Grippe en 2018 aux USA : des conditions épidémiques similaires au COVID-19

jeudi 25 mars 2021, par Bruno Benque

La pandémie de COVIDID-19 a fait, à l’instar de nombreux autres pays, des ravages aus États-Unis. Pourtant, cette région avait connu, moins de deux ans auparavant, une pandémie exceptionnelle de grippe qui a fait l’objet d’une étude récente menée par l’University of Pittsburgh School of Medicine. Elle montre que les demandes en soins étaient déjà supérieures aux ressources et que la pression était importante sur les soignants. Mais les leçons n’ont pas été tirées de cet épisode, ce qui a été préjudiciable à l’arrivée du COVID.

Une étude menée par l’University of Pittsburgh School of Medicine auprès de dizaines de gestionnaires de lits dans les hôpitaux américains se proposait, en 2018, de prédire l’état de préparation du système de santé américain à une pandémie dans les mois précédant l’identification des premiers cas de COVID-19 en Chine.

Un recueil de témoignages issus d’une pandémie de 2018

Cette étude a été publiée le 19 mars 2021 dans la revue JAMA Network Open et détaille l’expérience vécue par les équipes hospitalières américaines pendant la saison grippale 2017-2018, qui a été marquée par une maladie grave et les taux d’hospitalisations liées aux maladies infectieuses les plus élevés depuis au moins une décennie. À l’époque, la planification d’une pandémie dans les hôpitaux n’était pas considérée comme une priorité élevée.

Pour l’auteur principal de l’étude, le Pr David Wallace, du Département de Critical Care Medicine and Emergency Medicine de l’Hôpital de Pittsburgh (Pennsylvanie, USA), le timing de cette enquête s’est avéré idéal car il sert de capsule temporelle pré-COVID-19 et de préparation à un afflux massif de patients nécessitant une hospitalisation pour une maladie aiguë. « Il était surprenant d’entendre des histoires très détaillées sur les pressions subies par les hôpitaux pendant la saison grippale 2017-2018, remarque-t-il, et pourtant, aucune planification en cas de pandémie n’en a découlé. »

Une demande en soins dépassant déjà les ressources

La saison grippale 2017-2018 a été associée à plus de 27,7 millions de consultations médicales, près d’un million d’hospitalisations et près de 80 000 décès, selon les Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis. C’est plus du double des décès au cours d’une saison grippale typique et le taux d’hospitalisation le plus élevé depuis la surveillance de la grippe saisonnière en 2005.

Le Pr Wallace et son équipe, qui comprenait des spécialistes de la politique sanitaire, de l’anthropologie médicale et des maladies infectieuses, ont interrogé des gestionnaires de lits hospitaliers dans un échantillonnage aléatoire de 53 hôpitaux à travers les États-Unis à partir d’avril 2018, à la fin de la saison de la grippe. À l’aide d’une enquête structurée, ils ont enregistré des interviews détaillées sur la capacité en lits, les ratios de dotation en soins intensifs, l’effet perçu de la pression sur la qualité des soins aux patients et le bien-être du personnel. Toutes les personnes interrogées ont déclaré avoir subi des tensions hospitalières pendant la saison grippale 2017-2018. La tension était généralement décrite comme le résultat d’un taux d’occupation élevé des patients, ce qui faisait que la demande, réelle ou perçue, dépassait l’offre de ressources.

Une expérience similaire au COVID-19 moins de deux ans auparavant

Les données relatives au personnel, au matériel, à l’espace et aux systèmes ont été signalés comme les défis majeurs auxquels les gestionnaires de lits étaient constamment confrontés dans la poursuite des opérations de soins de santé pendant la saison de la grippe. Le personnel était particulièrement préoccupé, en raison de la fatigue ou du fait que le personnel était malade de la grippe ou s’occupait d’un membre de sa famille malade.

« Cela démontre que les perceptions de pression sur la dotation en personnel, les soins aux patients et les capacités que nous avons vues pendant la pandémie de COVID-19 étaient déjà présentes lors des épidémies antérieures, poursuit le Dr Gavin Harris, professeur adjoint à l’Emory University School of Medicine d’Atlanta (Georgie, USA), qui a également participé à cette recherche à Pittsburgh. Moins de deux ans avant le développement du COVID-19 aux États-Unis, nous avions un aperçu de la pression qu’une infection respiratoire sévère à propagation rapide pouvait exercer sur notre système de santé. »

Mettre désormais en pratique les leçons apprises des précédentes pandémies

À l’automne 2013, quatre ans avant cette saison grippale difficile, le bureau du secrétaire adjoint à la préparation et à l’intervention du ministère américain de la Santé et des Services sociaux a produit l’« Interim Healthcare Coalition Checklist for Pandemic Planning report », qui identifiait huit items que les hôpitaux devraient aborder lors de la planification de crises, en particulier les pics de besoins en soins aigus. Aucun des participants à l’étude de 2018 n’a fait référence à l’un de ces huit items, ni n’a utilisé cette check-list.

Pour le Pr Wallace, cela relève d’une tendance des soignants et de leurs managers à gérer ce qui se trouve juste devant eux, au présent. Il observe néanmoins que les professionnels de Santé doivent également apprendre comment, et à quel moment certains outils comme la check-list de préparation à une pandémie doivent être mobilisés. "Cela se fait en réfléchissant après la fin d’une crise et en recherchant des opportunités pour s’améliorer avant que la prochaine crise n’éclate, précise-t-il. Si l’année écoulée nous a appris quelque chose, c’est que les maladies infectieuses ne disparaissent pas et que nous aurons toujours l’occasion de mettre les leçons apprises en pratique. »

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34
D’après un communiqué publié par Newswise.


Partager cet article

Vous recrutez ?

Publiez vos annonces, et consultez la cvthèque du site EMPLOI Soignant : des milliers de profils de soignants partout en France.

En savoir plus