Le personnel d’encadrement, acteur central de la prévention des RPS

lundi 8 avril 2019, par Bruno Benque

Les directions hospitalières et le corps médical semblent très impliquées dans les actions de prévention des Risques Psycho-Sociaux (RPS) au sein des établissements de Santé. C’est ce qui ressort d’une évaluation réalisée par l’ANACT et consignée dans un rapport publié le 4 avril 2019. Les personnels d’encadrement y sont considérés comme des acteurs centraux mais sont aussi décrits comme fragilisés dans le contexte actuel pour assumer cette mission.

La question de la prévention des Risques Psycho-Sociaux (RPS) revêt une importance primordiale dans le contexte actuel de lassitude et de perte de sens que ressentent nombre de personnels soignants.

Une enquête portant sur les RPS dans dix établissements publics de Santé

C’est une des raisons pour lesquelles l’ANACT, en collaboration avec quatre ARACT, a élaboré un rapport d’évaluation des démarches de prévention dans ce domaine, dans le cadre d’une convention avec le Ministère de la Santé-DGOS et le CHU de Rouen, signée le 8 décembre 2016. Il était prévu une évaluation qualitative des démarches de prévention des risques psychosociaux (RPS) dans dix établissements publics de santé (EPS) qui avaient été soutenus dans leur action par la DGOS dans le cadre d’un appel à projets lancé fin 2012. L’évaluation a été réalisée entre octobre 2017 et mai 2018. Ce document synthétise les entretiens, ainsi que divers travaux d’analyse, réalisés dans les établissements concernés complétés par des enseignements plus généraux pour une prévention durable des RPS dans le secteur hospitalier.

Un contexte économique et organisationnel toujours très compliqué

L’évaluation des démarches de prévention de RPS dans dix établissements publics de santé a donné l’occasion de porter un regard rétrospectif sur une période longue d’actions de prévention dans les dix établissements impliqués dans cette évaluation. Neuf établissements sur dix ont connu ou connaissent des plans de retour à l’équilibre, avec toutes les conséquences connues en termes de restrictions budgétaires et de réorganisations des services qui engendrent la prise en compte significative des dimensions financières et comptables. Le rapport fait état cependant d’une nouvelle dynamique créée, au sein de quatre établissements, par un retour à l’équilibre ou, pour trois d’entre eux, de la mise en chantier de plans d’investissements très importants.

Plusieurs freins à une bonne évaluation des démarches de prévention des RPS

D’autre part, le contexte actuel de forte restructuration contribuait à rigidifier le dialogue social et à dégrader les possibilités de coopération entre la direction et les organisations syndicales et/ou les instances représentatives du personnel. Les auteurs du rapport ont identifié en effet des oppositions grandissantes des organisations syndicales, rendant plus difficiles les processus de concertation ou de négociation sur les conditions de travail. Autre frein à une prévention pertinente, l’absence ou la présence partielle, dans certains hôpitaux, de médecin du travail. Le turn-over important des agents et de l’encadrement dans certains centres, en particulier pour la population des cadres, médecins et cadres dirigeants, ne permet pas une évaluation optimisée des démarches de prévention des RPS. A l’inverse, une nouvelle figure d’acteur de prévention, le psychologue, semble prendre une place grandissante dans la prévention des RPS.

Une prise de conscience des directions et du corps médical

Ce rapport a toutefois permis de constater une prise de conscience significative des principaux acteurs dans le développement d’actions dans ce domaine. Ainsi, l’analyse transversale des dix expériences mis en valeur les leviers principaux d’une démarche pérenne de prévention. En réalisant une analyse comparative et transversale des dix démarches observées, les auteurs ont pu mettre en évidence des leviers favorables au développement et surtout à la pérennité de la prévention des RPS ainsi que des évolutions dans les problématiques de santé au travail et des domaines d’actions dédiés. Elle met surtout en valeur l’importance d’intégrer le plus en amont possible les questions de santé des professionnels dans les projets et les conduites de changement. Elle montre également l’importance de l’engagement de la Direction - DG et DRH - au plus haut niveau et dans la durée, de la participation continue du CHSCT et des élus du personnel dans le Comité de pilotage et dans les groupes de travail formés pour cette thématique sur des actions concrètes.

Une importance primordiale donnée aux personnels d’encadrement

Le rapport cible, de plus, la participation primordiale de l’encadrement aux instances de pilotage et aux actions concrètes dans les services, ainsi que l’importance de la formation large de l’encadrement sur les RPS et les pratiques de management intégrant les questions de RPS. Le projet RPS se place ainsi comme un projet global, avec des actions spécifiques structurées, coordonnées, pilotées, évaluées, avec une implication du corps médical qui doit montrer sa capacité à intégrer les problématiques liées aux RPS.
La réussite de la prévention, dans ce domaine, dépend également de la capacité à faire des liens avec problématiques autres comme celles du management et des transformations d’organisation et à concevoir la prévention selon 3 niveaux de prévention, de l’organisation du travail au management, en passant par le soutien aux collectifs de travail. Elle dépend enfin des actions de communication, larges et régulières, qui l’accompagne, dans un souci de la visibilité du projet pour le plus grand nombre des agents.

Les cadres de Santé reconnus comme fragilisés par le contexte hospitalier actuel

Le rapport conclut son analyse comme suit : « Dans cet environnement complexe et en constante mutation, les conditions de l’organisation du travail qui permettent le soutien aux collectifs de travail et à l’encadrement, piliers de la bonne santé à l’hôpital, sont vraiment les priorités d’actions pour l’hôpital aujourd’hui. » Et la tendance en vogue tente de déplacer le sujet « RPS » vers une approche élargie Qualité de Vie au Travail (QVT). Mais dans tous les établissements, la question du malaise grandissant de l’encadrement a été soulevé. Les cadres sont souvent formés pour acquérir des connaissances sur ce que sont les RPS, puis comment ils pourraient modifier leurs pratiques managériales pour soutenir leurs équipes. Mais il apparaît alors que beaucoup de contradictions dans les organisations reposent maintenant sur l’encadrement qui est aujourd’hui le premier fragilisé et qui est celui, compte tenu de leur positionnement, dont la parole porte le moins. C’est, pour les auteurs du rapport, un axe majeur à travailler pour « donner aussi aux cadres les moyens de bien faire leur travail de régulation, développer des espaces de coopération entre eux, favoriser la mobilité, limiter leur charge et la dispersion de leurs activités » notamment.

Cela a au moins le mérite d’âtre souligné et pris en compte. Il faut maintenant que ces paroles soient suivies d’actes afin de rendre aux cadres de Santé leur rôle et la dimension centrale et transversale qu’ils n’auraient jamais dû perdre...

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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