Hospitadum Détenus pour promouvoir la télémédecine

mardi 27 décembre 2016, par Bruno Benque

Le Centre Hospitalier (CH) de Moulins-Yzeure a mis en place un dispositif de téléconsultation pour les détenus du centre pénitentiaire du territoire. Dans le cadre de sa visite dans cet établissement, la Mission FHF-Télémédecine, à l’origine de l’opération #DeverrouillonsLaTélémédecine, a pris cette initiative pour exemple afin de promouvoir le déploiement de tels dispositifs pour améliorer les parcours de soins, l’ouverture des hôpitaux vers la ville ou le fonctionnement des GHT.

Le déploiement d’outils de télémédecine au service des parcours de soins est susceptible, à terme, de résoudre de nombreux problèmes liés à l’accès aux soins, notamment en zone de désertification médicale.

La mission FHF-Télémédecine en visite au CH de Moulins-Yzeure

Le Centre hospitalier (CH) de Moulins-Yzeure fait partie des bons élèves sur ce thème, puisqu’il a développé plusieurs dispositifs de télémédecine en réponse à des besoins précis, comme la prise en charge des détenus, les consultations gériatriques, la télécardiologie ou encore la filière AVC. La mission FHF-télémédecine, qui a été lancée lors de la Paris Healthcare Week en mai 2016, s’est rendue le 22 décembre 2016 dans cet établissement, dans le cadre de sa campagne de sensibilisation #DeverrouillonsLaTélémédecine. Le dispositif de prise en charge des détenus, nommé « Hospitadum Détenus », a particulièrement retenu son attention.

Un dispositif coûteux pour chaque extraction médicale d’un détenu

« Chaque extraction médicale de détenu, en vue d’une consultation en présentiel de 15 minutes environ, nécessite un dispositif d’escorte et de surveillance important (on dénombre en moyenne 9 agents de Police ou de Gendarmerie par extraction d’un détenu). Il s’agit, à chaque fois, d’une mobilisation coûteuse qui, surtout, perturbe le fonctionnement d’un établissement, vis-à-vis des autres patients notamment, et qui est source d’une prise de risque extrême sur le plan sécuritaire (risque d’évasion, d’incidents, d’agressions, etc) » témoigne M. Pierre Thépot, Directeur général du Centre hospitalier de Moulins-Yzeure.

Des flux de personnels significativement optimisés

« Hospitadum Détenus » est une vraie source d’économie pour l’administration pénitentiaire. Il permet également à la police ainsi qu’à la gendarmerie, qui n’ont plus à mobiliser de personnels pour les transferts de détenus, de réaliser un réel retour sur investissement. Pour l’hôpital, c’est également une manière d’apporter du soin de qualité, un meilleur confort pour le patient et l’équipe médicale, tout en évitant de sécuriser l’établissement pour la venue d’un détenu hors de son environnement pénitencier.

Des téléconsultations de pré-anesthésie conformes aux recommandations de la SFAR

Ce dispositif permet aux prisonniers consentants de subir des téléconsultations pré-anesthésiques pour des opérations programmées n’entraînant pas une durée de séjour supérieure à 48 heures. « La téléconsultation se déroule de la même manière que pour une consultation classique et suit rigoureusement les recommandations de la Société Française d’Anesthésie et Réanimation (SFAR) » remarque le Dr. EL OAMRI, médecin-anesthésiste du CH de Moulins-Yzeure. De plus, aucun incident lié à la qualité de la pratique n’a été relevé ou signalé deux ans après sa mise en place. Sur le plan financier, d’autre part, l’administration pénitentiaire rembourse chaque téléconsultation sur la même base que pour une consultation traditionnelle en présentiel.

Un exemple des possibilités de la télémédecine sur le territoire

Le CH de Moulins-Yzeure a pu acquérir les matériels nécessaires à la pratique de la télémédecine grâce à de l’argent issu du fond européen FEDER, ce qui constitue la seule source de financement, hormis la participation de l’établissement pénitentiaire. Il faut dire que les actes de télémédecine ne sont toujours pas adossés à des modalités tarifaires, ce qui constitue, en général, un frein au déploiement de la télémédecine. « Hospitadum Déténus » est un bel exemple des liens qui peuvent être créés entre un Centre Hospitalier et son territoire de santé grâce à des dispositifs de télémédecine. Celle-ci pourra ainsi accompagner les recompositions de l’offre de soins.

Mais pour pérenniser ce type de projet, David Gruson, Délégué général de la FHF, rappelle l’impératif « de parvenir sans délai au déverrouillage de ce modèle économique en cohérence avec le principe d’assimilation de la télémédecine à la pratique médicale à distance, reconnue depuis la loi Hôpital, Patient, Santé, Territoire de 2009 ». Dans le cadre des GHT ainsi que de l’ouverture de l’hôpital vers la ville, elle a un rôle majeur à jouer.

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com


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