sans contenu ! Le formateur doit s’être questionné sur son objectif et pour cela, Sophie Courau nous propose de répondre à 14 questions (voir Annexe) avant de réaliser le support de cours. (3 p. 18 à 22) mais également de se questionner sur le moment de la mise à disposition des étudiants. Faut-il distribuer le document …


- Avant le cours (à distance) en tant que pré requis, pour préparer l’étudiant à l’écoute de l’exposé (contient le plan détaillé du cours par exemple) ?


- En début de cours pour une présentation très explicative avec des exercices d’application qui serviront de ligne conductrice à l’étudiant et favorisent la prise de notes ? mais le risque est que les étudiants le feuillètent, le découvrent et le lisent pendant le temps de formation.


- En fin de cours pour :


- une présentation plus technique à l’aide de schémas (ou au fur et à mesure de l’exposé, en même temps qu’ils sont projetés)


- une présentation informative : il pourra contenir un résumé des connaissances et concepts essentiels ainsi que des exercices d’auto évaluation ou de situations/problèmes à résoudre.


- Que l’étudiant conserve un dossier documentaire, très exhaustif (3 p. 89)

Le support de cours signe un style de formation


Face au groupe d’apprenants, le formateur est à la fois un orateur (car il expose son sujet oralement et en public), un pédagogue (car il a choisi le meilleur outil support en fonction de ses visées) et un animateur (qui accompagne chaque étudiant et le groupe dans ses apprentissages). (3) Le support de cours est utilisé aussi bien pour le cours magistral que pour des travaux dirigés ; c’est le formateur qui choisi un support plutôt qu’un autre et surtout la manière dont il veut l’utiliser. Il est donc à ce titre, le reflet de son style de formateur associant aussi bien son intérêt pour les apprenants que nous le groupe, sans occulter ses choix pédagogiques. Rappelons la grille de Therer –Willemart (Liège, 1982) inspirée de Blake et Mouton [1] et qui nous propose 4 styles de formateur :


STYLE TRANSMISSIF, centré sur la matière et le contenu parce que …


- Je fais mon cours mais je m’adapte au public


- Je leur apporte toute l’aide utile pour progresser


- Je veille à leur donner le maximum d’informations


STYLE INCITATIF centré, à la fois, sur la matière et les apprenants parce que …


- Je m’appuie sur l’avis du groupe


- Je leur propose du travail à faire ou non


- Je facilite la prise de parole et en tient compte


STYLE ASSOCIATIF centré davantage sur les apprenants parce que …


- J’ai confiance en leurs capacités personnelles


- Je suis une ressource, un facilitateur


- Je leur fais développer leurs capacités à raisonner


STYLE PERMISSIF très peu centré, ni sur la matière ni sur les apprenants parce que


- Je leur fournis des documents de qualité


- Ils doivent prendre des initiatives et m’interpeller


- Ils savent que je suis là si besoin


De plus, le support de cours peut être individuel (manuel scolaire, documentation …) ou collectif (tableau noir, Power Point, transparent …) (4). Il peut s’appuyer sur des livres, des revues, des articles particulièrement bien faits. Pourquoi le formateur doit-il recréer un document ?

Le support de cours, révélateur d’un passage à l’écriture

Pour DELAMOTTE, le formateur est un créateur permanent, un peu comme un « praticien braconneur engagé dans une démarche vivante donc innovante. » (5) De ce point de vue, l’écriture d’un support de cours exhaustif demande une maîtrise de l’écriture professionnelle et du passage à l’oralité d’un contenu organisé. Nous faisons ici l’hypothèse que les formateurs connaissent, en partie, les mêmes difficultés que leurs étudiants pour passer à l’écriture. L’écrit n’est pas anodin, chacun ayant un vécu particulier (répulsion/attirance – amour/haine). Ce moment de « dynamique de production face à la page blanche » (4 p. 25) évoque à la fois une tradition (domaine ethnosociologique, un « rite de passage ») ainsi qu’une impulsion (dans le domaine psychiatrique, avec l’expression « passer à l’acte ») chargé de diminuer une angoisse (domaine psychanalytique).


Ce serait en quelque sorte le premier pas qui compte : car au même titre qu’un étudiant, le formateur qui écrit son support de cours doit enclencher un double processus (5 p. 131) :


- Interprétatif afin que sa pensée prennent en compte tous les éléments la constituant afin de la structurer par l’écrit (Ricoeur, 1975)


- Cognitif afin de conceptualiser les données et en choisir l’image et le symbole le plus représentatif pour une meilleure compréhension et mémorisation (Vygotsky, 1985) Enfin, si l’écrit est réalisé, en restera la diffusion : c’est un autre enjeu de taille, celle du regard des autres, du « jugement » qui peut être parfois à l’origine de la demande de non diffusion. L’écrit, c’est un défi à l’oubli. « L’écrit reste, les paroles s’envolent » dit l’adage populaire : le style du document, son contenu (et les choix que cela suppose), les auteurs cités (ou non) ouvrent la porte à des critiques, l’écrit étant une preuve à l’appui. A ce titre, soulignons ici que tout document (original et personnel) est considéré comme une « œuvre protégée par le droit d’auteur » [2] : ce n’est pas anodin. Sa diffusion aux étudiants est bien signe de compétences comme la maîtrise de la communication écrite, la capacité à transmettre clairement une pensée par un vocabulaire et un style adaptés. Le corollaire en est que le formateur doit prendre garde à ne pas « copié coller » de manière compulsive et est garant de son contenu, de qualité.

Quels conseils pour les formateurs ?


Dans un souci de congruence, le formateur, dès le début de la séance, doit informer son auditoire de l’existence ou non d’un support qui leur sera remis afin que les participants puissent adapter leur conduite pendant l’exposé (exemple : prise de note ou non). Le document « idéal » doit comporter les éléments suivants :


- Les objectifs de séance en lien avec l’activité professionnelle visée


- Les pré-requis utiles


- Une présentation des données nouvelles abordées dans le cours


- Des schémas qui seront complétés


- Des espaces blancs (sous forme de trous ou d’une colonne sur le coté du document) permettant une prise de note directe sur le document ainsi que des textes « à trous » dans lequel il manque les notions clefs (définitions, légendes de schémas, petits exercices …)


- Des exercices d’entraînement, réflexifs et en lien avec la pratique professionnelle Le support de cours est la trace durable du cours, qui peut être enrichie par les notes personnelles de l’étudiant. Il permet à celui-ci de se concentrer sur l’essentiel : la compréhension et une première assimilation. Toutefois, il nécessite un effort important de la part de l’étudiant, peu habitué à une démarche aussi longue (depuis la réception du cours, la prise de connaissance, l’intégration de données, la préparation ainsi qu’une capacité à se projeter dans le cours à venir). Mais nous pensons que cette démarche peut rejoindre « les lois essentielles de l’apprentissage », résumées par A. Rieunier : « 1. Un apprenant actif apprend mieux qu’un apprenant passif et 2. Pour qu’un apprenant soit actif, il faut qu’il puisse donner du sens à la situation, c'est-à-dire qu’il puisse relier l’information nouvelle à une information existant déjà dans son cerveau » (6 p. 48). Bien entendu, la notion de support évolue, en particulier par l’utilisation des nouvelles technologies. Pour le formateur, toutes les formes sont possibles même s’il est le reflet d’un style d’enseignement et de l’investissement qu’il met dans son travail. Or, la rédaction de tels documents reste particulièrement complexe si l’objectif en est à la fois la cohérence/l’exhaustivité et la logique en rapport avec les apprentissages attendus. En effet, si la construction d’un support de cours « idéal » comme nous venons de l’exposer est très chronophage, elle nécessite une adéquation entre le contenu et la visée professionnelle attendue. Nous faisons le lien ici avec la question de la programmation en formation car le support de cours peut être un moyen d’organiser les interventions du formateur sur plusieurs périodes, même courtes, afin d’utiliser le support de cours dans une intention pédagogique d’apprentissage guidé et de pont entre les différentes séquences. Ce n’est pas l’habitude dans nos écoles en santé, mais pourquoi ne pas y voir une opportunité de rénovation de nos pratiques : programmer non plus un cours de 3 heures mais des modules de 1h à 1h30, sur plusieurs jours, permettant d’utiliser les outils que nous venons d’évoquer comme autant de moyens de liens, de transversalité, de remise en forme et d’accroche pour le formateur. Alain Rieunier (6) nous rappelle également combien un cours est la somme de six centrations : sur « le contenu, sur l’apprenant, sur la relation entre le formateur et l’apprenant, sur le groupe, sur l’institution et enfin, sur l’organisation ». Un véritable défi permanent, entre didactique et pédagogie !


Bibliographie


- 1. FROMMER, Franck. La pensée Power Point : enquête sur ce logiciel qui rend stupide. s.l. : La découverte, 2010.


- 2. BEAU, Dominique. La boite à outils du formateur. Paris : Editions d'Organisation, 2008, 1ère édition.


- 3. COURAU, Sophie. Les outils de base du formateur. Issy les Moulineaux : ESF Editeur, 2008. Vol. Tome 1 : Parole et support.


- 4. FEYTOUT, Ch. Formation PLC1 : les supports pédagogiques. [En ligne] 17 12 2003. [Citation : 15 11 2010.] http://ses.ac-bordeaux.fr/spip_ses/IMG/doc/supports_cours.doc.


- 5. DELAMOTTE Régine, GIPPET Fabienne, JORRO Anne, PENLOUP Maire-Claude. Passages à l'écriture : un défin pour les apprenants et les formateurs. Paris : PUF, 2000. p. 224 pages.


- 6. RIEUNIER, Alain. Préparer un cours. 1 : Applications pratiques. Issy les Moulineaux : ESF Editions, 2000.


- 7. BEAU, Dominique. 100 fiches pédagogiques des adultes à l'usage des formateurs. s.l. : Editions d'Organisation, 1982. Vol. Fiche n°46.


[1Travaux sur le management, 1965

[2Article L.112-1 du Code de la Propriété Intellectuelle : « les dispositions du présent code protègent les droits des auteurs sur toutes les œuvres de l’esprit, quels qu’en soient le genre, la forme d’expression, le mérite ou la destination. »


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