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Frédéric Valletoux : « Je rêve d’une France qui s’intéresserait plus aux grands indicateurs de Santé publique »

vendredi 23 mars 2018, par Bruno Benque

La Fédération Hospitalière de France (FHF) a publié, le 9 mars 2018, le rapport sur le lien ville - hôpital élaoré sous la responsabilité du Dr Jean-Pierre Jardry, médecin généraliste libéral et administrateur de la FHF. Ce rapport vise à promouvoir la collaboration des acteurs de Santé au sein des territoires. Frédéric Valletoux, Président de la FHF, que nous avons rencontré, nous en dit plus sur cette démarche.

Cadredesante.com : Qu’est-ce qui a motivé ce rapport sur le lien ville - hôpital et pourquoi maintenant ?

Frédéric Valletoux : Tout d’abord, il est la concrétisation d’un constat banal mais important. Les problèmes actuels de l’hôpital, notamment la pression qui s’exerce sur lui, ne relèvent pas uniquement d’un phénomène interne. Ils viennent aussi des dysfonctionnements du système de Santé, notamment la fragilisation de la prise en charge des soins de premier recours. S’intéresser à la médecine de ville et à ses liens avec les structures hospitalières relève de la recherche de réponses sur ce thème. Ensuite, nous avons toujours plaidé pour remettre l’hôpital à sa juste place, non pas comme porte d’entrée vers le soin mais comme lieu de recours.

CDS.com : On touche là les problématiques liées aux services d’urgences surpeuplées ?

F.V. : Il y a ce problème des urgences effectivement, mais plus globalement de la permanence des soins. Notre système de Santé, et surtout l’hôpital, est sous tension et on ne s’en sortira que si l’ensemble des professionnels de Santé prend sa part dans la prise en charge des patients. La fréquentation des urgences est importante du fait, d’une part, de la confiance vis à vis de l’hôpital, mais surtout de la carence de la médecine de ville à accueillir les patients. La permanence des soins ne peut pas être assurée que par l’hôpital.

CDS.com : La participation des professionnels libéraux et la coordination avec les hospitaliers est donc primordiale selon vous ?

F.V. : La médecine libérale doit reprendre place dans la permanence des soins, effectivement. La suppression de l’obligation des médecins généralistes à la permanence des soins, qui date de 2004, est en partie responsable de cette situation. Il ne faut pas faire de ce sujet un tabou et réfléchir à un retour en arrière.

CDS.com : N’est-ce pas également le résultat de la politique du Ministère précédent qui a œuvré pour mettre dos à dos l’hôpital et la médecine libérale ?

F.V. : Le système doit effectivement sortir des logiques de fonctionnement en tuyau d’orgue, où les acteurs défendent leur statut et où, au final, se parlent peu et ont des relations pas assez fluides. Les réflexions autour du financement au parcours est une première avancée sur ce thème. Nous allons résonner plus de manière globale, en faisant communiquer médecine libérale et hospitalière, médicaux et paramédicaux, médecine généraliste et spécialisée, cliniques et hôpitaux. Les expériences de terrain attestent que ces coopérations sont viables et cohérentes. Nous en donnons d’ailleurs quelques exemples dans notre rapport.

CDS.com : Quel rôle les paramédicaux vont-ils jouer dans ce contexte ?

F.V. : Ils ont un rôle essentiel. Tous les professionnels, quel que soit leur statut, doivent assumer de manière collective la prise en charge de la population sur un territoire. Ces territoires sont très divers, dans le nombre de soignants ou d’établissements qu’on y trouve, selon l’organisation ou les caractéristiques épidémiologiques régionales. Nous devons désormais être en mesure de faire du cousu main pour pouvoir adapter l’offre de soins à la demande spécifique de chaque territoire. L’hôpital de proximité doit s’ouvrir à la ville car l a un rôle de proximité, dans un contexte de pénurie médicale. Cela se fait d’ailleurs dans beaucoup de territoires. Il faut l’encourager et avoir une approche plus pragmatique.

CDS.com : On s’aperçoit que ces coopérations existent aux endroits où les GHT sont matures et où les projets médico-soignants sont élaborés. Êtes-vous d’accord avec ça ?

F.V. : Le concept de GHT est jeune et beaucoup de projets ne sont pas encore finalisés. Mais effectivement, les 2/3 des projets médico-soignants GHT finalisés intègrent d’ores et déjà l’articulation avec la médecine de ville. Bien que les GHT représentent le public, ils ont anticipé le fait que ça n’avait d’intérêt que s’ils s’ouvraient à l’ensemble des professionnels de Santé du territoire. Nous affirmons, à la FHF, que les GHT ne sont pas un fin en soi mais le support de la coopération pour ajuster l’offre de soins.

CDS.com : Votre discours est rassurant, dans une période morose pour l’hôpital...

F.V. : Mon discours prône l’ouverture car l’hôpital public doit être le point d’appui de la prise en charge du territoire et non pas l’alpha et l’omega du système de Santé. La morosité vient de cette pression à laquelle il est contraint. Je rêve d’une France qui s’intéresserait plus au respect des grands indicateurs de Santé publique et où les professionnels s’organiseraient entre eux, plutôt qu’aux statuts de tel ou tel professionnel de Santé.

Propos recueillis par Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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