La douce révolution des hôpitaux universitaires modernes

mardi 22 février 2022, par Bruno Benque

Comment apporter des évolutions pertinentes à l’organisation d’un hôpital universitaire pour le conformer au monde d’aujourd’hui ? La plateforme Health Management Business a interrogé onze managers hospitaliers européens pour connaître leurs avis et enregistrer leurs retours d’expérience dans ce domaine. Ils évoquent la valorisation du bien social généré par leurs établissements et la nécessité que tous les acteurs aient une vision institutionnelle de la stratégie suivie. Et si des changements profonds sont souvent évoqués dans cette étude, ils ne doivent pas être mis en œuvre de manière radicale. Morceaux choisis...

La réforme hospitalière est désormais souhaitée par tous les acteurs du domaine sanitaire, les gros hôpitaux universitaires faisant l’objet de vives critiques tant leur mode de fonctionnement parait inadapté au monde d’aujourd’hui. Mais devant la complexité d’une telle structure, il est difficile de dégager des axes de changement.

Onze cadres supérieurs européens interrogés sur l’organisation de l’hôpital universitaire

Pour tenter d’identifier des pistes de travail dans ce cadre, la plateforme Health Management Business a engagé une étude par laquelle elle a interrogé onze cadres supérieurs d’hôpitaux européens dans six pays. Ils se sont exprimés sur les trois objectifs d’un hôpital universitaire, à savoir les soins complexes, la formation et le recherche, et ont fait un retour sur les organisations qui leur paraissent pertinentes dans leurs établissements respectifs, leur vision d’un hôpital universitaire performant et la réalité de la gestion d’un CHU. Cette étude a ainsi dégagé des pratiques qui tendent à optimiser leur fonctionnement, en termes de stratégie, de mise en œuvre et d’ouverture sur leur territoire ou vers les autres CHU.

Valorisation d’un bien social et vision institutionnelle de tous les acteurs

L’objectif de base d’un CHU est donc de jouer les trois rôles de fournisseur de soins, de formateur de personnels médicaux et paramédicaux et de pourvoyeur de projets de recherche médicale. Tous ces objectifs peuvent être clairement mesurés aujourd’hui, les outils de benchmark pouvant couvrir les trois domaines. Mais l’étude suscitée introduit d’autres objectifs moins formels, parmi lesquels la valorisation de l’établissement et de ses activités. Un cadre hollandais parle ainsi d’un bien social qui doit évoluer par des investissements pour stimuler l’innovation et le changement.

Dans ce contexte, une bonne stratégie hospitalière répond souvent à des plans quinquennaux détaillés traitant les activités de l’établissement de manière globale, c’est à dire qui aura éliminé au préalable les nombreux silos historiques, ainsi qu’à une vision institutionnelle clairement diffusée parmi les professionnels qui composent l’établissement et à laquelle tout le monde doit peu ou prou adhérer. Cela peut sembler évident, mais c’est considéré comme révolutionnaire pour la plupart des hôpitaux interrogés.

Les grands CHU européens réunis dans un cercle très fermé

D’autre part, pour stimuler l’innovation, des investissements importants doivent être réalisés et la taille de l’établissement semble devenir une donnée importante compte tenu des coûts croissants des dispositifs médicaux et de la technologie numérique. Et cela conditionne un certain standing qu’il faut entretenir pour entrer, ou rester, dans la cour des grands hôpitaux européens, parler le même langage et poursuivre des objectifs similaires. C’est ce qui explique la formation de l’European University Hospital Alliance (EUHA) qui regroupe neuf des principaux hôpitaux universitaires européens et au sein duquel les membres peuvent échanger des connaissances, établir les meilleures pratiques mais également se présenter comme une alliance internationale pour décrocher des contrats de recherche. Il se crée ainsi un écosystème de soins de santé durables en Europe qui permettent d’obtenir la meilleure qualité de soins possible avec les ressources disponibles.

Gare aux changements trop radicaux

Ces stratégies, qui engendrent quelquefois des changements profonds au sein des organisations, peuvent être mises en œuvre de manière progressive ou de manière radicale, comme à l’hôpital Karolinska, le plus grand de Suède, qui a, il y a dix ans, fusionné des départements en domaines fonctionnels, introduit la valorisation de la santé et déplacé une grande partie de son activité de soins hospitaliers vers les soins ambulatoires en un temps très court et sans visiblement y mettre les formes. De nombreux cadres supérieurs ont d’ailleurs, suite à ces changements, perdu leur poste. Mais un changement culturel réussi est considéré comme viable et possible par les cadres interrogés. L’objectif primordial est d’amener le personnel à adhérer à la stratégie et au projet institutionnel en touchant leur cœur et leur esprit. Une intention institutionnelle partagée est d’une importance vitale.

Ce document riche en retours d’expériences nous donne une idée de ce que pourrait devenir un CHU moderne. Certaines pratiques qu’il propose de suivre sont, certes, déjà mises en œuvre au sein des CHU français, mais pour d’autres, il faudra initier une révolution culturelle pour que les changements soient effectifs. À commencer par une réelle vision institutionnelle partagé par tous les acteurs de l’établissement. Ce qui n’est pas chose facile…

Lire l’étude ICI.

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


Partager cet article

Vous recrutez ?

Publiez vos annonces, et consultez la cvthèque du site EMPLOI Soignant : des milliers de profils de soignants partout en France.

En savoir plus