L’interprofessionnalité passera par le dialogue entre les acteurs de toutes les filières

vendredi 10 juin 2022, par Bruno Benque

La session consacrée à l’interprofessionnalisation organisée lors des récentes Journées d’études du CEFIEC nous a rappelé combien il était difficile aujourd’hui de créer une réelle coopération entre les professionnels des différentes filières médicales et paramédicales. Les intervenants invités à se prononcer à cette occasion ont loué les initiatives prises en ce sens par les tutelles mais ont fustigé les silos ancestraux qui cloisonnent ces filières et qui freinent les actions pouvant favoriser l’interprofessionnalité.

En ouverture de ses 77èmes Journées Nationales d’Étude, qui se sont déroulées à Lyon du 1er au 2 juin 2022, le Comité d’Entente des Formations Infirmières et cadres (CEFIEC) avait convié un parterre d’intervenants de référence pour une tribune consacrée à l’interprofessionnalité : mythe ou réalité ?

De la nécessité de coordonner les acteurs du parcours de soins

Cette thématique était bien choisie, tant elle est présente dans le débat public de Santé aujourd’hui. Les tutelles s’activent pour que les acteurs sanitaires coordonnent leurs activités afin d’optimiser les parcours de soins, les protocoles de coopération fleurissent pour palier à certains manquent en ressources humaines, permettant ainsi aux patients d’accéder plus rapidement – ou plus sûrement – aux soins, et les pratiques avancées ouvrent la porte à de nouveaux métiers intermédiaires entre le médical et le paramédical, soit autant de champs d’action pour faire émerger, voire développer de l’interprofessionnalité. Mais les choses ne sont pas aussi simples.

Un socle commun et de nouvelles maquettes de formations initiales

Le Pr Touze, Doyen de l’UFR Santé de l’Université de Caen Normandie, a rappelé à cette occasion que nous devons faire face à une anomalie du système qui souhaite voir coopérer les professionnels de Santé alors que ces métiers sont développés en silos et sont même quelquefois gouvernés par des ministères de tutelle différents. La conséquence directe de cette organisation est la méconnaissance des professionnels les uns envers les autres, qui crée – c’est bien connu – un état de crainte, voire de défiance entre des acteurs pas si différents que cela en somme.

La réponse du Pr Touze pour favoriser l’interprofessionnalité sera apportée par une réforme des formations initiales qui devront comporter un socle commun, mutualiser les maquettes de formation ou créer des stages interprofessionnels notamment. Pour lui, la formation sera l’outil de transformation des métiers pour des ressources humaines interprofessionnelles.

De nouvelles possibilités pour les formateurs, mais peu d’interprofessionnalité

Stéphane Le Bouler, Secrétaire général du Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (Hcéres), qui a œuvré en son temps en première ligne pour promouvoir l’universitarisation des professions de Santé avec pour objectif une meilleure coopération des acteurs autour du patient, a ensuite fait un flashback sur les travaux de réingénierie des formations paramédicales initiées en 2009 qui, selon lui, n’ont pas créé d’interprofessionnalité, sur les textes de 2017 donnant plus de latitude aux acteurs de la formation pour créer de nouveaux contenus, de nouvelles évaluations, pour la création de licences professionnelles en sciences de la Santé, ou les initiatives issues dernièrement du Ségur de la Santé. Mais cela n’a pas créé beaucoup d’interprofessionnalité, voire même, a créé de nouveaux silos...

Des initiatives à coordonner efficacement

Restait à savoir ce qu’en pensait la Direction Générale de l’Offre de Soins (DGOS). L’intervenante invitée à s’exprimer sur le sujet soulignait l’importance de cette interprofessionnalité, à la fois pour promouvoir la qualité des soins et pour favoriser une meilleure qualité de vie au travail pour les soignants. À ce titre, la stratégie « Ma Santé 20222 » prévoir, a-t-elle rappelé, le développement d’outils d’exercice coordonné comme les maisons de Santé ou les protocoles de coopération et fonde beaucoup d’espoir sur l’élargissement du champ des stages pluriprofessionnels de courte durée et, plus largement, sur les actions de formation mutualisées. Mais toutes ces initiatives sont bâties sur un équilibre fragile et nécessitent une coordination efficace.

Sortir des silos ancestraux et promouvoir le dialogue entre les filières

Pour la Présidente du CEFIEC Michèle Appelshaeuser, enfin, l’interprofessionnalité pourrait devenir à court terme un levier d’attractivité pour les étudiants aux métiers de la Santé car elle est source de qualité de vie au travail en plus d’apporter une réelle plus-value à la qualité des soins. Elle a ainsi pu témoigner du besoin d’appartenance des étudiants à un groupe plus élargi que leur seule filière professionnelle.

Reste que les silos créés par les différentes filières et spécialités sont encore bien ancrés sur leurs positions et il est difficile aujourd’hui, nous le constatons tous les jours sur le terrain, de passer outre les corporatismes ancestraux et les querelles de clochers. L’interprofessionnalité passera nécessairement par le dialogue et l’ouverture aux autres et les formateurs devront être les premiers impliqués dans cette évolution.

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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