Stratégie Nationale de Santé : sempiternelle rengaine...

lundi 5 mars 2018, par Bruno Benque

La Stratégie Nationale de Santé (SNS) 2018-2022 fait appel à la participation active des usagers dans l’amélioration de notre système de Santé, comme elle en a désormais l’habitude pour rassurer les populations à grands renforts de propos démagogiques. Les professionnels de Santé ont quant à eux la portion congrue et les managers de santé apprendront avec surprise que des méthodes de management allaient être mises en place en faveur de la qualité de vie au travail. Sauf qu’ils connaissent déjà ces méthodes, il faut juste leur permettre de les utiliser au quotidien...

La Stratégie Nationale de Santé 2018-2022 a donc été présentée le 8 février 2018 en séance plénière de la Conférence Nationale de Santé, accompagnée de son décret d’application édité au Journal Officiel du même jour.

Un document qui fait la part belle à la gestion des maladies chroniques

Le document présenté par la Ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn est sensé poser le cadre de la politique sanitaire du gouvernement, au sens large du terme, et traite tous les pans du système, de la prévention à la prise en charge thérapeutique, en passant par les réorganisations, les coopérations ou les moyens financiers mis en œuvre. Les maladies chroniques et le cancer y prennent une place importante, ce qui est tout à fait justifié alors que, la population vieillissant et les stratégies thérapeutiques en oncologie mobilisant toujours plus de moyens, les prévisions à moyen terme ne sont pas des plus optimistes sur ces champs spécifiques.

Rôle accru des professionnels non médecins et déploiement de la pratique avancée

Dépistage organisé du cancer du col de l’utérus chez les femmes de 25 à 65 ans, évolution du dépistage du cancer du sein, identification de nouvelles opportunités de dépistage des cancers les plus fréquents ou les plus meurtriers ou poursuite des actions de dépistage, d’accompagnement et de prise en charge des personnes souffrant de maladies neuro-dégénératives figurent ainsi en bonne place dans les axes de travail sur lesquels il faudra insister dans à l’horizon 2020. Dans ce contexte, et pour répondre aux tensions démographiques médicales qui risquent de s’aggraver durent cette période, la SNS souhaite favoriser la diversification de l’exercice des professionnels entre libéral et salarié, un nouveau partage des tâches au sein des équipes de soins, fondée sur un rôle accru des professionnels non médecins, ainsi que le déploiement de la pratique avancée et le développement de formes innovantes de coopération.

La participation des usagers présentée une nouvelle fois comme un critère essentiel

À l’hôpital, les recompositions hospitalières visant à réorganiser les établissements de Santé afin d’optimiser l’utilisation des moyens techniques et humains dans les territoires, la révision du droit des autorisations et des conditions techniques de fonctionnement, la poursuite du virage ambulatoire ou la révision des modes de financement de l’activité hospitalière en se fondant sur des modèles plus forfaitaires et incitatifs à la pertinence des parcours sont sans surprise mis en avant. De même que la complémentarité ente la médecine de ville et les établissements de Sante, la pertinence des pratiques diagnostiques et thérapeutiques afin de limiter les dépenses évitables. Mais ce document contient, comme à son habitude, de longs chapitres consacrés à la participation des usagers au système de Santé, ce qui est quelque peu démagogique, et à l’accompagnement des populations à leur changement d’habitudes de vie, comme si le Ministère avait une quelconque emprise sur la malbouffe, l’alcoolisme ou le tabagisme, les déterminants majeurs du diabète ou des maladies cardio-vasculaires entre autres.

Autonomie et cœur de métier à libérer pour les managers de Santé

Les professionnels de Santé, quant à eux, ont encore la portion congrue de la SNS. L’actualisation régulière de leurs compétences, ainsi qu’un accompagnement étroit des questions liées à l’évolution des organisations, à la conduite du changement et à la qualité de vie au travail sont juste évoqués. La SNS souhaite voir se développer une culture pluri- professionnelle ou une plus grande proximité avec les autres professions, dès la formation initiale et concevoir les formations destinées aux professionnels appelés à exercer en pratique avancée au fur et à mesure que de nouveaux champs d’exercice seront reconnus. Et parmi les actions à mener pour améliorer leur qualité de vie au travail, ce document voudrait mettre en place des méthodes de management favorables à la qualité de vie au travail, et notamment renforcer l’écoute et le sens donné au travail, développer le travail en équipe et valoriser l’engagement, l’expression et l’initiative des équipes médicales et soignantes.

Mais ces méthodes de management existent, Madame la Ministre ! Les cadres de santé les connaissent, ils ont été formés pour en faire usage dans leurs unités. Il faut juste leur donner un peu plus d’autonomie et les laisser exercer leur cœur de métier au lieu de les inonder de protocoles qualité, de tableaux de bord à gérer ou d’activités pouvant s’apparenter à du secrétariat particulier pour leur chef de service…

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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