Les usages des soignants, pré-requis de l’amélioration de la e-santé

lundi 29 octobre 2018, par Bruno Benque

Après une série de consultations tous azimuts, les pilotes du chantier « Accélérer le virage numérique » de la Stratégie de transformation du système de Santé ont rendu leur rapport. Ils y dressent une série de diagnostics et énumèrent de nombreuses propositions sensées améliorer la e-santé sur le territoire français. Comme souvent, des solutions macroscopiques et des évolutions relatives à la gouvernance de la e-santé sont mises en lumière. Mais les usages de l’outil numérique par les professionnels de Santé dans leur pratique sont une nouvelle fois oubliés.

Annelore COURY, Directrice déléguée à la gestion et à l’organisation des soins de la CNAM et Dominique PON, Directeur général de la clinique Pasteur de Toulouse et Président de SantéCité, ont mené des consultations, depuis le printemps 2018, dans le cadre du chantier « Numérique » de la Stratégie de transformation du Système de santé (STSS) voulue par le Gouvernement.

Une série de consultations sur le thème "Accélérer le virage numérique

Ces travaux, engagés sur le thème « Accélérer le virage numérique », avaient pour objectif d’aboutir à la production d’une feuille de route opérationnelle couvrant la période 2018-2022 et ayant pour but de renforcer le virage numérique dans le système de santé. Ils ont ainsi rencontré des acteurs au niveau national, par le recueil de contributions via une plateforme en ligne ou par l’organisation de rencontres avec des représentants d’organisations impliquées dans le numérique en santé. Ils ont également mené, auprès des ARS de Bourgogne-Franche-Comté, Bretagne, Nouvelle-Aquitaine et Martinique, et d’acteurs de terrain issus de start-ups, d’éditeurs de solutions, de professionnels de Santé de ville et d’hôpitaux, une enquête afin de recueillir les idées susceptibles de faire progresser le numérique en Santé.

Une nouvelle Direction préconisée au sein du Ministère

Au terme de ce travail, ils ont rédigé un rapport qu’ils viennent de rendre public et dans lequel ils élaborent un diagnostic de la situation et émettent un certain nombre de propositions. Ils ont ainsi identifié des manquements dans la gouvernance de la e-santé en France ainsi qu’une organisation insuffisamment structurée pour mettre en œuvre efficacement la stratégie nationale du numérique en santé. Ils préconisent donc de mieux structurer cette gouvernance en proposant deux scénarios. Le premier met en place une Direction de la Transformation Numérique en Santé (DTNS) au sein du Ministère des Solidarités et de la Santé. Il aurait comme missions le pilotage global de la stratégie nationale en e-santé, l’animation du Conseil Stratégique du Numérique en Santé, la labellisation des solutions et des organisations ou l’accompagnement sur les territoires des programmes nationaux au travers des Grades.

Une seconde proposition plus opérationnelle

Alors que la Haute Autorité de Santé s’est vue attribuer un rôle dans la certification des établissements de Santé sur le champ des systèmes d’information, que l’ASIP Santé a fait ses preuves quant au pilotage des innovations numériques en Santé, avec un focus sur la e-santé et la coordination des professionnels autour des patients, cette nouvelle Direction constituerait une feuille de plus et sans grand intérêt dans le gâteau administratif. Le second scénario, qui prévoit plutôt la création d’une mission e-santé au sein du Ministère, parait plus pertinent, notamment par la souplesse qu’elle affiche et sa vocation plus opérationnelle, en lien avec l’Assurance maladie et l’ASIP Santé.

Les usages des professionnels de Santé, oubliés du rapport

Mais, parmi toutes les propositions que ce document énumère, il est une question laissée sans réponse. Les auteurs décrivent, dans leur diagnostic, « une offre morcelée du numérique en santé rendant les usages complexes dans la pratique quotidienne ». Ce point est souvent mis en avant par les professionnels de Santé, en ville comme à l’hôpital, qui n’arrivent pas à optimiser leur temps de travail dans leurs usages de l’outil numérique, faute de solutions ergonomiques ou adaptées à leurs pratiques. Or, dans leurs propositions, les auteurs ne font état que de promotion d’outils de premier niveau utilisés par l’ensemble des acteurs du système de santé (DMP, messagerie sécurisée, ...) qui existent déjà ou de déficit d’interopérabilité, un problème qui est traité depuis de nombreux mois et qui est en passe d’être résolu.

L’appropriation de l’outil par les soignants, pré-requis à la promotion de la e-santé

Pas un mot donc sur l’amélioration des outils numériques mis à disposition des soignants au quotidien, qui sont souvent conçus selon un « socle de base » et sont dès lors peu adaptés aux pratiques professionnelles soignantes. Et même si certains éditeurs ont compris cette problématique et incluent, dans les groupes projets de déploiement des logiciels, des professionnels de Santé afin de rendre ces solutions plus ergonomiques et efficientes, les us et coutumes ne favorisent pas une appropriation suffisante des outils et de leurs usages par ces derniers. Il en résulte souvent un rejet de ces dispositifs au potentiel formidable et, au bout du compte, une souffrance issue notamment de l’utilisation chronophage qui en est faite.

Madame et Monsieur les rapporteurs, vous pourrez créer autant de DTNS ou de missions e-santé que vous pourrez, si les professionnels de santé n’adoptent pas les outils numériques et n’en maîtrisent pas les usages, faute d’y trouver une amélioration de leur quotidien, ils ne seront pas à vos côtés pour les promouvoir auprès des patients. Merci d’en tenir compte dans vos prochaines réflexions sur ce thème...

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


Partager cet article