L’accompagnement au service du parcours d’apprentissage

La réingénierie des formations paramédicales redéfinit les rôles et missions des encadrants sur le terrain de stage. Il est important que le cadre de santé accompagne le tuteur dans sa posture pédagogique d’accompagnement qu’il adopte envers l’étudiant. Aujourd’hui en France, l’organisation du tutorat, disparate, appelle à une reconnaissance légale. Le modèle Suisse est une piste de reflexion pour l’harmonisation des pratiques.

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Dans une étude réalisée par la FNESI en novembre et décembre 2014, 85,39% des étudiants en soins infirmiers qualifient la relation aux équipes d’encadrement en stage, de violente. Les difficultés recensées soulignent majoritairement : un défaut d’encadrement, un jugement de valeurs et des difficultés d’intégration. Ces pressions ressenties motivent principalement l’abandon de leurs études.

Un questionnement relatif à la réalisation de l’accompagnement des étudiants

Cet état de fait interroge et souligne la problématique de la réalisation de l’accompagnement des étudiants en stage. Quelle est la nature de cet encadrement, par qui est-il réalisé, qui en est le garant ? La fonction pédagogique du cadre de santé n’est-elle pas la clé de la conduite de cette dynamique ?

Maela PAUL [1] définit l’accompagnement comme : « un processus visant à l’autoformation collaborative où la personne accompagnée est auteur de sa démarche, déconstruit et reconstruit ses savoirs au travers de médiations multiples. » Il en va de même pour le cadre de santé de proximité, dont l’objectif est de mener les équipes ou les étudiants vers l’autonomie.

Mais comment mener ? Guider ? Quelle est la posture de l’accompagnateur ? Quelles qualités développer ? Ou encore de quelle façon peut-on envisager la démarche d’accompagnement ?

L’accompagnement, une relation d’aide

L’accompagnement s’inscrit dans une relation d’aide, selon O. FORGUES psychologue, qui consiste à permettre aux sujets de prendre conscience d’eux-mêmes pour pouvoir mettre en place des stratégies d’apprentissage et contourner ainsi leurs mécanismes défensifs. Ces derniers peuvent se révéler délétères sur le lieu de stage, et sont, entre autres, l’évitement, la mise à l’écart ou l’attribution de ses propres erreurs aux autres (projection).

Cette relation d’aide à très forte connotation pédagogique est à l’origine de la construction d’une relation entre l’accompagné et l’accompagnant.

Une relation éducative

L’accompagnement évoque une relation symétrique ou l’accompagnateur s’adapte au rythme de progression de l’accompagné.

En formation, accompagner, selon C. SUISSE formateur AFPA, c’est partager les épreuves et les succès, soutenir les projets, avoir une relation authentique avec l’étudiant. Cet auteur affirme que l’accompagnement ne peut se réduire à une méthodologie. Toutefois, il s’inscrit dans le parcours d’apprentissage de l’étudiant en stage.

Le parcours d’apprentissage

L’accueil organisationnel et pédagogique, ainsi que les entretiens à mi- stage et en fin de parcours, sont autant de jalons ou indicateurs d’étapes pour l’apprenant.
L’accompagnement de l’étudiant en stage nécessite des entretiens de suivi, planifiés par le cadre de santé et réalisés par le tuteur. Ils sont essentiels à sa progression. Ces rencontres permettent de faire le point avec l’étudiant sur son vécu en stage et l’aident à identifier ses points forts et ceux à améliorer. Au préalable, l’étudiant adopte une posture réflexive et s’autoévalue. Lors de l’entretien, il se situe dans son parcours, ce qui permet de développer son autonomie et sa réflexivité. Ces étapes ne doivent pas uniquement permettre de remplir des papiers, valider des éléments de compétences ou encore pointer des améliorations. Mais, être un lieu de rencontres où l’accompagnement se reflète dans une relation authentique.

Dans cette mesure, accompagner c’est prendre en compte l’identité de l’autre, lui donner la reconnaissance nécessaire à sa construction, considérer l’accompagné dans son unicité, pour le guider sur la voie de la professionnalisation et sur le chemin de son évolution personnelle.

Une posture de la réussite

L’accompagnement est le reflet d’une véritable posture pédagogique du cadre et des valeurs de l’équipe. Pour Maela PAUL [2] : « La posture d’accompagnement suppose ajustement et adaptation à la singularité de chacun accueilli en tant que personne. Elle suppose une compétence à passer d’un registre à l’autre ». En outre, « par la posture s’incarnent les valeurs d’un professionnel en relation avec autrui ». Par ailleurs, la clarification des valeurs et des attentes de l’équipe dans le parcours d’apprentissage « a aussi un effet motivant pour les personnes en formation ». [3]

La réciprocité à la base de la dynamique relationnelle

En effet, l’accompagné, étudiant ou professionnel, est une personne à part entière qui a besoin de croire en ses succès. C’est pourquoi l’accompagnement, d’inspiration humaniste, s’inscrit dans une pédagogie de la réussite : il permet de développer le sentiment d’efficacité personnelle et donc la confiance en ses possibilités. Selon la théorie de A. BANDURA [4], il s’agit ici d’encourager l’étudiant pour qu’il ait foi en ses compétences et ses capacités de réussites. La réciprocité entre les professionnels et l’étudiant est à la base de la dynamique dans la relation d’apprentissage permettant de susciter le sentiment d’efficacité personnelle.
Ce point de vue donne un nouvel éclairage au temps d’échange du parcours d’apprentissage, en particulier à celui du premier contact.

Accueil : pédagogie et organisation

Le premier contact avec la structure conditionne la suite du stage et sert de pierre angulaire à son parcours. Son accompagnement est « de l’ordre de la rencontre de l’autre, de l’altérité » [5]. Selon la fiche métier des cadres de santé, l’organisation et le suivi de l’accueil du stagiaire leur appartiennent. Si l’organisation de l’accueil est du ressort du cadre, l’aspect pédagogique peut être délégué, avec mise à disposition des moyens nécessaires à l’accomplissement de cette tâche, notamment la formation du tuteur.

Des pratiques innovantes

De nombreuses professions paramédicales sont concernées par la mise en place du tutorat. Le tuteur peut être le cadre ou un membre de l’équipe.En Suisse romande, l’accueil pédagogique est formalisé par un contrat d’apprentissage. La définition des attentes de l’étudiant autant que celles de l’équipe, permet de jalonner le parcours de l’étudiant. En Suisse romande, il existe un dispositif de formation qui apporte une vraie reconnaissance aux tuteurs.

La valorisation du tuteur côté Suisse

Le tuteur nommé Praticien Formateur « est un professionnel du terrain mandaté pour assumer la responsabilité de périodes de formation pratique d’étudiants des domaines santé et social de la HES [6] » Cette formation s’adresse à l’ensemble des métiers issus de la filière HES3, composée d’une partie des filières paramédicales et médicotechniques, mixité inédite en France.
Cette formation diplômante permet aux professionnels d’assurer leurs missions pédagogiques et de construire des outils adaptés à leur spécialité. Les praticiens formateurs exercent cette activité à hauteur de 20% de leur temps de travail et est soumise à rémunération. Caroline K., praticien formateur et cadre de santé en Suisse romande, pense que : « C’est une super formation transposable à d’autres métiers de la santé. » et pour elle, la relation entre un cadre et un tuteur est : « Une bonne collaboration ! » et permet de : « Laisser de l’autonomie. » Pour elle, le cadre de santé, par son omniprésence, est le maillon clé, il fait le lien entre le praticien formateur et les équipes.

Le tutorat en France, à quand la fin du bénévolat ?

Actuellement, en France, le tutorat est l’accompagnement le plus utilisé dans les formations paramédicales. Majoritairement, c’est un paramédical issu de l’équipe qui assure la mission de tutorat sur son temps de travail (en général). Aucun cadre légal ne définit le champ d’activité des tuteurs. En lien avec la conjoncture actuelle et l’augmentation de la charge de travail, les activités d’accompagnement, comme le tutorat, deviennent de plus en plus difficiles à mettre en place. La valorisation de ce rôle, essentiel à l’apprentissage de l’étudiant, est encore en suspens.

Conclusion

En conclusion, il apparait que l’accompagnement réalisé par le cadre est double : accompagner les professionnels pour accompagner les étudiants. Il nécessite d’anticiper les attentes des professionnels et de prendre du recul. L’accompagnement pédagogique ne peut s’improviser : des résultats de l’étude menée par la FNESI posent la question de la formation des tuteurs, car accompagner est un don que l’on fait à l’autre, c’est un lieu d’acceptation de soi, de l’autre et d’évolution.

Jérémy BITZ,
Caroline FINCKBOHNER,
Carole REVIL,
Étudiants cadres de santé, IFCS Strasbourg.
Marie-Christine.POTIER@chru-strasbourg.fr


[1PAUL Maela. Accompagnement, ABC de la VAE. Ed. ERES, 2009, p.53.

[2PAUL Maela. L’accompagnement : une posture professionnelle spécifique. Ed l’Harmattan, 2004, p. 153-155.

[3JEANRENAUD L. in BORALEY C., DURRENBERGER Y. Le guide du tuteur de stage. Paris, Ed. Lamarre, 2014, 270 p.

[4BANDURA Albert. Autoefficacité : le sentiment d’efficacité personnelle. Ed. de Boeck, 2007.

[5FORESTIER G., in VIAL M., CAPARROS-MENCARRI N. L’accompagnement professionnel ? Ed. de Boeck, 2001, p.34.


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