L’art du grimage dans le cadre d’une simulation de masse

jeudi 19 septembre 2013, par THUEZ Laurent et al.

Pour asseoir le réalisme d’une simulation de catastrophe, la maîtrise du grimage est indispensable. Elle permet, en outre, aux étudiants en soins infirmiers de faire des liens avec de nombreux apports théoriques et leurs connaissances cliniques. Le coût et le temps nécessaires à la mise en œuvre d’un tel projet par l’équipe pédagogique ne doivent pas être négligés.

JPEG - 35.1 ko

Dans le cadre d’une collaboration entre l’Institut de Formation en Soins Infirmiers (IFSI) d’Annecy et le Service Départemental d’Incendie et de Secours de la Haute Savoie (SDIS 74), un exercice de simulation de masse de type séisme s’est déroulé les 3 et 4 avril 2013 sur un site dédié en Suisse. Basés sur une véritable conduite de projet avec comme support la catastrophe, les étudiants de la promotion Bahia (2010-2013) ont travaillé sur la conception et la réalisation de la manœuvre sur plus de deux ans. Pour ce faire, un des groupes fonctionnels de cette organisation avait la charge du grimage des victimes.

Scénario indissociable du grimage

L’action de grimer se définit comme « transformer l’apparence de quelque chose, l’état habituel ou naturel de quelque chose » (CNRS-ATILF, 2013). Il ne se limite pas au simple maquillage. Il doit répondre à un tableau sociologique et culturel selon le lieu du scénario choisi et un tableau clinique exhaustif en fonction des pathologies du type d’accident retenu. Le groupe fonctionnel « grimage » devait donc créer maquillages, costumes et accessoires en fonction de la commande d’un groupe consacré à l’élaboration de fiches cliniques.

PNG - 130.7 ko

La fiche clinique : un outil indispensable

Afin de mettre en scène des victimes au plus proche de la réalité, la création de « fiches plastron » fut nécessaire par un autre groupe d’étudiants. Pour cela, un temps fut consacré aux recherches documentaires sur les pathologies traumatologiques en lien avec les accidents provoqués par les séismes et les pathologies médico-chirurgicales en rapport avec les antécédents des victimes. Le document comprend un ensemble d’items pris dans un contexte (circonstances et origine de la pathologie). En outre, pour le jeu d’acteur, des éléments socio-culturels comme la culture ou la religion, ou encore l’évolution de la pathologie et le comportement ont complété les données.

La formation en amont

Après une initiation réalisée par un cadre de santé formateur et un infirmier d’encadrement de sapeur-pompier, un groupe d’environ vingt-cinq étudiants fut formé par deux ambulanciers du Centre d’Enseignement aux Soins d’Urgence de la Haute Savoie aux techniques de maquillage des plaies, traumatismes et malaises. Après un temps d’autoformation, l’entraînement fut une période importante afin d’évaluer la faisabilité des scénarii imaginés et de travailler sur une organisation capable de répondre à la demande du nombre d’acteurs nécessaires pour trente-six heures d’exercice. Au total, plus d’une dizaine d’heures de travaux dirigés ont été dévolues à l’apprentissage, puis à la maîtrise du grimage.

PNG - 88 ko

Des leviers d’apprentissage ?

Ces enseignements ont sans doute permis de développer certaines compétences chez les étudiants en soins infirmiers. Pour mener à bien cette mission, l’attitude réflexive fut indispensable pour résoudre les problématiques organisationnelles et techniques. Même si cela reste encore flou, les débriefings des étudiants nous ont permis d’établir des hypothèses qui seront probablement confortées par une recherche universitaire en cours sur le sujet. La contextualisation des signes cliniques spécifiques aux pathologies rencontrées dans ce type de situation est incontestable. Cependant, nous pouvons émettre l’hypothèse d’un levier dans l’apprentissage des dix compétences infirmières. Citons par exemple la compétence 1 (« évaluer une situation clinique et établir un diagnostic dans le domaine infirmier ») (Arrêté du 31 juillet 2009 modifié relatif au Diplôme d’État Infirmier).

Ce type d’apprentissage favorise probablement l’identification de signes et symptômes liés à la pathologie, à leur évolution, à l’état de santé de la personne, spécifiques aux situations de catastrophes naturelles. L’anticipation imposée par ce type de simulation, favorise-t-elle l’apprentissage de la compétence 9 (« Organiser et coordonner les interventions soignantes ») en organisant des interventions et en tenant compte des limites de son champ professionnel et de ses responsabilités ?

Des limites identifiées

La simulation impose un certain réalisme. Partant de ce postulat, l’inadéquation entre un grimage et le tableau clinique est un piège. Tout ne peut donc être joué. L’hémorragie massive sans pâleur est donc à proscrire, tout comme le volet costal ouvert chez une personne consciente semble hautement improbable. De plus, l’apprentissage du grimage est chronophage. Compte tenu des impératifs de synchronisation d’un tel exercice, l’improvisation ne peut être mise en exergue. Les apprenants doivent maîtriser les techniques afin de garantir le réalisme et utiliser les produits dans les règles de sécurité. Enfin, le coût d’une telle « opération pédagogique » n’est pas négligeable. La consommation des produits de maquillage dans le cadre de l’entraînement reste importante et se chiffre rapidement à plusieurs centaines d’euros.

La vigilance des contraintes

Les produits utilisés doivent répondre à la réglementation sur les produits cosmétiques. Les formateurs doivent donc être vigilants à la présence d’un certificat de conformité répondant aux règles en vigueur pour écarter tout risque pour la santé des apprenants. Cette obligation doit être impérativement complétée par un recueil de données sur d’éventuelles allergies des utilisateurs et destinataires. Outre cette contre-indication, le jeu de rôle est parfois perçu comme une contrainte par certains « acteurs ». L’efficacité repose sur le « juste jouer ». Le « trop jouer » tourne parfois au comique et le « trop peu jouer » n’est pas réaliste. Malgré la connaissance clinique des étudiants en soins infirmiers, le grimage inséparable du jeu de rôle repose sur l’adhésion et l’implication des « comédiens ».

PNG - 123.9 ko

Pour conclure

Le grimage, dans toute sa dimension, est sans aucun doute une des clés de la réussite de ce type de simulation. Même si l’apprentissage est ludique, la motivation des étudiants reste indispensable à la crédibilité des scénarii imaginés. Le rôle du formateur ne réside pas essentiellement dans l’apprentissage des principes techniques du grimage. Il se complète plutôt par la recherche de l’équilibre entre cohérence des tableaux cliniques et réalisme. Ainsi le grimage ne se limite donc pas au seul savoir technique mais doit être pris dans un contexte plus général.

Crédit photographique : promotion BAHIA (2010-2013) IFSI d’Annecy

Bibliographie/Webographie

Laurent THUEZ
Cadre de santé formateur IFSI d’Annecy
lthuez@ch-annecy.fr

Jean-Claude CORDEAU
Infirmier en chef SSSM SDIS 74
cordeaujc@sdis74.fr

Thomas BIELOKOPYTOFF
Cadre de santé formateur IFSI d’Annecy
tbielokopytoff@ch-annecy.fr
twitter @thomas_djop


Partager cet article

Vous recrutez ?

Publiez vos annonces, et consultez la cvthèque du site EMPLOI Soignant : des milliers de profils de soignants partout en France.

En savoir plus