Documentalistes en santé : un métier à découvrir

jeudi 3 novembre 2016, par Christine Paillard

Dans le champ sanitaire et social, le métier de documentaliste est encore trop soumis aux préjugés. Les compétences des professionnels des sciences de l ’information et de la communication ont du mal à s’implanter. Le législateur doit-il intervenir pour formaliser ces pratiques ?

Travaillant depuis dix dans un Institut de formation, j’ai pris le temps de réaliser un bilan pour visualiser le panorama de l’exercice d’un métier passionnant. En dehors de la question du statut des documentalistes en santé, il existe des décalages entre les activités dites fonctionnelles et les missions métafonctionnelles.

Le documentaliste idéal dans les instituts paramédicaux

Le documentaliste-formateur est nécessairement formé aux pratiques professionnelles documentaires (licence, master, doctorat, formation continue, etc.). Il ou elle engage des stratégies propres à sa formation bibliothéconomique, aux principes directeurs des bibliothèques, et non des usages administratifs hospitaliers. Les documentalistes sont des médiateurs, formateurs, visant l’autonomie documentaire du public. Leurs interventions s’articulent autour des notions de pratiques réflexives, de construction des savoirs. Des démarches spécifiques d’appropriation du traitement de l’information sont intégrées dans la formation des soignants. Leurs missions sont transversales et se dégagent autour de :

  • l’intervention pédagogique auprès des étudiants,
  • la définition et la mise en œuvre de la politique documentaire de l’établissement et le traitement de l’information,
  • la contribution au développement des réseaux d’information dans les établissements. Le centre de documentation est le pôle ressource d’un établissement de l’enseignement. Il devrait être doté d’un personnel qualifié, d’une politique documentaire, d’un budget pour fonctionner. A l’heure des Groupements Hospitaliers de Territoire (GHT), de l’universitarisation, des certifications et de la démarche qualité, il serait intéressant d’intégrer les pratiques professionnelles documentaires en passant par la reconnaissance des professionnels des sciences de l’information. Mais, pourquoi n’est-ce pas encore le cas ?

Des activités encore invisibles

Les documentalistes de l’environnement hospitalier, public ou privé (FHF, FEHAP, FHP, etc.) relèvent du métier des sciences de l’information, de la communication et de la documentation. Dans ce contexte, leurs activités sont informationnelles mais invisibles : “les compétences info-documentaires sont souvent vues comme des compétences transversales, invisibles car elles sont en général mobilisées au service de la réalisation d’autres tâches". Ces activités sont même ignorées des rapports de l’Inspection générale des bibliothèques. Pourtant, à ce jour, des documentalistes interviennent dans les centres de documentation, développent des méta-compétences vers les usagers (étudiants, chercheurs, etc.) et auto-évaluent leurs propres pratiques, pour favoriser la réussite des étudiants.

Les sciences de l’éducation au coeur de la documentation

Les documentalistes du SIDOC, à l’instar des documentalistes de santé en France, ont des activités en lien avec la pédagogie, la médiation, les systèmes d’information, la bibliothéconomie, les nouvelles technologies. L’expression informelle de ces tâches les rend vulnérables et les soumet aux diverses représentations d’un métier sous estimé et méconnu dans le champ sanitaire et social (ranger des livres, photocopier des cours, etc.). Ici, le documentaliste n’a pas d’existence juridique. Il n’est pas identifié en tant que tel par le Ministère des affaires sociales et de la santé, et ce malgré diverses démarches vers les autorités compétentes. Actuellement, le documentaliste des instituts de formation paramédicaux est maintenu, au mieux, au grade de technicien de catégorie B, sans possibilité d’évoluer, pour devenir au mieux Chargé des ressources documentaires. Ce flou dans la nomenclature administrative du documentaliste hospitalier ne s’appuie malheureusement que sur trop peu de mouvements associatifs, sans actions syndicales, pour défendre les missions, les salaires... Pour les autres fonctions publiques, cela est bien différent.

Que se passe-t-il ailleurs en France ?

Pour les deux autres fonctions publiques, les bibliothécaires (conservateurs) et enseignants-documentalistes exercent leur métier dans un cadre statué depuis de longues années : les professeurs-documentalistes (collèges, lycées, réseau Canopée), depuis 1986. Le décret 92-29 portant statut particulier du corps des bibliothécaires a été signé en 1992 pour faire évoluer la carrière. Du côté de l’Enseignement supérieur et de la recherche, il y a la filière technique avec ses ingénieurs d’études (Bap F). Les Chargés d’études documentaires relèvent du décret interministériel de 1998. Dans le domaine de la santé, force est de constater qu’à ce jour, aucun statut ne légifère sur le fonctionnement des centres de documentation en santé, contrairement au fonctionnement des Services communs de la documentation. Un constat se dégage, une frise chronologique retrace 30 années de retard dans le domaine médical, paramédical où la règle semble appartenir à ceux qui le décident.

Un métier encore soumis aux préjugés

Les activités formelles qui découlent de l’usage des Technologies de l’information et de la communication dans un centre de documentation sont historiquement nombreuses. Celles-ci impliquent l’acquisition de compétences informationnelles avec la gestion des sites Internet, la gestion des bases de données, la diffusion de productions scientifiques et la curation, en plus des savoirs bibliothéconomiques, pour mettre en oeuvre une politique documentaire. Depuis 2009, les documentalistes des instituts paramédicaux proposent davantage de séquences d’apprentissage, participent parfois aux évaluations des travaux universitaires, quand elles en ont le droit… Une fiche métier informe les diverses activités envisagées et selon l’exigence du public, mais celles-ci restent trop dépendantes de la politique d’établissement qui a du mal à faire émerger les chartes documentaires. Parfois, il arrive qu’un directeur d’établissement oblige le documentaliste à classer un fonds documentaire à partir des unités d’enseignement, sans aucune réflexion documentaire, ou encore la diffusion des films (fictions/documentaires) achetés sans s’acquitter des droits de diffusion...

Ce genre de situation devrait être révolue, il y en a tellement d’autres, comme des CDI fermés entre 12h et 14h ou encore des CDI ouverts toute la journée sans personnel pour assurer le prêt…. Ce type de dysfonctionnement ne nécessiterait-il pas l’intervention du législateur ?

Christine Paillard
Présidente du SIDOC
Documentaliste en IFSI
christine.paillard@gmail.com

https://www.youtube.com/watch?v=7DrIolhoQ-0

Pour aller plus loin : Quelques réseaux professionnels français


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