Les jeunes managers déclarent leur insatisfaction globale

jeudi 25 novembre 2021, par Bruno Benque

Les membres du Collectif des Jeunes Manageurs de Santé du SMPS ont sollicité leurs collègues sur leur ressenti lors de leur prise de poste, aux moyens d’une enquête qui a révélé quelques tendances et quelques surprises également. Car outre les petits désagréments habituels, les personnes interrogées font état d’un manque de connaissances tant techniques que managériales dans les premières années de prise de fonction. Dans leur vie privée, c’est la charge mentale professionnelle qui les pollue le plus et la somme des désagréments de la profession incite la majorité d’entre eux à changer de poste.

La prise de fonction, pour un jeune manager de Santé, n’est pas chose facile. Changement de poste, nouvelles responsabilités, nouveau statut, parfois même changement d’établissement : de quoi ressentir un certain inconfort, voire être, pour un temps du moins, déstabilisé.

Les jaunes managers de Santé appelés à se prononcer sur leur prise de poste

Pour tenter d’évaluer le ressenti des cadres et cadres supérieurs de santé, des cadres administratifs et techniques, les directeurs de soins et les directeurs d’hôpitaux dans leurs premières années de fonction, le Collectif Jeunes Manageurs de Santé du Syndicat des Managers Publics de Santé (SMPS) ont réalisé une enquête en juin 2021. Ils ont recueilli plus de 450 réponses, émanant à près de 70% de cadres et cadres supérieurs de santé et de directeurs d’hôpitaux (DH) de la Fonction Publique Hospitalière (FPH). Les résultats de ce travail ont été communiqués à l’occasion du Salon SANTEXPO 2021par Camille Jacquard, Responsable de ce Collectif (photo ci-dessus) et nous permettent d’en extraire quelques tendances et axes de progression.

Des connaissances insuffisantes sur le plan technique et managériale

Questionnés tout d’abord sur les critères de choix de leur nouveau poste, les participants ont ciblé le domaine fonctionnel et les missions de la fiche de poste en premier, suivi des critères géographiques et du type de structure. Nous verrons plus tard que certains de ces critères suscitent quelque déception. L’accueil à la prise de poste ne posant pas, visiblement, de problème, de même que le sentiment de stimulation et de stress relatif durant cette courte période, c’est au niveau des compétences que les problèmes se manifestent. Car plus de 50% des cadres et des DH déclarent peu utiles les connaissances techniques acquises en formation, un taux qui grimpe à 63% pour les DH concernant les connaissances managériales.

La charge mentale, nouvelle cause d’inconfort dans la vie personnelle des jeunes managers

Les réponses concernant l’équilibre vie privée / vie professionnelle sont également à prendre en compte. On sait que ces fonctions managériales sont susceptibles de créer des contraintes liées aux horaires de travail, au présentéisme, voire à l’absence de déconnexion dans la sphère privée. Cette enquête nous le confirme, puisqu’ils sont 66% à déclarer qu’ils n’arrivent pas à concilier leur vie professionnelle de leur vie personnelle. Mais ce qui est peut-être moins connu, c’est que la charge mentale arrive en tête des causes de cet inconfort, surtout pour les cadres, au même niveau que les horaires de travail, plébiscitées plus souvent par les DH. La pression managériale, les ruptures de tâche ou la déconnexion, qui sont souvent identifiées comme favorisant la souffrance des managers « seniors », arrivent loin derrière dans cette enquête.

Assistera-t-on à un exode massif à moyen terme ?

Laquelle enquête nous montre, globalement, que les premières années dans leur nouveau poste, leur nouveau corps, ne répondent pas vraiment à leurs attentes de départ. Mais ces contraintes sont-elles assez prégnantes pour les faire abandonner et envisager un départ ? Nous constatons avec surprise qu’ils sont 88% à répondre par l’affirmative, dans l’enquête du Collectif des Jeunes Manageurs, ce qui interpelle fortement, d’autant que 30% envisageraient purement et simplement quitter la FPH. Ce qui inquiète également, c’est que ce sentiment survient le plus souvent après deux ans d’exercice et semble donc mûrement réfléchi. Les items qui pourraient les faire changer d’avis sont notamment un meilleur accompagnement du supérieur hiérarchique, la clarification du positionnement de chaque acteur de l’organisation ou l’amélioration des formations reçues en amont.

Pour les cadres, l’amélioration de la rémunération jouerait également un rôle important dans leur choix de rester dans le poste. Les DH, par contre, stigmatisent leur formation et ressentent une forte pression lorsqu’ils regagnent la vraie vie après « une année confortable à l’EHESP ». Si le Ségur de la Santé pourrait répondre en partie à la demande des premiers, une remise en cause de la Grande école de la Santé française semble découler des déclarations des seconds. À méditer par les tutelles...

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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