L’apparente autonomie des organisations collaboratives professionnelles

jeudi 24 octobre 2019, par Bruno Benque

Les organisations collaboratives professionnelles, qui se forment souvent de façon informelle, semblent fonctionner de manière autonome. Dans un article publié dans « Communication et Organisation », des chercheurs nous apportent la preuve que cette autonomie est toute relative et que le tiers organisant est toujours aux commandes. Et ce sont les processus de communication organisationnelle qui sont responsables de cette situation.

La coopération entre professionnels et les pratiques collaboratives sont des notions très largement répandues aujourd’hui. Dans le domaine de la Santé, même si ils constituent des niches, les protocoles de coopération entre paramédicaux et médecins ou les Réunions de concertation pluridisciplinaires sont des exemples illustrant cette tendance.

Apports théoriques sur le travail collaboratif

Le site « Communication & Organisation » a consacré récemment un dossier sur cette thématique. Elizabeth Gardère, Jean-Luc Bouillon et Catherine Loneux y ont consacré un article qui permet d’entrevoir ce qui se cache derrière le terme « collaboratif », démocratisé ces dernières années par la mise en réseau des technologies numériques d’information et de communication et que l’on retrouve dans les discours managériaux depuis le milieu des années 2000 à travers des notions de travail collaboratif ou d’économie collaborative dans les champs de la vie sociale et professionnelle.

Des auto-organisations apparemment libérées des contraintes hiérarchiques

Les auteurs remarquent que le phénomène collaboratif est considéré comme allant de soi, ce qui n’engage pas à conceptualiser cette notion ni à réfléchir à ses implications en termes d’agencement de l’action collective, surtout dans le monde professionnel. Le collaboratif, disent-ils, « paraît en outre fondé sur des logiques empruntant largement à l’auto-organisation, à des relations centrées sur l’échange don – contre don, l’entraide, le partage de ressources matérielles et intellectuelles ». Avec des processus de décision appartenant aux acteurs eux-mêmes, ne répondant pas à des schémas classiques et libérés des contraintes hiérarchiques et des relations de pouvoirs. Mais cela se vérifie-t-il dans les faits ?

Le collaboratif comme nouvelle forme de management traditionnel

Les auteurs intègrent à la réflexion, à cet instant, les différents modes de communication par lesquels interagissent les acteurs collaboratifs, leurs médiations socio-techniques ou leurs discours. Car le fait d’agir collectivement met en jeu des échanges d’informations, de la coproduction, voire des argumentations dans le cadre de la prévention des conflits notamment. Et ces flux d’informations suivent les règles et les architectures informatiques mises en place par l’organisation elle-même. C’est ainsi que la question se pose de savoir si « l’irruption du collaboratif en organisation marque une rupture avec les rationalisations et avec les modes de management traditionnels, ou s’il ne vient pas les prolonger sous d’autres formes. »

Un tiers organisant paradoxalement très présent

La structure collaborative se retrouve alors, contrairement à ce à quoi elle aspirait au départ, assujettie à un « tiers organisant disposant d’une autorité lui permettant de jouer un rôle de coordinateur, mettant en relation des acteurs, agençant leurs interactions, définissant les activités à réaliser ». Les acteurs se trouvent ainsi impliqués dans un collaboratif « prescrit » antinomique des pratiques collectives effectives et informelles qu’ils poursuivaient. Ce processus vise, au final, à « renforcer la maîtrise, la performance et la rationalité du fonctionnement organisationnel, en prévoyant la place des régulations autonomes – le sont-elles encore vraiment – au sein même des règles de contrôles ».

Des processus de communication organisationnelle prépondérants

Au final, les « tiers organisants » supposés disparaître au profit de modèles d’auto-organisation informels sont, de fait, toujours opérants, au travers notamment des organisations assurant les médiations sociales. Et c’est l’équipement numérique de la coordination, sensée mutualiser les données et les connaissances du groupe, qui agit comme traceur de l’activité de chacun, et permet au tiers organisant de la contrôler. Et les auteurs de renvoyer le lecteur vers les recherches actuellement conduites dans le champ des communications organisationnelles, qui agissent dans les processus d’organisation du social au travers de différents processus communicationnels.

Elizabeth Gardère, Jean-Luc Bouillon et Catherine Loneux, « Le « collaboratif » dans les organisations : une question de communication », Communication et organisation [En ligne], 55 | 2019, mis en ligne le 01 juin 2019.

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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