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L’entretien infirmier : mythe ou réalité

dimanche 5 août 2007, par Dorothée Le Riche

Psychiatrie

L’ENTRETIEN INFIRMIER :
MYTHE OU REALITE

L’entretien infirmier en psychiatrie adulte : cet article témoigne de regards croisés de cadres de santé pour un mémoire (IFCS-Amiens & Université Picardie Jules Verne).

Avec la refonte des formations en 1992 qui supprime la formation spécifique d’ « Infirmier(e) de secteur psychiatrique » les infirmiers sont préparés à la polyvalence. Avant cette réforme, l’entretien infirmier était un outil de soins qui concourrait à la prise en charge du malade mental – ce qui est toujours le cas. Quel statut a donc acquis cet outil, aujourd’hui ? Une enquête de terrain menée auprès de 11 cadres de santé exerçant en unité d’admissions de psychiatrie adulte apporte une réflexion sur cette pratique. La question était de réfléchir à : Comment les cadres de santé se sont appropriés l’entretien infirmier et quelle valeur lui accordent-ils ? Cette question posée dans la perspective de savoir si l’on doit mettre en place des moyens qui visent à l’acquisition de cet outil.

Avant ou après 1992, une formation qui reste essentiellement « de terrain » pour l’acquisition de l’entretien.

Depuis 1992, les temps de théorie et de stage consacrés à la psychiatrie ont considérablement diminué pour les nouveaux IDE [1] . Les infirmiers sont formés à la polyvalence. Or, notre enquête a montré que l’acquisition de la pratique de l’entretien infirmier se fait essentiellement sur le terrain. Tous les professionnels interrogés sont unanimes et déclarent ne pas avoir eu d’apport théorique sur l’entretien infirmier durant leur formation, même pour ceux qui ont obtenu leur diplôme avant 1992, et donc qui possèdent un diplôme d’infirmier de secteur psychiatrique.

La transmission de ce savoir se fait donc uniquement sur le terrain. Réelle découverte durant nos interviews : aucun professionnel ne se souvient avoir abordé cette pratique à l’école d’infirmier(e)s. Sans doute l’aspect relationnel n’était pas aussi développé que le prévoyait le référentiel de formation d’ « avant 1992 ».

Plus encore, c’est davantage les mises en situations lors des différents stages qui sont restées en mémoire. Il apparaît donc clairement que l’acquisition de l’outil « entretien » se fait par la transmission des savoir-faire, par les pairs.

Malgré cela, certaines dispositions sont mises en place afin de faciliter l’appréhension de cet outil. Par exemple, le fait d’assister aux entretiens médicaux. Y participer est en effet une occasion de compléter les connaissances des infirmiers au niveau de la clinique mais aussi de s’inspirer d’un savoir-faire.

Un autre exemple de disposition pour former à l’entretien : les cadres interrogés rapportent leur expérience de mise en place de l’ « outil-entretien » dans le cadre d’objectifs de soins clairement identifiés. Ces politiques de service légitiment évidemment la pratique des entretiens et l’inscrivent dans une prise en charge pluridisciplinaire. Le troisième et dernier exemple rapporté par la population étudiée, est la volonté de programmer des temps de formations pour les jeunes recrues dans le cadre de la formation continue, sur cette pratique. En résumé, nous pouvons constater que les cadres de santé acquièrent cette volonté de transmettre cette compétence exclusivement sur le terrain.

Un outil fondamental qui « légitime » l’entretien : l’écriture.

Pendant très longtemps, l’écriture infirmière en psychiatrie s’est limitée à quelques mots écrits dans le cahier de rapport. Ces quelques mots étaient aussi parfois uniquement exécutés par le surveillant, l’infirmier n’avait alors pas du tout accès à l’écriture.

L’histoire de la psychiatrie nous rapporte ainsi que le gardien puis son successeur, l’infirmier, ont été dépendants de la prescription médicale. André Roumieux [2], infirmier de secteur psychiatrique en témoigne dans une expérience personnelle intéressante – mais pas forcément généralisable : les infirmiers sont invités à participer aux entretiens médicaux. L’entretien infirmier s’inscrit donc dans une prise en charge pluridisciplinaire, mais pour qu’il soit réellement efficace, il doit y avoir une trace écrite.

Or, pendant de nombreuses années la psychiatrie s’est pratiquée essentiellement dans une culture orale. Les soignants avaient des difficultés à mettre des mots sur leurs pratiques. Le fait est que l’écriture implique un indispensable partage des informations. Aujourd’hui, une des missions du cadre de santé est de veiller à ce que les actes de soins soient tracés. C’est un constat que nous avons retrouvé dans notre enquête de terrain.

De plus, à l’heure de la mise en place du PMSI en psychiatrie, il est nécessaire que ces managers se mobilisent pour que cet acte de soin confère à la pratique en psychiatrie ou en santé mentale, sa spécificité. Dès lors, l’entretien infirmier peut réellement s’inscrire dans une prise en charge pluridisciplinaire. Le compte rendu devient un moyen de communication. L’entretien n’est pas seulement un temps où le soignant doit être à l’écoute du patient mais aussi et surtout il doit être pratiqué avec un objectif. Ce soin prend sens lorsque le soignant mesure l’objectif de ce travail.

Les théories en cours qui enrichissent la technique de l’entretien.

Aujourd’hui, nous pouvons rapporter qu’il y a plusieurs définitions à l’entretien, même si la valeur octroyée est la même – indiscutable. C’est un outil qui est la base du travail des infirmiers en psychiatrie. Cette situation est assez paradoxale : l’entretien apparaît, comme une valeur centrale, commune, mais, simultanément, des conceptions multiples (qui varient en fonction de la trajectoire professionnelle de chaque IDE) apparaissent également. Ce paradoxe, qui est une conclusion de notre enquête, est intéressant. Il est identique, dans la théorie sur le sujet. Les auteurs ne définissent pas de façon précise l’entretien infirmier. Carl Rogers, qui est une référence dans le cadre de la technique de l’entretien avec la reformulation, donne plus une technique de l’entretien qu’une définition unanimement admise. Roger Mucchielli, quant à lui, éclaire l’entretien d’après ce qu’il « n’est pas » c’est-à-dire une conversation, un interrogatoire ou encore un discours ce qui est une définition partielle.

Entretien efficace que si travail préalable d’intégration. - Les moyens mis en place par les cadres pour favoriser l’acquisition de la pratique des entretiens. – En vue de l’intégration de jeunes professionnels, une organisation s’avère nécessaire. Il apparaît, dans notre réflexion, que pour cette intégration l’entretien est un outil essentiel. Cette intégration qui vise aussi à l’acquisition de l’entretien infirmier. Rappelons que, selon Emile Durkheim, l’intégration n’est pas décidée par l’individu lui-même. Elle est avant tout un phénomène social qui s’exerce dans un cadre particulier. C’est en quelque sorte un processus et non un état cela signifie qu’il y a évolution, mouvement et transformation. Dans la sociologie durkheimienne, le concept d’intégration désigne le processus par lequel un groupe social, quelles que soient ses dimensions, s’approprie l’individu pour assurer la cohésion du groupe. Dans notre réflexion, l’intégration constitue une étape importante. Il me semble essentiel de prévoir l’arrivée d’un nouveau soignant dans une équipe.

Notre enquête a montré que l’entretien s’acquiert sur le terrain. Notre population favorise alors les temps de travail en binôme qui vise à l’intégration mais aussi à l’acquisition des diverses pratiques. La singularité de l’entretien infirmier c’est la relation à l’autre. Sa complexité réside dans le fait qu’il est totalement différent d’un soin technique. Il est alors impossible de protocoliser sa pratique. Et les cadres de santé ont bien conscience que la transmission des savoirs est importante.

Les perspectives juridiques autour de l’entretien.

Avec, la mise en application d’une circulaire du 16 janvier 2006 qui contribue à la transmission des savoirs et qui prévoit la mise en place d’une intégration des nouveaux professionnels par un accompagnement. Pour la psychiatrie, la transmission des pratiques demande de prendre le temps. Il en est de même pour l’entretien infirmier dont l’apprentissage nécessite un transmetteur et un récepteur et bien souvent des formations complémentaires. Ce qui caractérise la formation continue, c’est bien d’abord qu’elle repose sur l’idée d’apprentissage : quelque chose à apprendre, des connaissances à s’approprier. Elle s’inscrit comme une logique de transformation des individus. Les cadres de santé sont donc amenés à mettre en place des moyens pour favoriser l’apprentissage de cette pratique à laquelle on octroie une seule valeur : celle de base de notre travail.

En réalité, ce travail de recherche a confirmé un pré requis que nous avions déjà : l’entretien infirmier est à la base de notre travail en service de psychiatrie. La valeur qui lui est donnée est la même, il reste essentiel. Aujourd’hui, cadre de santé en CMP et CATTP , je mesure encore la place centrale de l’entretien infirmier dans l’organisation du travail. Il est « l’outil de soins » mis en place par les infirmiers.

Chaque professionnel a sa propre expérience de l’entretien acquise après des années de pratique. Toutefois il est nécessaire pour certains, même après plusieurs années d’expérience, d’avoir recours à la formation continue pour s’interroger sur cette pratique, pour confronter sa propre expérience de l’entretien à d’autres.

La tracabilité écrite de l’entretien est une réalité car il est bien le lien dans l’articulation des prises en charge puisque mis en place avec un objectif précis. L’un des rôles du cadre est bien d’en assurer sa réalisation et sa transmission auprès des étudiants. L’entretien se met alors en place dans diverses situations ; il peut s’agir d’un entretien de première intention pour une évaluation et une orientation vers une prise en charge médicale ou psychologique dans le cadre d’une demande spontanée ou d’une injonction de soins. Mais aussi d’un entretien de suivi à la demande du patient ou sur proposition du soignant ou d’un entretien d’évaluation, autant de situations qui exposent la place capitale de cet outil de soins.

A nous cadre de santé d’en organiser son existence et d’en engager la transmission auprès des jeunes professionnels que nous accueillons.


[1Infirmier diplômé d’Etat

[2ROUMIEUX A, Je travaille à l’asile d’aliénés, Paris, Editions Champ Libre, 1974


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