Quelques pistes pour redonner de l’attractivité aux métiers soignants à l’hôpital

lundi 13 juin 2022, par Bruno Benque

Pour redonner de l’attractivité aux métiers du soin, il faut améliorer les conditions de travail et agir sur un management dont la composante humaine fait figure désormais de variable d’ajustement. C’est, en substance ce que l’on peut retenir de la session Agora Manager que SANTEXPO a proposé sur Ce thème. Les intervenants ont proposé des solutions d’évolution susceptibles d’améliorer la situation mais qui ne sont pas partout réalisables.

Si les effectifs de soignants baissent en quantité depuis plusieurs mois au sein des hôpitaux et des établissements médico-sociaux français, ce n’est pas seulement à cause d’un nombre insuffisant d’étudiants dans les instituts de formation aux métiers paramédicaux.

Une session SANTEXPO consacrée à l’attractivité de l’Hôpital

On assiste en effet à un désintérêt pour ces métiers, tant dans les jeunes générations que parmi les professionnels déjà en poste. Les uns, que l’on regroupe généralement dans les générations Y ou Z, ne sont, en général pas attirés par l’environnement hospitalier trop hiérarchisé et par les fonctions soignantes ne répondant que trop peu à leurs désirs d’indépendance et d’autonomie. Les autres regrettent que leurs métiers aient perdu du sens et que les conditions de travail se détériorent de jour en jour. Ceci a d’ailleurs été vérifié par les résultats du dernier Baromètre Santé 360° réalisé par Odoxa à la demande de la Mutuelle Nationale des Hospitaliers (MNH) que son Directeur Général Médéric Monestier a commenté lors d’un Agora Manager du dernier salon SANTEXPO consacré à l’attractivité de l’hôpital.

Le constat alarmant issu du dernier Baromètre Santé 360°

Rappelant que seulement 27% d’entre eux trouvent que leur travail est reconnu à sa juste valeur et que 17% de ces professionnels conseilleraient à leurs enfants d’embrasser cette carrière, il a mis en exergue le besoin de la communauté hospitalière de rechercher un nouvel engagement et de nouveaux standards de conditions de travail – 19% des soignants sont satisfaits de la prise en charge des troubles musculosquelettiques et des troubles du sommeil -, sans compter les aspirations en termes de rémunération. Il a d’autre part souligné que la MNH proposait des solutions en ce sens et sur lesquelles, dans certains services, des soignants s’appuient pour porter des projets et prendre des initiatives intéressantes pour améliorer la situation.

La composante humaine, variable d’ajustement du management actuel

Le Dr Thierry Godeau, Président de la Conférence Nationale des Présidents des Commissions Médicales des Centres Hospitaliers (CNPCMCH), a mis quant à lui, lors de la même session de l’Agora Manager, l’accent sur la frustration des personnels soignants qui ont l’impression de ne pas réaliser leurs missions « comme il faut », qualifiant ce problème de « qualité empêchée ». Il a également pointé les problèmes de valeurs managériales perdues, la composante humaine faisant figure de variable d’ajustement au milieu des nombreuses tâches administratives qui incombent aux managers désormais. « Il n’y a plus de staffs d’équipes aujourd’hui s’est-il exclamé. Les acteurs du service ne se rencontrent plus, sauf pour évoquer des problèmes ! » Il a ainsi encouragé l’assistance à promouvoir la convergence médico-soignante et à prendre du temps « afin de redonner du temps pour les choses importantes ».

Des évolutions managériales pas toujours possibles à mettre en place

Pour Perrine Cainne, Directrice de l’organisation des Ressources Humaines du CHU de Bordeaux, il est urgent de prendre des mesures afin de réenchanter les métiers du soin sans vendre du rêve. Il s’agit tout d’abord de montrer aux professionnels du soin ce qui fonctionne bien et initier des actions pragmatiques et concrètes pour faire naître des organisations innovantes tout en leur donnant la parole afin de recueillir leurs attentes et leurs besoins. Elle souhaite mettre en place une organisation apprenante qui s’appuie sur la pluridisciplinarité.

Mais ce beau discours et ces belles intentions, si elles sont susceptibles d’être appliquées au sein de quelques établissements visionnaires et gérés correctement, sonnent comme une utopie inaccessible dans certains environnements sclérosés par une gouvernance trop verticale ou par une pénurie trop avancée pour pouvoir amorcer une quelconque évolution managériale à court ou moyen terme. Les priorités ne sont pas partout définies de la même manière...

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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