Formation éthique : quelle stratégie en formation continue ?

jeudi 28 mai 2015, par Jacques Sauvignet

N’étant ni une science, ni une technique ni un ensemble de règles, l’éthique ne devrait finalement pas pouvoir s’enseigner. Pourtant comme le fait remarquer Suzanne Rameix [1] « un travail rationnel est à la fois possible et nécessaire sur les valeurs ».

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Les formations en éthique sont légions et correspondent sûrement à un besoin des soignants dans un univers de la santé qui interpelle les pratiques (resserrements budgétaires, affaires sur les médicaments, revendications des communautés...etc.…).

« L’impossible est au commencement : nous sommes pris dans l’insoluble dès que nous engageons notre travail de formateur ; nous devons nous confronter en permanence à des contradictions, des dilemmes, des paradoxes, et habiter des positions intenables. Les enjeux de la formation ouvrent ainsi pour nous des questions fondamentales : que désirons nous transmettre ? Que pouvons-nous transmettre ? Quels sont les risques de notre fonction ? » [2]
En tant que formateurs, nous avons voulu nous questionner sur ce que pourrait être un contenu judicieux et adapté d’une formation d’éthique dans le cadre de la formation continue en CHRU. A la fois pour répondre à un malaise professionnel qui peut mettre en péril la notion même de soin, mais répondre aussi à des normes dans lesquelles la démarche éthique d’un établissement doit être inscrite (loi de 2011 et démarche d’accréditation).

Questions du futur formateur

Avoir obtenu un DIU, un master voire un Doctorat dans le domaine de l’éthique peut donner envie de transmettre ses connaissances. Tout aspirant au rôle de formateur doit se poser diverses questions :

  • Légitimité : Qui peut former ? Est-ce que ma connaissance suffit pour enseigner ou faut-il faire appel à des experts ? Dans le premier cas on risque d’être généraliste mais toutefois centrée sur l’activité de soin basée sur notre propre expérience. Dans le second cas, spécialisé (philosophie, droit), mais plus éloignée des préoccupations liées à l’activité du soin.
  • Une autre question découle directement de la première : A quel public vais-je m’adresser ?
  • Une formation ouverte seulement à toutes les professions paramédicales ou inclure les médecins ? Le contenu et les objectifs risquent de différer.
  • La taille optimale du groupe ? 10, 20 personnes ? Un ou deux formateurs ?
  • Et les questions fondamentales qui ont trait au contenu et à la séquence de formation à construire : Que souhaite – on transmettre ? Que pouvons-nous transmettre ? Des bases philosophiques ? Des recettes de résolution de problèmes ? Des éclaircissements sur la législation ?
  • Enfin, quelle durée pour la formation ? Deux, trois jours ou plus ? Espacés de combien de semaines ?

Fixer des objectifs de formation

Partir des attentes du public parait un préalable idéal une fois que ce public est ciblé. Mais cela demanderait toutefois une enquête chronophage et pas forcément rentable en termes de résultats.
Afin d’enseigner à un public de soignants (infirmières, sage-femme, aide-soignant, cadre ou médecin) il est possible de se fixer comme objectifs :

  • savoir identifier une situation posant problème éthique et donner des repères sémantiques,
  • situer et comprendre le contexte législatif (confidentialité, personne de confiance, directives anticipées, droits du malade en fin de vie, bioéthique, missions des commissions et comités d’éthique),
  • connaître les règles de déontologie régissant les professions,
  • avoir des repères méthodologiques permettant de conduire une réflexion éthique,
  • exercer sa pensée sur le plan éthique afin d’être des interlocuteurs reconnus au sein d’une équipe pluridisciplinaire. A partir de ces objectifs on aperçoit le vaste champ d’investigations et de contenus qui s’ouvre au formateur !

Réflexions sur des stratégies de formation

La problématique éthique n’est certes heureusement pas le quotidien de chaque soignant. Mais encore faut-il que celui-ci ait la possibilité de reconnaître un dilemme éthique lorsqu’il se présente dans son activité. Il est trop fréquent que ce dilemme soit découvert à postériori d’une situation douloureusement vécue individuellement ou par toute une équipe.
C’est malheureusement ce qui est constaté lorsque les stagiaires nous parlent de leurs situations.
Permettre aux stagiaires de repérer une situation éthique en la différenciant de problématiques relevant d’un conflit de service, de personnes voire de problèmes organisationnels est un objectif nécessaire. Encore faut-il ensuite donner des pistes pour tenter de résoudre cette situation. Ou plutôt au sein d’une équipe pluridisciplinaire (pour nous la réflexion éthique ne s’entend pas autrement) lui permettre d’une part d’argumenter son point de vue et, d’autre part, aider les autres à la résolution de dilemmes relevant de l’éthique.

Nous détaillerons prochainement, dans une deuxième partie, l’ensemble de ces interrogations en essayant d’y répondre.

Jacques Sauvignet
Cadre de santé formateur, IF du CHRU de Saint-Etienne
jacques.sauvignet@chu-st-etienne.fr

Mes remerciements pour leur précieuse collaboration : Isabelle Balme, Catherine Grousson, Nicole Ramin et Odile Coquillard.

[1Fondements philosophiques de l’éthique médical, 159 pages, Ellipses Marketing (5 mai 1998), Collection : Sciences humaines en médecine, ISBN-10 : 2729896414 et ISBN-13 : 978-2729896416


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