Revalorisations de carrières : les cadres de santé déçus et en colère

mercredi 14 avril 2021, par Bruno Benque

Suite aux annonces ministérielles relatives aux revalorisations des carrières paramédicales, les cadres de santé peuvent se sentir lésés par rapport à leurs collègues soignants qu’ils encadrent. L’ANCIM a ainsi fait part, dans un communiqué, de sa déception et de sa colère devant le manque de reconnaissance dont cette profession fait l’objet de la part des tutelles. D’autant que ces annonces ne sont pas en faveur d’une meilleure attractivité de la fonction et que les prochaines mesures réformant la gouvernance des hôpitaux ne présagent rien de très bon.

Dans notre article du 12 avril 2021, relatant certaines des mesures annoncées lors du 3ème comité de suivi du Ségur de la santé, nous émettions des réserves quant au sort qui avait été réservé aux cadres de santé sur le champ de la revalorisation de leur carrière et des augmentations salariales prononcées à cette occasion par le Ministre des solidarités et de la santé, Olivier VERAN.

L’ANCIM dénonce le mépris ministériel envers les cadres de santé

Nous ne sommes, en fait pas les seuls à formuler des réserves, puisque l’Association Nationale des Cadres de santé (ANCIM), principale entité représentative de notre profession, a déclaré dans un communiqué être « sidéré du mépris avec lequel sont considérés les cadres de santé ! ». Les 14.700 personnes exerçant cette profession sont en effet les seuls paramédicaux qui ne toucheront que la revalorisation de 183 € après un an de carrière (2.256 €) et devront attendre d’avoir 5 ans avant de percevoir un supplément au titre de la revalorisation des grilles de la catégorie A, pour une augmentation à 394 € en fin de carrière (3.941 € net).

Déception et colère relatives à la revalorisation de carrière annoncée

L’ANCIM annonce, dans son communiqué, être très surpris par ce dénouement alors que ses responsables avaient eu le sentiment d’être écoutés et peut-être entendus à l’occasion de plusieurs rendez-vous au Cabinet du Ministre au cours desquels ils avaient mis en lumière le rôle central des cadres de santé dans l’organisation hospitalière ainsi que leur positionnement transversal au carrefour des attentes et préoccupations des patients, des soignants, des équipes médicales et des directions. L’ANCIM déclare être très déçu par le contenu des revalorisations de carrières des cadres de santé et se montre « très en colère de la non prise en compte de notre spécificité ! »

Un risque majeur pour l’attractivité de la fonction

L’association va même plus loin en dénonçant avec vigueur une « casse des cadres » qu’elle considère comme la suite logique des tergiversations observées depuis plus de dix ans sur le champ de la réingénierie de la formation des cadres de santé. Elle considère dès lors le Ségur de la Santé comme le fossoyeur de la profession elle-même, un cadre ayant cinq ans d’expérience paramédicale percevant un salaire supérieur de seulement 40 euros par rapport à l’infirmière qu’il encadre ! L’ANCIM appelle donc les tutelles à « retravailler, dans sa globalité (salaire, formation, passerelle métier, etc.) la question des cadres de santé au sein du système hospitalier afin de préserver l’attractivité de cette fonction.

Une place à conquérir dans la réforme de la gouvernance des hôpitaux

Car, outre le chapitre salarial, il est des domaines qui ne semblent pas être en faveur d’une meilleure reconnaissance de celle-ci. Nous voulons parler ici de la réforme de la gouvernance hospitalière, pour laquelle le projet de Loi « Amélioration du système de santé par la confiance et la simplification » - qui sera discutée cet après-midi à l’Assemblée nationale - prévoit la collaboration des binômes Cadres/chef de service et cadre supérieur/chef de pole et par lequel les cadres verraient un accroissement de leurs responsabilités et de leur influence au sein du système hospitalier. Seront-ils des binômes de façades ? La Mission Claris, qui promeut le retour de la gouvernance hospitalière médico-centrée, le suggère entre les lignes.

Il est à craindre que les cadres de santé doivent encore se battre pour obtenir, comme l’ANCIM le demande, « une vraie revalorisation à la hauteur de la prise de responsabilité des cadres de santé qui doit obligatoirement se traduire par un changement de grille indiciaire dès le début de carrière ». Nous serons évidemment au cœur de ce combat…

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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