Quel ressenti pour les cadres face au travail ?

jeudi 26 octobre 2017, par Bruno Benque

Les ressentis des cadres du secteur privé ne sont pas si différents que ceux de leurs confrères du secteur public. C’est ce qui ressort de la note éditée par le CEVIPOF (Science Po) dernièrement. Si, des deux côtés, la satisfaction est liée à des facteurs intrinsèques, la motivation vient, dans le secteur privé, plus de la rémunération, alors qu’elle est activée par l’utilité sociale dans le public. Mais la motivation de service public se perd chez les agents de catégorie C.

Le Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF) vient publier une note s’appuyant sur les données de la vague 10 de son Enquête électorale, menée auprès de 15 513 personnes.

Quels rapports les salariés entretiennent-ils avec leur travail ?

Cette note de propose de recueillir le ressenti des salariés du privé et des fonctionnaires face au travail. Cet échantillon est formé de 6 113 salariés du privé - 1 070 cadres et de 1 538 employés -, 2 578 fonctionnaires et 793 salariés des entreprises publiques. Parmi les fonctionnaires, les sous-échantillons sont composés de 956 cadres de catégorie A, de 444 agents de catégorie B et de 888 agents de catégorie C. Par ailleurs, l’échantillon comprend 1 670 fonctionnaires de l’État (FPE), 580 fonctionnaires territoriaux (FPT) et 328 fonctionnaires hospitaliers (FPH). Quel rapport les salariés entretiennent-t-ils avec leur travail, au moment où la réforme du code du travail se met en place et où les ordonnances sur le travail assouplissent les conditions de licenciement des salariés ?

Les cadres de la FPH peu satisfaits à l’égard de leur emploi

Les premiers résultats de cette enquête montrent que le niveau moyen de satisfaction à l’égard de l’emploi occupé est assez élevé, notamment dans la fonction publique (63%), par rapport au secteur privé (56%) et aux entreprises publiques (57%). Si on filtre un peu ces données, on observe que les cadres A de la fonction publique se distinguent peu des cadres du secteur privé. Sauf que, dans le secteur public en effet, le niveau de satisfaction à l’égard de l’emploi dans la FPH plombe les résultats, celui de la FPE étant très nettement supérieur. Le niveau le plus élevé de satisfaction est en effet observé parmi les cadres A de la FPT (70%) contre 66% pour les cadres A de la FPE (tout compris) et 59% pour les cadres A de la FPH.

Une satisfaction liée à des facteurs intrinsèques

Alors que le niveau de rémunération semble, contre toute attente, peu important pour les personnes sondées, dans la mesure où elle est cohérente avec le travail fourni, la satisfaction à l’égard de l’emploi dépend très étroitement de facteurs intrinsèques liés à l’environnement de travail. Ces critères sont représentés par la possibilité pour le supérieur d’évaluer l’investissement personnel dans le travail, la possibilité d’obtenir le soutien des collègues en cas de difficulté professionnelle, l’existence de bonnes perspectives d’avancement et de carrière, le sentiment d’être reconnu pour son investissement dans le travail ou le bon équilibre entre la vie privée ou familiale et la vie professionnelle.

Un meilleur environnement de travail dans le secteur privé pour les cadres

Cependant, dans l’ensemble, cet environnement est bien meilleur pour les cadres du privé que pour les cadres A de la fonction publique et surtout pour les enseignants. Pour leurs collaborateurs, en revanche, les facteurs les plus influents sur le niveau de satisfaction à l’égard de l’emploi sont notamment le fait de voir reconnu son investissement personnel dans le travail, d’obtenir un bon équilibre entre vie privée et vie professionnelle ou de disposer de bonnes perspectives de carrière. Dans le privé, d’autre part, la reconnaissance de l’investissement personnel des collaborateurs dans le travail les satisfait plus que dans le public.

Motivation des cadres : rémunération dans le privé, utilité sociale dans le public

Quant aux motivations prioritaires, elles sont sensiblement différentes chez les cadres du secteur privé et les cadres A de la fonction publique. 19% des privés placent en premier la rémunération ou la carrière, contre 7% des cadres A du public. Par contre, 24% des cadres A de la fonction publique mentionnent en premier l’utilité de leur travail pour les autres, contre 8% des cadres du privé. Une autre différence significative, du côté des employés cette fois, concerne la préservation de l’emploi, qui est très fréquemment citée dans le privé (23%), contre 12% chez les agents de catégorie C. L’utilité sociale reste toujours plus fréquente chez les fonctionnaires que chez les salariés du privé mais à des niveaux inférieurs à ceux observés chez les cadres. Enfin, contrairement aux cadres, l’investissement dans le travail est bien plus souvent un « devoir » chez les employés du privé comme chez ceux de la fonction publique.

Des agents de catégorie C moins motivés par le service public

En matière de rapport au travail, la satisfaction éprouvée à l’égard de son emploi dépend peu de facteurs extrinsèques comme la rémunération ou son individualisation, dans le privé comme dans le public. Ce sont les modes de gestion qui motivent. Néanmoins, l’utilité sociale apparaît, ce n’est pas surprenant, comme essentielle dans le secteur public, ce qui vient confirmer l’existence d’une « motivation de service public ». Mais cette notion ne résiste pas à la dichotomie entre les cadres A et B d’un côté et les agents de catégorie C de l’autre. Ce décrochage récent serait-il en rapport avec leurs intentions de vote enregistrées avant la dernière élection présidentielle ? Nous serions enclins à répondre positivement à cette question.

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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