L’analyse d’activité dans une démarche d’APP

vendredi 3 juillet 2015, par Bruno Benque

L’instruction au sosie et la démarche réflexive qui en découle sont productrices de savoirs et font le lien entre la théorie et la pratique. C’est le constat que font Marie-Josée Domec et Étienne Lefèvre dans un travail de recherche, mettant en jeu une analyse d’activité par des étudiants, publié dans la Revue de l’Analyse de Pratiques Professionnelles.

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Le numéro de juin de la Revue de l’Analyse de Pratiques Professionnelles nous propose un travail de recherche réalisé par Marie-Josée Domec et Étienne Lefèvre, cadres formateurs au CHU de Toulouse, avec des étudiants IBODE et IADE, cherchant à évaluer le lien éventuel pouvant exister entre l’analyse d’une activité et l’analyse des pratiques professionnelles.

L’instruction au sosie comme méthode de partage d’expérience

Il s’agit dans cette expérience, à partir d’une analyse des installations opératoires, d’accompagner les étudiants dans leur professionnalisation en situation d’exercice par la méthode d’instruction au sosie. Celle-ci propose aux étudiants de répondre à la question suivante : « Suppose que je sois ton sosie et que demain je me trouve en situation de te remplacer sur ton poste de travail. Quelles sont les instructions que tu devrais me transmettre afin que personne ne s’avise de la substitution ? » Les intérêts communs et divergents ne sont en effet, d’après les auteurs, pas toujours partagés et/ou connus de l’ensemble des partenaires. La méconnaissance des impératifs liés aux activités de chacun est ainsi, parfois, source de conflit. Les compétences attendues chez les étudiants sur cette activité, en particulier l’efficience la coopération entre les professionnels, ici mises en doute suite aux enseignements dispensés dans chacune des deux écoles.

Comprendre la manière habituelle d’agir d’un sujet

La séquence pédagogique retenue pour permettre aux étudiants de mener une réflexion sur le sujet a donc été l’instruction au sosie, réalisée par binôme d’étudiants IBODE et IADE, la moitié des étudiants de chaque promotion ayant joué le rôle d’instructeur et l’autre de sosie. Les deux groupes se réunissent ensuite pour une séance d’évaluation de la séquence pédagogique et des ressentis de chacun. Sur le plan théorique, les auteurs sont partis de l’idée d’une démarche visant à comprendre la manière habituelle d’agir d’un sujet ou un groupe de sujets. Cette activité de formation permet, disent-ils, « de travailler la co-construction de sens » (Blanchard-Laville & Fablet, 2000, p. 285) de la pratique professionnelle. D’autre part, selon Schön, le professionnel utilise, au-delà des savoirs académiques, des connaissances qu’il a construites tout au long de son expérience a développé, ouvrant la voie au concept de praticien réflexif : « … dans le monde concret de la pratique, les problèmes n’arrivent pas tout déterminés entre les mains du praticien… » (Schön, 1994, p. 65).

Mettre à l’épreuve les schèmes opératoires

Cette méthode centrée sur une démarche collective (Viollet, 2013) a notamment pour but de développer le savoir-analyser de l’étudiant : prise de conscience sur une situation, reconstruction de cette situation dans un récit, approche multiréférentielle et hypothèses de compréhension (Robo, 2001, 2013). Les auteurs remarquent que la mise en œuvre de cette méthode semble servir l’analyse des pratiques professionnelles dans la compréhension, la remédiation et l’élucidation des problèmes posés aux étudiants. L’apprentissage se traduit alors par le développement et la transformation du modèle opératoire. Dans l’instruction au sosie, les opérations de l’activité analysée sont questionnées entre les deux acteurs, de sorte que l’instructeur met à l’épreuve ses schèmes opératoires et découvre par l’analyse les possibles dans l’action : ce qu’il aurait pu faire, ce qu’il n’a pas voulu faire ; les choix qu’il a refusé ou ceux qu’il a cherché en vain.

Au final, Marie-Josée Domec et Étienne Lefèvre observent que la réflexion des étudiants sur leur propre action a été productrice de savoirs et qu’elle a servi de médiation pour les connaissances déclaratives et les concepts pragmatiques. Mais l’intention de départ (analyse de l’activité) a semble-t-il été dépassée pour atteindre d’autres perspectives de réflexion chez les étudiants et ainsi initier un savoir-analyser. Si l’analyse des pratiques professionnelles peut conduire l’étudiant à modifier durablement son système de représentations professionnelles, la question de l’évaluation des effets sur l’activité ou sur les pratiques relève, selon eux, du travail d’appropriation et de modification des pratiques de chaque étudiant.

Bruno Benque
Rédacteur en chef cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com

Domec, M.-J., et Lefèvre, E. (2015). Quel lien entre l’analyse de l’activité et l’analyse des pratiques professionnelles en formation ? Récit d’une expérience entre étudiants infirmiers spécialisés. In Revue de l’analyse de pratiques professionnelles, No 6, pp. 20-31. http://www.analysedepratique.org/?p=1785

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