Quelle médecine et quels traitements à l’heure de la prédiction ?

vendredi 11 mars 2016, par Pauline Mayol

Les 7èmes Assises des Technologies Numériques de Santé se sont déroulées le 9 mars 2016 avec pour interrogation centrale « Quelle médecine et quels traitements à l’heure de la prédiction ? ». Si le numérique ne remplacera jamais la médecine, il encourage les échanges pluridisciplinaires pour la faire progresser.

La pratique de la médecine n’a cessé d’évoluer : d’une médecine de guérison basée sur le patient en passant par une médecine de prévention principalement basée sur la notion de population avec la prévention de masse jusqu’à finalement une médecine de prédiction, beaucoup plus individuelle, centrée davantage sur l’individu sain.

L’émergence de la prédiction génétique avec le séquençage du génome à très haut débit, les bio-marqueurs, la science des méga-données et les logiciels de simulation font entrer la médecine dans une nouvelle ère. Deux évolutions majeures sont en accélération constante : la génomique et l’informatique.

Le numérique ouvre de nouveaux horizons

Ce n’est plus un médicament ou un dispositif qui vient transformer l’approche de la maladie et du soin mais l’information. Bien que très prometteuse, la médecine prédictive pose de réels défis, que se soit sur le plan éthique ou technique. L’absence de solution thérapeutique pour certaines maladies que l’on peut prédire avec certitude ou la question du stockage des données restent des difficultés encore très débattues. Les spécialistes de la première table ronde ont discuté autour de la question suivante : les algorithmes et les outils de simulation remplaceront-ils la recherche clinique ? La réponse des experts est unanime : non ! Les outils numériques vont accompagner l’émergence d’une nouvelle pratique médicale mais ils ne remplaceront pas le praticien. La transformation numérique modifie l’ensemble de la société et c’est à nous de définir les modalités d’accompagnement que nous souhaitons.

Une discipline qui encourage les échanges pluridisciplinaires

Il faut voir dans les outils numériques une formidable opportunité pour être encore meilleur et faire évoluer le savoir global, ont souligné les conférenciers. Nous sommes et nous vivons dans un écosystème dynamique et variable, l’émergence du numérique nous permet d’avoir une vue globale et multi-échelles. Toutefois, si le virtuel est capable de transcrire avec précision notre information génétique, il ne peut pas prévoir les événements inattendus, d’autant que l’individu, à cause de la prédiction, est susceptible de modifier son comportement. Le numérique ouvre donc de nouveaux horizons qui permettent de modéliser et simuler. Mais bien au-delà, ils favorisent surtout la collaboration entre les praticiens, les chercheurs, les industriels et les autorités réglementaires. Le numérique réunit l’ensemble de ces acteurs et encourage les échanges pluridisciplinaires.

Les prédictions nous permettront-elles de mieux guérir ?

Une des premières choses mises en avant par les spécialistes de la deuxième table ronde est l’importance de la formation. Il faut continuer à investir dans la formation en masse de l’ensemble des professionnels de santé. Il y a déjà eu énormément d’investissements mais il est nécessaire de comprendre où se font ces investissements. Il faut absolument donner de la lisibilité et de l’intelligence à toutes ces données qui sont déjà stockées. D’autre part, il est surtout nécessaire d’accompagner les gens dans la prévention grâce à tous ces nouveaux outils. Une étude de l’OMS nous explique que nos enfants formeront la seule génération soumise à une réduction de son espérance de vie, à cause de la sédentarité et de l’obésité. Or, il s’agit bien là de problèmes comportementaux où les outils numériques peuvent trouver leur place pour accompagner les changements de mode de vie.

Des compétences françaises reconnues mais un déficit de commercialisation

La deuxième table ronde s’est clôturée sur les solutions à mettre en place dans un futur proche. Il est aujourd’hui nécessaire de revenir à la définition de l’usage de l’outil informatique, pour ne pas faire de l’accumulation aléatoire de données sans leur donner du sens. Le numérique n’est qu’un élément d’un tout. Les nouvelles technologies produisent de l’information qu’il faut stocker. Il faut ensuite faire appel à des informaticiens et des statisticiens pour l’interpréter puis à des biologistes et des médecins pour tirer des conclusions. C’est cette chaîne de valeur qui est fondamentale. Pour conclure, ces 7èmes Assises des Technologies Numériques de Santé ont mis à jour un triste constat. Si en France, nous avons des start-ups et des services de recherche et développement compétents, derrière nous assurons une mauvaise commercialisation en partie à cause du poids considérable des institutions publiques.

La France reste trop peu présente dans ce domaine et accumule les retards.

Mayol Pauline
Etudiante Master LOPHISS (Paris 7)
mayol.paulline@gmail.com


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