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L’alternance : de la nécessité d’un partenariat entre cadres formateurs et cadres de terrain pour la professionnalisation des étudiants infirmiers

vendredi 16 juillet 2004, par Anne-Claire Papin

J’ai ainsi constaté, dans mon cursus d’études paramédicales, puis dans mes fonctions de puéricultrice et de faisant fonction cadre de santé, que l’encadrement des étudiants pouvait poser des problèmes ou tout au moins soulever des interrogations de la part des professionnels de l’institut ou de terrain, voire de l’étudiant lui-même.

Je me propose de vous exposer ma problématique pratique concernant ce sujet avant de vous apporter une approche conceptuelle des notions abordées.

Problématique pratique

Les principaux responsables de l’encadrement des étudiants infirmiers sont les cadres de santé. Qu’ils soient formateur ou de terrain ensuite, leur formation est la même en Institut de Formation des cadres de Santé. Leurs rôles et missions vont ensuite diverger selon leur secteur d’activité.

L’évolution amenant à cette dénomination de « cadre de santé » s’est faite tout au long du XXème siècle. La notion de « surveillante religieuse » a peu à peu fait place à celle de cadre manager. Le diplôme de cadre de santé naît le 18 août 1995 et regroupe alors 14 professions.

Ce qui m’interpelle, c’est que la législation ne définit ni la pédagogie ni la didactique de l’encadrement. Le programme ne prévoit pas du tout les méthodes, les outils à mettre en place pour faciliter les apprentissages. Chaque professionnel doit donc envisager une stratégie d’encadrement qui lui convienne et qui lui semble la plus pertinente pour favoriser les apprentissages.

La formation par alternance des étudiants en soins infirmiers doit être l’occasion pour eux de trouver une place, une autonomie les guidant vers des compétences professionnelles. Malheureusement, cette alternance n’est souvent, je le crois, que juxtaposition de formation et ne se fait pas dans une coopération entre les 2 lieux de formation : ce n’est pas une alternance parternariale.

Cadre conceptuel

L’alternance, un phénomène complexe

Le 12 Juillet 1980, une loi relative aux formations professionnelles alternées est votée et donne une définition de la formation par alternance. Cependant, elle apparaît comme un phénomène complexe dans la mesure où on peut définir l’alternance selon plusieurs modèles. Edgar MORIN définit la complexité comme « l’expression de l’unité dans la diversité » [1].

Gil BOURGEON [2] pense l’alternance selon 3 modèles :
- l’alternance juxtapositive
- l’alternance associative
- l’alternance copulative

De la même façon, Georges LERBET [3] définit l’alternance comme « une formation à temps plein mais à scolarité partielle ». Il aborde aussi 3 modes d’alternance :
- l’alternance « primaire »
- l’alternance renversable
- l’alternance réversible

Dans un cas comme dans l’autre, on ne ressent pas la notion de travail conjoint entre les cadres formateurs et de terrain ; l’alternance n’apparaît que comme succession de théorie et de pratique.

L’alternance formalisée dans le projet pédagogique des IFSI

Pour relier ces 2 lieux de formation, il semble nécessaire de réfléchir à la constitution des projets pédagogiques des IFSI. En effet, avant d’être réalisé, le projet se doit d’être conceptualisé. De la nature même du projet dépend son lieu de conception, le nombre d’organisations qui vont y travailler mais aussi de leur degré de motivation. Un projet ne peut se construire seul : Serge RAYNAL [4] dit que « piloter un changement revient donc à solliciter les compétences là où elles sont et à impliquer le plus tôt possible dans l’action les collaborateurs ».

L’annexe de l’arrêté du 23 Mars 1992 du programme des études d »infirmiers insiste dans son 5ème énoncé sur « la cohérence entre les objectifs de formation, les principes pédagogiques et les pratiques professionnelles ».Comme le précise Pierre PEYRE, responsable de formation au Centre hospitalier des Pyrénées et professeur à L’université de Pau, ce principe met l’accent sur la nécessaire concordance entre l’école (l’institut) et le milieu professionnel (le terrain de stage).

Mais, quelles fonctions pédagogiques respectives et mutuelles accorder à la formation et à la profession ? Quels rôles reconnaître à chacun ? Quelle coordination créer pour que l’étudiant soit, individuellement ou en groupe, le bénéficiaire ? Cette notion de projet pédagogique est au centre de cette trilogie pédagogue- étudiant- tuteur. Il doit favoriser chez l’étudiant le développement de compétences afin d’accéder à une certaine autonomie dans son processus d’apprentissage.

L’autonomie de l’apprenant dans le processus de formation par alternance

Selon Anne-Marie POLET- MASSET [5], il semble plus facile de dire ce qu’elle n’est pas : « L’autonomie n’est ni l’individualisme, ni l’indépendance, ni la dépendance. L’autonomie n’est pas le désordre, ni la liberté, ni la contrainte. L’autonomie n’est ni la différence, ni le pouvoir absolu, ni l’absence d’identité. » Ce serait en fait, fonder son comportement sur des règles choisies librement mais aussi faire preuve d’indépendance et se passer de l’aide d’autrui. Pour que l’étudiant accède à cette autonomie, André GEAY [6] montre la particularité du partenariat dans le sens où il implique une décentration des institutions partenaires vers un autre théorique commun : le centre de décision où « le Nous remplace le Je ».

Il faut l’engagement des deux parties pour construire un projet commun où les rôles et missions de chacun seront préalablement redéfinis.

Ainsi, l’alternance partenariale semble l’alternance la plus élaborée pour satisfaire à ces exigences de formation. L’alternance se concrétisera si l’organisation et l’articulation ont été pensées en amont et l’apprentissage s’en trouvera facilité. L’important dans l’alternance est de penser les écarts qui existent entre théorie et pratique : ainsi et ce n’est qu’à cette condition primordiale que peut se professionnaliser l’étudiant.

Philippe PERRENOUD [7] définit l’alternance comme un concept creux : les dispositifs de formation dépendent les uns des autres et si ce n’est pas le cas, l’alternance n’a pas de sens. L’alternance doit être construite car elle est l’articulation entre l’enseignement et le milieu professionnel ; là sont joués les enjeux de la professionnalisation.

Les enjeux du partenariat

La finalité que l’on recherche est la seule chose qui prime : la professionnalisation, objectif de départ de la formation, induit nécessairement une articulation entre « savoir » et « savoir-faire » ; C’est dans un projet que pourront se définir ces objectifs de formation. Dans ce sens, il pourra y avoir corrélation entre les attentes des terrains de stage et les objectifs de formation.

Pour concevoir une alternance éducative, chaque partenaire impliqué dans cette alternance va devoir se décentrer de lui-même pour s’ouvrir au projet commun, faute de quoi il ne s’agira que d’alternance juxtapositive. Jean CLENET et Christian GERARD [8] affirment que « le partenariat dans l’alternance est bien un partage du pouvoir de former ».

Le développement des compétences professionnelles

La compétence se caractérise bien par un questionnement de l’individu sur l’environnement et par une production de savoirs enracinés et incorporés dans un logique de l’agir : « c’est une faculté de cohérence et d’adéquation » selon Bernard REY [9]

Pour favoriser le développement de ses compétences, l’étudiant va devoir questionner ses savoirs théoriques en situation réelle mais il doit également tenir compte de l’environnement « sociotechnique » dans lequel il évolue. Guy LE BOTERF [10] affirme en effet que « la compétence relève aussi de la culture d’entreprise, de ce qu’elle valorise ou déprécie ; certaines cultures d’entreprise favorisent la compétence, d’autres la freinent ou la détruisent. »

Quand qualification ne rime pas avec compétence

Quoi qu’il en soit, ni les aptitudes générales individuelles, ni les diplômes détenus ne font les compétences ; Cependant, la compétence n’est pas la négation de la qualification ; c’est au contraire la pleine prise en compte de sa valeur. C’est l’idée que défend Guy LE BOTERF lorsqu’il précise que « lorsque la qualification se réduit à des diplômes de formation initiale, cela ne signifie pas que la personne sache agir avec compétence ». La « logique compétence » ne s’oppose pas à la « logique diplôme » mais à la logique « poste de travail » dans l’entreprise.(Guy LE BOTERF)

La formation par alternance des étudiants infirmiers nous fait nous interroger sur la relation complexe entre les différents partenaires de l’encadrement, sur les finalités des projets pédagogiques, sur l’intérêt porté par les cadres responsables de cette formation et sur le développement de l’autonomie puis des compétences du futur professionnel.

La formation par alternance peut être considérée comme un « voyage initiatique chaotique », selon Nicole JEANGIOT [11] : le stagiaire doit s’adapter aux méthodes de travail différentes les unes des autres, acquérir de nouvelles connaissances et développer des capacités d’adaptation à ce nouvel environnement. Le partenariat trouve là tout son intérêt puisqu’il va permettre à l’étudiant de faire le lien entre les deux systèmes alternatifs de formation.

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L’alternance : de la n ?cessit ? d’un partenariat entre cadres formateurs et cadres de terrain pour la professionnalisation des ?tudiants infirmiers

[1La complexité humaine, textes rassemblés avec Edgar MORIN et présentés par Heinz WEINMANN

[2Gil BOURGEON est cité par André GEAY dans De l’entreprise à l’école : la formation des apprentis

[3Georges LERBET est auteur de nombreux ouvrages dont Images de l’alternance à l’Education nationale et auteur de la préface de L’Ecole de l’alternance d’André GEAY

[4Serge RAYNAL est l’auteur de Le management par projet

[5Anne-Marie POLET- MASSET est psychologue formatrice au centre de perfectionnement en soins infirmiers et auteur de Passeport pour l’autonomie ; affirmez votre rôle propre

[6André GEAY, L’école de l’alternance

[7Philippe PERRENOUD est sociologue, professeur à l’Université de Genève

[8Jean CLENET et Christian GERARD sont conjointement auteurs de Partenariat et alternance en éducation, des pratiques à construire

[9Bernard REY est auteur de Les compétences transversales en question

[10Guy LE BOTERF est auteur de Développer la compétence des professionnels

[11Nicole JEANGIOT est auteur de Approche de l’alternance en formation : étude comparée de la formation des enseignants à l’IUFM et de la formation en soins infirmiers


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