Publicité
Publicité

Crise de l’hôpital : l’organisation des soins grande oubliée des réformes (PART.I)

vendredi 6 décembre 2019, par Laurent Mériade

Dans cette période tourmentée pour les hôpitaux, où tout le monde se demande quelle méthode adopter pour améliorer la qualité des soins en même temps que le moral des soignants, Laurent Mériade, Enseignant chercheur en sciences de gestion à l’Université de Clermont Auvergne, nous parle de soins intégrés individuels. Dans un prochain article, il nous présentera les soins intégrés collectifs et certains exemples de terrain à l’étranger et nous expliquera pourquoi ces méthodes sont difficilement applicables en France.

Le « plan d’urgence » pour l’hôpital public dévoilé par le gouvernement le 20 novembre dernier est axé sur l’octroi de moyens financiers supplémentaires aux hôpitaux – reprise d’un tiers de la dette des hôpitaux (10 milliards d’euros) et hausse de l’objectif national des dépenses d’assurance maladie (ONDAM), ou au personnel – primes à certains personnels médicaux.

En revanche, l’organisation des soins dans les hôpitaux et hors les murs semble très significativement négligée. Pourtant, en filigrane, l’essentiel des revendications des personnels, comme celles des patients, concerne l’amélioration des prises en charge hospitalières : augmentation des lits disponibles, du nombre de personnel, des coordinations hôpital/médecine de ville, etc.

Les travaux de recherche portant sur les soins intégrés (integrated care) montrent pourtant qu’il existe des solutions, notamment en ce qui concerne l’amélioration des coordinations hospitalières intra- et inter-organisationnelles. Appliquées depuis plus de 15 ans aux USA et dans de nombreux pays occidentaux, ces approches permettent d’améliorer sensiblement la productivité et la qualité des prises en charge.

Qu’entend-on par « soins intégrés » ?

Synonyme de soins coordonnés et continus, l’integrated care se situe à l’opposé des soins fragmentés et épisodiques. Plus précisément, il s’agit d’organiser les soins de telle façon que les patients reçoivent un continuum de services allant de la promotion de la santé jusqu’aux soins palliatifs et de réadaptation, en passant par la prévention des maladies et la gestion des interventions médicales.

De son côté, l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui prône leur développement partout dans le monde, définit les soins intégrés comme des soins centrés sur les besoins des individus et de leurs familles. Ils peuvent être réalisés à partir d’une structure commune physique tels qu’une maison médicale ou un hôpital de proximité, ou peuvent être mis en place au niveau organisationnel, via des réunions pluridisciplinaires ou des systèmes d’information intégrés permettant, a minima, une colocation des services de soins et une gestion des cas par une équipe multidisciplinaire.

Différentes formes de soins intégrés ont été expérimentés depuis une vingtaine d’années dans de nombreux pays occidentaux, aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Suède, en Finlande, en Suisse, au Canada ou en Espagne. Les deux principaux modèles testés et mis en œuvre jusqu’ici sont celui des soins intégrés individuels, adoptés pour l’ensemble d’une patientèle d’un territoire, et le modèle des soins intégrés collectifs, davantage centré sur un groupe de patients atteints d’une ou plusieurs pathologies identiques.

Les soins intégrés individuels

Concernant le modèle des soins intégrés individuels, l’exemple le plus emblématique et le plus répandu est celui du case management (gestion de cas). Il a été mis en œuvre dans les hôpitaux américains à partir des années 2000 et porté par une association nationale dédiée, l’American Case Management Association.

Le principe de la gestion des cas est de garantir la coordination des soins d’un patient par l’affectation d’un gestionnaire de cas (case manager). Il peut s’agir d’un professionnel paramédical (infirmière de soins spécialisés, manipulatrice en radiologie, laborantin d’analyses médicales, etc.) ou d’une infirmière de soins primaires qui assure le premier contact avec les patients (prévention ou premier diagnostic). Ce gestionnaire de cas, appuyé éventuellement par un gestionnaire de données médicales (data manager), organise l’ensemble des rendez-vous internes et externes des patients pris dans un établissement hospitalier.

La planification des soins est une autre approche d’intégration des soins individuels pour notamment les patients atteints de plusieurs maladies et pouvant recevoir des traitements multiples. L’objectif est d’offrir des soins plus personnalisés et plus ciblés en créant des plans de soins partagés qui décrivent les processus de soins, articulent clairement le rôle de chaque prestataire de soins et conservent des renseignements rétrospectifs et prospectifs sur l’état de santé des patients de l’établissement.

Un coordonnateur de soins évalue les besoins du patient puis planifie, négocie et coordonne la prestation de soins multidisciplinaires. Aux États-Unis, les plans de soins s’inscrivent dans ce qu’il est convenu d’appeler la « santé communautaire ». Ils s’appuient principalement sur l’influence de l’industrie de la santé (assurance maladie privée et mutuelles), qui financent, et des services sociaux, qui coordonnent les activités.

Enfin, en matière de soins intégrés individuels, des budgets personnels de santé ont été mis à l’essai aux États-Unis et au Royaume-Uni puis en Autriche, en Allemagne, aux Pays-Bas et en Norvège. Ce modèle de soins intégrés donne aux patients une plus grande autonomie. Chacun d’entre eux dispose d’un budget de soins attribué par l’assurance maladie en fonction de leurs pathologies. Une équipe du système de santé gestionnaire (par exemple le National Health Service – NHS – au Royaume-Uni) construit avec le patient un plan de soins et le revoit périodiquement. Grâce à lui, les patients peuvent acheter des services prévus dans le plan de soins auprès de différents prestataires.

Les évaluations de ce dernier système ont montré une plus grande efficacité dans la prestation des soins, principalement grâce à une meilleure continuité de soins initiés par le patient lui-même et par l’évitement des doubles emplois de soins.

The Conversation

Laurent Mériade, Enseignant chercheur en sciences de gestion - Titulaire de la chaire de recherche « santé et territoires » - IAE, Université Clermont Auvergne

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.


Partager cet article

Publicité

TOUT L’ÉQUIPEMENT DES CADRES DE SANTÉ

IDE Collection a regroupé tout le matériel nécessaire au management de vos équipes : livres, revues, fournitures, stylos, tenues, idées cadeaux...

Découvrir nos produits

Vous recrutez ?

Publiez vos annonces, et consultez la cvthèque du site EMPLOI Soignant : des milliers de profils de soignants partout en France.

En savoir plus

Publicité