De l’éthique en formation

mardi 12 septembre 2017, par Benjamin Jullian-Michel

Lors des 72èmes journées nationales d’études du CEFIEC, dont le thème était « Dépassons l’incertitude, Construisons ensemble les métiers de demain », le Docteur en philosophie Philippe Svanfra a réalisé une intervention passionnante sur l’éthique en formation de santé. De l’idéal au réel, de l’impact émotionnel à l’accompagnement des étudiants, il nous donne des clés pour mieux former les futurs professionnels de santé.

Philippe SVANDRA est cadre supérieur de santé et docteur en philosophie. Il a questionné durant son intervention lors des 72èmes Journées nationales d’étude du CEFIEC, le thème de l’éthique dans la formation en santé.

Une question d’accent

Si nous reprenons la définition d’Héraclite, l’ethos correspond à « la manière d’habiter le monde ». Cependant, il existe deux façons d’écrire l’ethos. Êthos, qui correspond à séjour, à lieu habituel, et Éthos, qui est l’habitude et par extension les coutumes de la société. Comme le dit KEMP, « C’est parce qu’on se construit une demeure, un lieu de bien vivre (êthos), qu’on acquiert des habitudes (éthos) ». L’êthos permettrait donc d’acquérir l’éthos. Nous avons donc pour rôle, en tant que formateur, de transmettre une manière d’habiter le métier pour participer à la création d’un éthos paramédical à l’étudiant.

La première condition, pour permettre la transmission de l’éthos, est d’en avoir un soi-même, ce qui induit le maintien de la formation par les pairs. Les habitus sont donc transmis sur le lieu de formation pour créer un changement de point de vue en intériorisant des apprentissages lors du processus de socialisation. Attention cependant à la frontière mince entre éthos et formatage : il est nécessaire de se conformer à l’éthos au sens étymologique, c’est-à-dire se former avec l’éthos. Mais il ne faut pas oublier, en s’inspirant de Winnicott, que l’on ne peut être que des soignants suffisamment bons, formant des soignants suffisamment bons.

De l’idéal au burn-out

Si l’on en revient à la genèse de la professionnalisation des étudiants en santé, il y a un désir initial se traduisant par des devenirs qui poussent les étudiants vers quelque part. Le désir d’être infirmier n’est jamais isolé d’un contexte propre à chacun. L’étudiant en soins infirmiers désire une vie d’infirmier qui constitue un devenir infirmier qui associe différents désirs faits de représentations. La souffrance apparait donc lors de la confrontation de ces désirs à la réalité qui résiste. Plus les désirs sont construits, plus le risque de burn out est présent, en raison de l’importance du deuil à effectuer pour être en accord entre soi et le contexte. En effet, la résignation des premiers temps laisse place à une blessure narcissique. Le burn-out est donc une brûlure de l’idéal et donc le désir est source de son propre échec. La formation est également marquée par l’isolement social, des problèmes sociaux et financiers, ainsi que des deuils personnels au moment du stage. Cette réalité vient également se heurter aux représentations de « super-héros soignant ».

En tant que formateur, il y a donc un accompagnement sur ce qu’est un soignant dans la réalité des pratiques du terrain pour réduire la distance entre un devenir représenté constituant l’idéal et la réalité de l’exercice. Cela permet d’introduire de la pratique dans l’idéal pour passer de l’idéal à la pratique. D’où un important travail sur les représentations.

L’impact émotionnel de la formation en santé

Malgré les slogans publicitaires « jamais la première fois sur le patient », il ne faut pas oublier que le réel dépassera toujours le virtuel. Il faut donc préparer les étudiants à un impact émotionnel lors de la première réalisation d’un acte sur un patient. Il est donc intéressant de cultiver les émotions et les affects. Les étudiants en santé sont confrontés à une double peine : ils sont confrontés à la souffrance des personnes prises en charge mais ils sont également des réponses à la souffrance des professionnels. Les étudiants sont donc confrontés à des émotions très fortes allant de la joie au dégout.

Une question de « bon » accompagnement

Il est donc nécessaire, pour se construire, que les étudiants trouvent au sein des instituts de formation du non-jugement et de la bienveillance, malgré la crainte persistante d’être considérés comme « trop faibles » pour la profession, ce qui peut freiner la parole. L’accompagnement des formateurs a pour finalité de favoriser l’appropriation, et même la construction par l’étudiant, d’une réalité du métier faite de valeurs et d’émotions fortes.

Benjamin Jullian-Michel
Cadre formateur
IFSI du CH d’Alès-en-Cévennes
bjulian@ch-ales.fr


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