Recherche sur le niveau d’implication numérique des cadres de santé

vendredi 14 avril 2023, par Bruno Benque

Alors que les outils numériques envahissent notre quotidien, en particulier celui des managers de Santé, il est intéressant de connaître comment ces derniers s’approprient les usages numériques dans leurs pratiques. Notre collègue Loïc Martin nous éclaire sur le sujet dans un article paru dans la Revue Recherche en Soins infirmiers. Il décrit un niveau d’implication lié à la politique de formation et d’accompagnement de leur institution et invite à engager une réflexion écosystémique dans le contexte particulier des systèmes d’information de Santé.

L’évolution de la société est marquée par la généralisation des usages digitaux. Quels que soient le vécu pédagogique, le niveau socio-professionnel, ou habitants de ce pays, toute la population est impactée par l’intrusion des outils numériques dans la vie de chacun d’entre nous.

Les usages numériques, de l’environnement domestique au milieu professionnel
Il ne faut bien sûr pas généraliser car tout le monde n’a pas le même degré de dépendance vis-à-vis de son téléphone, de son ordinateur, voire de son assistant de vie préféré dans ses activités domestiques. Certains n’ont que peu de besoins dans ce domaine, d’autres en font une utilisation fréquente quoi que superficielle, quand d’autres enfin ont une appétence envers l’outil digital et ont acquis des compétences significatives leur permettant d’optimiser leurs actions et leur temps en se référant avec précision à des applications qu’ils maîtrisent. Il en est de même en milieu professionnel, où des applications spécialisées sont utilisées de manière obligatoire et d’autres font l’objet, chez certains, d’un approfondissement de leurs usages.

Les outils numériques indispensables aux managers de Santé
Ainsi, les cadres de santé ne peuvent plus aujourd’hui se passer de leur logiciel de gestion des plannings, de suivi et de prévision des temps de travail, des congés, des récupérations, des RTT, etc., ni de leur application d’emails. Cette dernière fait d’ailleurs l’objet d’une surexploitation au quotidien et représente, pour nombre d’entre eux, un facteur de stress qu’il est raisonnable de laisser de côté de temps en temps si l’on ne veut pas risquer d’y être absorbé, voire enseveli.

À côté de ces applications de base, et si leur emploi du temps le leur permet, les managers de santé les plus « geek », ou ceux qui exercent dans des environnements faisant une large place aux outils numériques, comme les unités d’imagerie ou de soins continus notamment, se plaisent à explorer ces applications dites fonctionnelles qui assistent les personnels médicaux et paramédicaux dans la prise en soins des patients. Ils profitent même parfois de leur vision périphérique pour promulguer quelques conseils d’utilisation aux membres de leur équipe.

Un travail de recherche sur les pratiques digitales managériales dans les établissements de Santé français
Mais il est difficile d’évaluer le niveau général d’implication des managers de Santé aux usages numériques dans leur pratique quotidienne. C’est la raison pour laquelle notre collègue Loïc Martin, cadre pédagogique au sein de l’IFCS du CHU de Rouen, a mené un travail d’enquête sur ce thème et a élaboré un article publié dans le numéro de décembre 2022 de la Revue « Recherche en soins infirmiers ». Car il a constaté que la revue de la littérature sur les notions d’utilisation, d’usage, de pratique et d’appropriation du numérique apporte, en France et en comparaison à d’autre pays, peu de données sur les cadres de santé de proximité concernant leur pratique managériale.

Une utilisation du numérique jugée basique liée à la politique de formation et d’accompagnement
L’objectif de sa recherche est donc « de mesurer le niveau d’utilisation et d’appropriation de l’environnement numérique de travail chez ces cadres, et d’identifier les dimensions influençant cette utilisation ». Pour réaliser ce travail, il a mené 30 entretiens semi-dirigés dans sa région de Normandie. Les résultats, issus d’une analyse catégorielle, démontrent une utilisation du numérique basique et un niveau d’appropriation correspondant à une phase d’application. Et comme l’on pouvait s’y attendre, les motivations qui mobilisent les cadres dans ce domaine sont technologiques et stratégiques, mais également liées à la politique de formation et d’accompagnement de leur institution.

Engager une réflexion écosystémique sur les usages numériques afin d’en identifier les ressorts et les freins
Pour Loïc Martin, « le cadre ne travaille pas dans un environnement numérique de travail. Il se trouve dans un processus d’instrumentation et serait plus dans un usage de l’environnement informatique de travail. Ce niveau d’utilisation ne dépend pas uniquement d’une analyse ontosystémique du cadre ». Et pour mieux en identifier les ressorts ou les freins qui émanent de son environnement, il invite le lecteur à engager une réflexion écosystémique « centrée sur les stratégies du déploiement rapide d’une culture numérique contemporaine ».

Des stratégies qui se sont développées souvent à marche forcée et de manière quelque peu anarchique dans le milieu de la Santé et qui nécessitent aujourd’hui un gros travail de coordination et d’intégration porté notamment par des interfaces d’interopérabilité et encadré par des garde-fous sécuritaires pour les données de Santé.

L’article de Loïc Martin « Recherche descriptive qualitative sur le niveau d’utilisation de l’environnement numérique de travail chez le cadre de santé de proximité en France » est à consulter dans la Revue « Recherche en Soins Infirmiers ».

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@gpsante.fr
@bbenk34.


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