ANCIM 2021 : des discours qui ont redonné du sens à nos actions

vendredi 3 décembre 2021, par Bruno Benque

Les participants à la session inaugurale des 29èmes Journées de l’ANCIM n’ont pas été déçus de leur après-midi. Car ils ont assisté à deux présentations qui sortait des sentiers battus, l’une qui prônait l’optimisme, la prise d’initiative, l’audace, et l’autre qui a battu en brèche les idées reçues sur le management, le principe de précaution ou la qualité de vie au travail. Nous avons également découvert que, contre toute attente, la confiance excluait, de fait, la contrôle...

La session inaugurale des Journées d’études et de formation des cadres de santé, qui s’est tenue le 29 novembre 2021 à Rennes et que nous avons annoncée dernièrement, a été riche en enseignements et en enseignements et en prises de positions parfois surprenantes, mais toujours qu’idées par le bon sens.

Puiser dans sa force intérieure pour changer son destin

Car les deux intervenants invités par l’ANCIM à cette occasion sont des personnages singuliers dont la facilité à exprimer leurs idées n’a d’égal que l’originalité de leurs parcours de vie. Mathieu Boinet, le premier d’entre eux, est un conférencier qui a débuté sa vie professionnelle comme charpentier et, à la suite d’un problème grave de Santé et après avoir testé d’autres métiers, a décidé de prendre son destin à bras le corps et s’est mué en conférencier prenant l’optimisme, la positivité et l’audace. Cela tombait bien, puisque cette notion était le fil rouge de l’événement. Lui qui avait le mal des transports, qui ressentait toutes sortes de craintes et était programmé pour entrer dans le moule, puisa dans sa force intérieure pour changer son destin, expérimenter le saut en parachute et « contribuer au monde », comme il dit.

Les crises et accidents de la vie favorisent les comportements audacieux

L’objectif de son intervention était donc de transmettre aux 400 managers de Santé présents dans la salle sa persévérance, son combat contre les frustrations et sa force intérieure permettant d’oser, de faire preuve d’audace et d’entreprendre. Il a évoqué ainsi la nécessité de se défaire du conditionnement issu de l’environnement, la possibilité d’utiliser la programmation neuro-linguistique - « somme des apprentissages centralisés par le cerveau et le langage » - pour y arriver, ainsi que l’utilisation de ses échecs pour progresser. Mais pour amorcer une telle évolution, il est essentiel de sortir de sa zone de confort. Il a terminé son intervention en faisant défiler la photo de personnalités majeures du monde moderne, qui, toutes, ont réalisé de grandes choses après une crise ou un accident de vie.

Ses réflexions semblent confirmer les différentes évolutions recensées lors de la crise sanitaire due au COVID-19 en termes de modifications des organisations hospitalières. Il a fallu, en effet, que les managers se retrouvent au pied du mur pour, d’une part, initier de nouveaux modes de fonctionnement et, d’autre part, pour être autorisés à le faire. Cela veut-il dire que, en période d’activité normale, nous sommes installés dans une zone de confort qui empêche la majorité d’entre nous de prendre des initiatives audacieuses ? Il n’est par incohérent de le penser...

Les excès précautionneux et la multiplication des process font perdre le sens des actions

La seconde intervenante, Julia De Funès, s’est placée sous une toute autre bannière. Philosophe de formation, elle a longtemps évolué dans les entreprises, du secteur industriel notamment, intervenant auprès des équipes sur le management et les ressources humaines. Aux journées des cadres de santé, elle s’est plutôt attachée à promouvoir son combat contre les idées reçues et les modes qui perdurent au sein des organisations. Et son discours a été pour le moins disruptif, provocateur, mais toujours étayé par le bon sens. Elle a, en préambule, fustigé les discours alarmistes et anxiogènes provoqués par les médias français lors de la crise sanitaire, limitant l’esprit d’initiative qui a cours en général « à la suite d’une telle rupture épistémologique ». Elle corrèle cela aux « idéologies précautionnistes » qui entrainent la « légifération sur tout » et, au sein des organisations, de la multiplication des process et des stéréotypes. D’où, certainement, le manque d’audace...

La QVT, une mode contreproductive

Ce furent ensuite les bases de notre formation de cadre de santé que Julia De Funès a mis à mal lors de son intervention. Le management est très souvent vu dans notre environnement, comme une promotion, elle le voit uniquement comme une compétence. La formation de cadre n’apprend pas le leadership, mais plutôt une posture. Mais son cheval de bataille a été ce jour là la Qualité de Vie au Travail. Cette QVT - « la cuvette » comme elle la surnomme - tant recherchée aujourd’hui dans les entreprises, et à l’hôpital en particulier, est accompagnée d’artifices éphémères et intrusifs qui créent souvent, selon elle, du mal-être. Il faudrait plutôt regarder vers la capacité d’action de prise d’initiatives, d’intuition des collaborateurs, notamment les plus expérimentés. Ce n’est que par ce biais que chacun d’entre nous retrouvera du sens à ses missions.

La confiance qui exclut, de fait, le contrôle

Julia De Funès, de par son franc parler, son discours toujours argumenté et les perspectives positives qu’elle a finalement laissé poindre tout au long de son intervention, a recueilli l’approbation de l’ensemble des participants à cette session. Mais elle a dû tout de même en choquer plus d’un, lorsqu’elle a battu en brèche l’adage communément répandu et qui a fait partie des préceptes qui nous ont été enseignés lors de notre passage à l’IFCS et selon lequel « la confiance n’exclut pas le contrôle ». « Foutaise ! » s’est-elle exclamée. Le mot confiance bien du latin « confidere » qui renvoie à la foi en quelqu’un, à la croyance. Et donc, qui ne supporte pas le contrôle. CQFD...

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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