Adopter le concept « One Health » pour des pratiques écoresponsables

mercredi 27 octobre 2021, par Bruno Benque

Alors que la COP 26 se profile, il est temps d’aborder l’empreinte carbone du secteur sanitaire et médico-social en France. Le Guide des pratiques vertueuses que vient de publier le C2DS est remarquable sur ce point, car il fait un large tour d’horizon des progrès à réaliser. Il est également d’un grand intérêt car il diffuse les nombreuses initiatives coresponsables déjà prises dans les établissements sanitaires et médico-sociaux, et qui sont autant d’exemples à suivre.

La COP 26 se tiendra du 31 octobre au 12 novembre 2021 à Glasgow (Écosse), pour ce qui sera une énième réunion des chefs d’État pour sauver ce qui peut encore l’être de la planète Terre.

Un Guide des pratiques sanitaires vertueuses en développement durable

Il s’agit de prendre des mesures, au niveau international, pour que ses habitants, tant au niveau individuel que collectif, dans leur vie courante ou professionnelle, adoptent des conduites écoresponsables. Le domaine de la Santé n’échappe pas à cette évolution souhaitée, et c’est dans ce contexte que le Comité de Développement Durable en Santé (C2DS) a élaboré le « Guide 2021 des pratiques vertueuses en développement durable des établissements sanitaires et médico-sociaux » intitulé « L’Hôpital agit pour la planète ». Ce rapport énumère, de façon exhaustive, l’ensemble des actions à mettre en œuvre au sein de cet environnement pour entrer dans des standards écologiques. Et l’on peut agir dans le cadre des investissements, des équipements, des achats, des transports, du recyclage des déchets, de la lutte contre le gaspillage alimentaire ou de la qualité de la vie au travail des personnels soignants et non soignants notamment.

Pour adopter un comportement « One Health »

Le Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat (GIEC) a récemment édité lui-même un Rapport donnant de nouvelles estimations sur la possibilité́ que le réchauffement planétaire excède 1,5 °C au cours des prochaines décennies et incitant à des réductions immédiates, rapides et massives des émissions de gaz à effet de serre, de même que le Pacte vert pour l’Europe qui ambitionne la neutralité́ climatique à l’horizon de 2050. Pour accompagner ces projections dans le domaine de la Santé, le concept de « One Health » s’est imposé récemment comme liant intrinsèquement les santés humaine, animale avec celle de la planète. Le Guide de la C2S nous fournit donc des axes de progression pour notre pratique quotidienne, mais il va plus loin en donnant de multiples exemples de ce qui a déjà mis en place au sein des établissements sanitaires et médico-sociaux français.

Agir sur les transports de personnes, de fournitures et de déchets

Alors, quels sont les domaines dans lesquels les professionnels du secteur peuvent agir en faveur du climat ? Le Guide estime tout d’abord qu’un quart des émissions de gaz à effet de serre générées par un établissement est dû aux transports. Il préconise donc la promotion du covoiturage et des transports en commun, un forfait de mobilités durables ou une prime vélo, la création de stationnements vélo sécurisés. Pour le transport sanitaire, ce sont par exemple le covoiturage des patients dialysés, la formation des ambulanciers à l’écoconduite ou l’incitation des transporteurs à s’équiper de VSL électriques qui sont recommandés. Reste le transport des fournitures pour un « frêt bas-carbone » (optimisation des commandes et réduction de la fréquence des livraisons, choix de fournisseurs locaux) et des déchets (51 types de déchets différents dont 15 sont en moyenne tries par les établissements), qui serait plus écologique par une cartographie des sites de traitement, par une politique de réduction à la source (produits et dispositifs réutilisables, compostage des biodéchets, prétraitement sur site des Dasri) ou l’optimisation des conteneurs Dasri en fonction des véhicules.

Choisir des sources d’énergie renouvelables

Vient ensuite le domaine de l’énergie, qui, soit dit en passant, coûtera de plus en plus cher à l’avenir. Le secteur sanitaire et médico-social est, on le sait, un grand consommateur d’énergie. Le diagnostic de performance énergétique (DPE) ou l’audit énergétique, permettent, dans ce cadre, de mettre en évidence les pistes d’amélioration et de les évaluer. Et c’est tout d’abord au temps de la conception et de la construction d’un nouveau bâtiment que l’écoresponsabilité intervient, par l’exposition adéquate du bâtiment au soleil et aux vents, l’utilisation de la lumière du jour, le choix des matériaux l’isolation astucieuse ou l’intégration de la végétation extérieure dans le projet. Ainsi, dans certaines régions, le bon ensoleillement est propice à l’installation de panneaux photovoltaïques, d’autres à la géothermie, source d’énergie gratuite et quasi inépuisable. Autre pôle très énergivore, le numérique et son utilisation en progression, notamment au niveau des serveurs de données.

Dispositifs médicaux et produits alimentaires au centre de l’émission de carbone

Les achats hospitaliers, de dispositifs médicaux ou de matériels bureautiques et logistiques, sont le second poste de dépenses des établissements. Ils sont caractérisés, selon le Guide, par une forte présence de plastique, souvent à usage unique et sont souvent produits, notamment certains médicaments indispensables, en Asie ou aux USA, ce qui n’est pour l’instant pas modifiable. Reste que les achats liés à l’hôtellerie d’un établissement de santé constituent le deuxième poste le plus important en termes d’émissions de carbone. Il convient donc de lutter contre le gaspillage alimentaire, favoriser les menus bas carbone par la végétalisation et favoriser les achats de proximité. Cela nous conduit à la gestion des biodéchets et des Dasri, au cœur de la réduction des émissions de carbone.

Une empreinte carbone des activités de soins qu’il ne faut pas mésestimer

Le Guide du C2DS préconise enfin, pour les professionnels de Santé, des pratiques « One Health » et une écoconception des soins qui prend en compte de manière transversale les gaz à effet de serre, les substances toxiques, les transports, les déchets, les énergies, l’eau, la qualité de l’air intérieur, les champs électromagnétiques, voire les nuisances. Il faut donc agir sur l’utilisation des biocides (entretien des locaux) qui altèrent l’environnement et sont responsables de maladies professionnelles, ou sur la prescription des antibiotiques, fabriqués en Inde et en Chine, ou sur certaines molécules comme le gadolinium, qui prend une forme instable lorsqu’il est rejeté dans l’environnement. Le Guide fait également un focus sur le bloc opératoire et sur les pratiques d’anesthésie qui sont consommatrices de gaz halogénés très polluants. IL fait ainsi l’éloge de disciplines complémentaires comme l’hypnose médicale, l’acupuncture, la sophrologie, l’aromathérapie ou le toucher massage.

On l’a bien compris, nous pouvons agir sur toutes sortes de facteurs pour réduire de manière très significative sur l’empreinte écologique de nos établissements sanitaires ou médico-sociaux. Et la liste des actions à mener que nous venons d’évoquer est forcément incomplète. Nous vous engageons donc à vous plonger dans ce Guide qui, répétons-le, donne un large écho aux initiatives déjà mises en place dans les étab lissements français et sui sont autant d’exemples à suivre.

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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