6 mois après la prise de « faisant fonction » : bilan d’étonnement

mardi 14 octobre 2014, par Bruno Benque

Beaucoup de jeunes cadres de santé, ou de « faisant fonction », ne savent pas trop par quel bout prendre l’équipe dont ils ont la charge, ni quel positionnement prendre vis-à-vis de ce nouvel environnement. Voici le témoignage de l’un d’entre eux, qui a mûri son projet en amont et qui a pris le temps, dès sa prise de fonction, de connaître les personnalités auxquelles il avait à faire, prenant résolument le rôle de protecteur des soignants.

JPEG - 29.4 ko

Voilà maintenant six mois que j’ai pris mes fonctions de faisant fonction de cadre de santé. Six mois riches en travail, rencontres, évolution, réflexions, prise de recul... En résumé, une période des plus riches professionnellement.

Dès la prise de fonction, prendre le temps de connaître l’environnement

Ces premiers mois de travail ont constitué une première approche de la fonction de cadre de santé. Même si ce projet était chez moi réfléchi et mûri depuis quelques années, la prise de fonction a été un réel changement professionnel et personnel. J’exerce en tant qu’infirmier le samedi, et fais fonction de cadre de santé le lundi matin. Je change de peau le temps d’un dimanche ! Depuis quelques temps, le projet de devenir un jour cadre de santé chemine dans ma pensée. En lien avec ce projet, c’est un travail régulier de formation et de recueil d’informations que j’ai commencé en amont, afin d’enrichir mon potentiel et me permettre un jour de concrétiser ce projet. En 2012, ma demande de mutation dans un autre centre hospitalier obéissait déjà à cette réflexion. En effet, je ne pouvais concevoir une évolution professionnelle d’encadrement sans enrichir ma pratique d’infirmier dans un établissement différent me proposant une nouvelle prise en soin des patients. La mise en pratique des recueils d’informations que j’ai pu réaliser dans ce contexte m’a été des plus utile, dès ma prise de fonction, quant à mon positionnement face aux équipes. Cependant, malgré ce travail préalable, un réel stress s’est manifesté en moi durant le premier mois d’exercice de cadre de santé. Il s’agissait du même stress que j’avais pu connaître déjà lors de mes premiers pas en tant que professionnel de santé.

Changement de positionnement, volonté de bien faire, besoin de temps ?

Le temps est en effet une donnée primordiale lors de la rencontre avec les équipes des unités dont je suis responsable, mais également pour m’intégrer à l’équipe des cadres de santé de l’établissement. En un mois au sein des unités dont j’ai la charge, j’ai dû apprendre à connaître une vingtaine de professionnels, et autant de personnalités et de vécus, appartenant à une véritable communauté réunie autour du soin. Cette étape très chronophage était une de mes priorités. Rencontrer les professionnels travaillant dans les unités où j’interviens, ainsi que dans les services partenaires ont représenté un préalable indispensable pour favoriser le travail de réseau. J’ai ainsi mis en place des temps de rencontres individuelles dont le but était de recueillir les avis sur le fonctionnement de l’unité, les attentes envers le rôle du cadre de santé, les projets professionnels ou les desideratas en terme de formation. Ces entretiens m’ont permis de réaliser l’importance de la présence du cadre sur le terrain et de réfléchir aux lignes de conduite qui guideraient ma pratique. En effet, l’ensemble des soignants expriment, chacun avec leurs mots, un besoin de présence de l’encadrement, de la même façon qu’ils sont présents auprès des patients. Même si cela est très chronophage, il faut s’astreindre à respecter.

Ne pas négliger l’apport du réseau des cadres de santé

Avec l’équipe des cadres de santé, d’autre part, c’est un véritable travail de réseau et d’entraide qui a été mis en place, chacun apportant à l’autre son expérience et ses connaissances. Dans la réalisation des premiers travaux qui m’ont été demandés, la présence de professionnels disponibles pour m’aiguiller a été une véritable chance. Dès ma prise de fonction, j’ai été sollicité par ma hiérarchie pour accomplir mes premiers travaux. Cela a été long et complexe, mais le passage à l’écrit m’a permis de prendre un certain recul sur le fonctionnement des unités. Afin de faire du lien avec les équipes et de continuer à apprendre à connaître les différentes structures et les professionnels y exerçant, j’ai accompli une mise à jour des documents publics. J’ai pu ainsi évaluer la réponse des équipes par rapport au travail demandé et avancer avec eux sur nos premiers projets communs. Pour moi, la notion de cadre de proximité nécessite la connaissance de tous les acteurs ainsi que des spécificités de chaque unité et des patients accueillis. J’assiste pour cela régulièrement aux relèves et réunions de service sur les prises en charge et je prends le temps de rencontrer les patients, leurs familles, écouter leurs doléances,...

Apparaître comme une figure rassurante pour les soignants

Je viens de vivre des mois riches professionnellement. Il est difficile de résumer l’ensemble des situations vécues, des émotions ressenties et des réflexions que j’ai pu en tirer. La pression ressentie est venue principalement de moi, mais également des soignants qui sont dans l’attente. Mais dans l’attente de quoi ? Peu de professionnels ont une réponse à cette question, mais la demande persiste. L’évolution des critères de qualité, comme cela a pu être évoqué lors du colloque Cadr’Attitude fin juin notamment par le Pr Gori, inquiète les soignants. Comment peut-on, par exemple, évaluer la qualité hygiénique de leur travail au regard de la quantité de soluté hydro-alcoolique utilisée ? Les soignants sont quelque peu désorientés et ont besoin de se rattacher, probablement, à une figure rassurante, un protecteur, à travers le cadre de santé.

Le positionnement, lors de mes débuts en tant que faisant fonction de cadre de santé a été une priorité. Réfléchir sur la manière de communiquer, prendre le temps de la réflexion sur les situations avant toute action, me semble essentiel. Cependant, la réelle conclusion de ces premiers mois c’est qu’il faut savoir respecter le temps. Rien ne peut avancer sans prendre en compte le temps de la personnalité de chaque professionnel de santé. Le cadre de santé a une fonction de guide, celui qui sait ce qu’il veut et où il veut aller. Pour ce faire, il n’hésitera pas à prendre le petit chemin plutôt que l’autoroute s’il sait et sent que la réussite est au bout de ce petit chemin...

Un infirmier faisant fonction de cadre de santé qui a souhaité rester anonyme


Partager cet article

Vous recrutez ?

Publiez vos annonces, et consultez la cvthèque du site EMPLOI Soignant : des milliers de profils de soignants partout en France.

En savoir plus