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La sociologie de la traduction pour prévenir les RPS

mardi 10 décembre 2019, par Bruno Benque

Pour prévenir les risques psycho-sociaux, rien de mieux que de donner la parole à tous les acteurs d’une équipe, de trouver une problématique commune et définit un diagnostic partagé des dysfonctionnements. C’est globalement le message que l’on peut tirer de la prestation du chercheur Christophe Barret lors de la 30ème Journée nationale des Cadres de santé. Une méthode dont l’objectif est d’impliquer l’ensemble d’une équipe et s’apparentant au Design Thinking.

L’activité de cadre de santé ne peux pas, de nos jours, faire abstraction de la prévention des Risques Psycho-Sociaux (RPS). Les exigences de quantité, pour faire face à l’augmentation de la charge de travail, superposées aux exigences de qualité, avec les procédures de certification qui les accompagnent, réduisant d’autant l’autonomie des agents, se conjuguent pour rendre les métiers paramédicaux plus difficiles qu’auparavant.

La recherche en sociologie pour la prévention des RPS

Dès lors, les soignants, soumis, de plus, à une perte de sens et à la pression quelquefois forte des patients / clients, sont des cibles privilégiées pour les RPS. Christophe Barret, Chercheur au sein du Laboratoire d’économie et de sociologie du travail à l’Université Aix-Marseille, travaille depuis longtemps sur ces questions et tente de mettre en place des moyens de prévention. Il est intervenu lors des 30èmes Journées nationales de cadres de Santé, le 26 novembre 2019 à Lyon, pour nous présenter les travaux qu’il a entrepris sur ce champ. Il a ainsi défini les trois niveaux de prévention que l’on peut attribuer à ce risque. Le niveau tertiaire tout d’abord, qui se matérialise par les méthodes curatives individuelles, puis le niveau secondaire, constitué des moyens pour mieux faire face aux situations de stress comme la sophrologie ou le yoga, appliqués à l’individu également.

Agir en priorité sur les déterminants collectifs

Mais il a mis l’accent sur le niveau de prévention primaire qui est, lui, collectif. Il s’agit de s’attaquer aux sources du mal en agissant sur l’organisation. « Cette étape est primordiale, a-t-il déclaré. Elle consiste à identifier les dysfonctionnements organisationnels, les effets néfastes de la division du travail et agir sur les causes plutôt que sur les conséquences. » Les potentiels de progrès sont ici très nombreux, sur le management, sur le collectif de travail, sur la gestion des ressources humaines, sur la reconnaissance du travail ou l’accompagnement à la conduite du changement. « Agir sur l’individu est une solution de facilité, mais peu efficace », a-t-il poursuivi.

La sociologie de la traduction pour impliquer tous les acteurs

Parmi les méthodes utilisées pour prévenir les RPS, Christophe Barret en a expérimenté une issue de la sociologie de la traduction. Il s’agit de susciter l’adhésion des acteurs en les invitant à se prononcer sur les objectifs qu’on leur demande de poursuivre et les actions hétérogènes qu’ils mènent. Cette méthode devrait leur permettre d’en tirer des bénéfices en mettant en lumière leurs contraintes de travail. Mais cette prise de parole doit se faire dans l’inter-compréhension, c’est à dire en suscitant le débat et la controverse afin d’en tirer un compromis satisfaisant toutes les parties. Cette méthode nécessite de faire participer un traducteur, un négociateur souvent externe au service ou, si celui-ci n’est pas présent, le cadre de santé.

Faire émerger un problème commun et aboutir à un diagnostic partagé

En pratique, le processus de traduction comprend cinq étapes (selon Akrich et Al. 1988). La phase de contextualisation tout d’abord, où tous les éléments ou personnages influençant les dysfonctionnements sont listés, suivie par l’importante phase de problématisation. Il s’agit ici de faire émerger un problème commun à tous les participants et ainsi identifier un diagnostic partagé. Vient ensuite la phase d’intéressement, au cours de laquelle des actions pouvant être mises en place sans contrainte par tous généreront de l’homogénéité dans le groupe, puis la phase dite d’enrôlement qui mobilisera les acteurs en leur assignant des tâches à accomplir. Christophe Barret y a ajouté la phase de rallongement du réseau par laquelle des soutiens au projet et des diffuseurs pourront être trouvés.

Une méthode proche du Design thinking

Cette méthode a fait ses preuves, mais elle n’est efficace que si certains obstacles sont levés. « Une telle communauté doit abattre une première frontière sémantique pour que chacun comprenne les mots prononcés, a-t-il conclu. Elle doit faire fi, ensuite, de la frontière interprétative, pour que chacun ait la même vision d’une chose, et de la frontière politique créée par des intérêts divergents. Ces intérêts peuvent opposer, par exemple, la réduction des coûts et la qualité des soins, de même que la permanence des soins et la vie privée. » On y ajoutera les conflits, latents ou historiques, entre personnes ou la défiance de certains équipiers envers la hiérarchie.

Il semble que la reconnaissance, la gestion du stress au travail ou le retour du sens donné aux actions doivent passer par une prise de parole et une implication de tous les membres de l’équipe, du moins de toutes les catégories socio-professionnelles. Nous avions déjà remarqué cette évolution dans un article récent consacré au Design thinking. La méthode de la sociologie de la traduction s’en rapproche et il faudra que les managers ménagent des espaces, de lieu et de temps, pour générer les échanges formels dans une optique de rétablissement de la qualité de vie au travail.

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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