Francis Mangeonjean : « Nous faisons partie du corps des directeurs de la Fonction publique ! »

mercredi 21 septembre 2022, par Bruno Benque

En amont des Journées d’étude des Directeurs de soins qui se dérouleront à Rennes en octobre, Francis Mangeonjean, Président de l’AFDS, nous accordé une interview au cours de laquelle il est revenu sur les problématiques RH de l’hôpital, sur les mesures issues du Ségur de la Santé, ainsi que sur la combat des DS pour obtenir un statut identique aux directeurs-adjoints. Il nous a présenté également les moments prometteurs de ces Journées de l’AFDS et invite les cadres de santé à y participer.

On nous prédisait les pires difficultés dans les services de soins l’été dernier, notamment aux urgences. Quelles observations pouvez-vous faire sur cette période avec un peu de recul ?

Francis Mangeonjean : Comme le Ministre de la Santé et de la Prévention l’a indiqué récemment, la situation a été gérée assez bien dans l’ensemble et le pire a été évité. Il y a eu des tensions, évidemment, mais les risques ont été anticipés. Par exemple, dans l’établissement dans lequel j’exerce, nous avons organisé des rappels potentiels de soignants pour les cas de forte activité ou de défections de personnels. Mais Ces rappels ont été en partie utilisés.

Les différentes mesures issues du Ségur de la Santé, notamment en faveur d’une meilleure rémunération, ont-elles d’ores et déjà porté leurs fruits pour les ressources humaines à l’hôpital ?

F.M. : La rémunération issue du Ségur est une avancée. Cependant, la problématique majeure, pour nos structures, concerne les postes vacants depuis de nombreux mois. Et comme on ne fabrique pas des professionnels compétents en six mois, on peut faire tous les plans d’attractivité que l’on veut, ce n’est pas suffisant à court terme. Disons que les départs ont été compensés en partie. L’autre problématique majeure est générationnelle. Les jeunes soignants ne conçoivent plus leur carrière comme nous le faisions. Ils sont plus mobiles, n’établissent pas de plan de carrière et ne sont pas prêts à accepter toutes les contraintes qu’ils pourraient éviter. Ils attendent une meilleure prise en compte de leur vie personnelle et cela est vrai pour beaucoup d’autres métiers.

Quels leviers actionnez-vous dès lors pour les attirer et surtout les faire rester ?

F.M. : Des outils RH relayés par les directeurs de soins sont mis en place, comme les bourses d’études, les contrats d’apprentissage ou les mesures en lien avec la qualité de vie au travail. En plus des mesures Ségur, elles sont efficaces mais il faudra du temps pour combler les manques.

Les Directeurs de soins (DS) se sont engagés dans une bataille avec les tutelles pour faire évoluer leurs statuts. Avez-vous obtenu des avancées sur ce point ?

F.M. : Nous faisons partie du corps des directeurs de la Fonction publique et à ce titre nous demandons depuis des mois que notre statut soit indexé sur celui des directeurs adjoints. Nous avons obtenu récemment une revalorisation salariale dans le cadre du Ségur mais elle est variable pour chacun d’entre nous, en fonction de son positionnement dans la carrière. Ces questions sur la refondation du statut et sur les nouvelles grilles indiciaires devront se poser dans les semaines et les mois à venir lors des travaux sur les rémunérations dans la fonction publique. L’Association Française des Directeurs de Soins (AFDS) s’engagera à ce moment-là, comme elle l’a déjà fait dans les débats.

Les Journées d’études de l’AFDS sont annoncées pour la mi-octobre. Quelles en seront les thèmes phares ?

F.M. : Tout d’abord je dois dire que nous sommes heureux de revenir à Rennes, lieu où devait se tenir l’édition 2020 qui a été annulée pour cause de crise sanitaire. Cette édition, dont le slogan est « Cap sur l’avenir », sera tournée vers l’innovation managériale avec des sujets sur l’évolution des organisations, les liens entre l’hôpital et son territoire, la mise en place de nouvelles modalités de travail, le tout pour assurer une meilleure réponse aux besoins des patients. La coordination sera aussi mise en lumière, avec notamment la présence d’un chef d’orchestre pour faire une analogie avec l’organisation des services de soins. Enfin, citons l’atelier intitulé « Qui veut la peau de l’innovation managériale ? », question provocatrice pour mettre en perspective les mesures de coopération inter métiers qui recueillent l’accord de tous et qui mérite d’être catalysées.

Les Journées de l’AFDS seront cette année l’occasion de renouveler le bureau de cette association. Allez-vous vous représenter à la Présidence ?

F.M. : Non, je ne me représenterai pas. J’ai fait ce choix car je souhaite laisser la place aux jeunes directeurs des soins qui souhaitent, à leur tour, s’engager aux services de leurs collègues pour porter haut le métier. Un projet associatif a été lancé, Il faut que de nouvelles idées complémentaires surgissent. Elles seront portées par le nouveau bureau. Il s’agit d’une responsabilité et d’un engagement forts. Ce fut un immense honneur pour moi que d’occuper cette fonction et je souhaite le même plaisir à la nouvelle équipe.

Comme lors des éditions précédentes, les Journées de l’AFDS accueilleront les cadres et cadres supérieurs de santé. En sera-t-il de même cette année ?

F.M. : Bien sûr ! Le DS n’est rien sans l’encadrement. Il doit entretenir ce lien indispensable à la bonne marche de l’hôpital et initier un climat de confiance avec les cadres. À ce titre, les DS doivent faire en sorte de redonner du sens au travail des cadres en leur facilitant l’exercice. Il est essentiel qu’ils travaillent sur des projets porteurs et qu’ils recentrent leur action sur les métiers du soin. Nous souhaitons, en les faisant participer à notre événement annuel, leur témoigner de notre soutien, mais aussi leur montrer les atouts de notre fonction pour les inciter à s’inscrire à la formation de DS. Contrairement aux idées reçues, il n’est pas besoin d’avoir une longue carrière de cadre pour y accéder.

Cette évolution de carrière comporte tout de même quelques contraintes, notamment l’absence d’une année pour intégrer l’EHESP. Quels arguments peuvent-ils inciter les cadres à passer le pas ?

F.M. : Il s’agit en fait d’un projet de trois ans, si l’on compte, en amont, l’année de préparation et, en aval, l’année de prise de fonction toujours nécessaire pour maîtriser le poste et l’environnement. Mais il s’agit d’un métier passionnant, à haute responsabilité, qui est en première ligne pour jouer pleinement son rôle dans le triumvirat PCME – DG – CGS. Dans ce cadre, l’AFDS est fortement engagée pour porter la filière paramédicale et diffuser les bonnes idées qui s’en dégagent.

Propos recueillis par Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34.


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