Situation de crise : un cadre de santé assume ses responsabilités

lundi 29 février 2016, par Bruno Benque

En situation de crise, le cadre de santé manager peut enfin assumer pleinement ses responsabilités et réaliser ses missions sans être phagocyté par des activités annexes souvent chronophages. C’est ce qui ressort du récit de Marc Llop, relatant avec son équipier Guillaume Tari les événements du 13 novembre 2015 tels qu’ils se sont passés au sein du Pôle imagerie de l’Hôpital Lariboisière.

Les dernières Journées Francophones Scanner de l’Association des Personnels Paramédicaux en Électroradiologie (AFPPE) se sont conclues par une évocation de la nuit du 13 novembre 2015 au sein du Pôle imagerie de l’Hôpital Lariboisière.

Évaluer tout d’abord les besoins en personnels

Au cours de leur allocution, Marc Llop et Guillaume Tari, respectivement cadre et manipulateur au sein du pôle imagerie médicale de cet établissement, ont mis en valeur le professionnalisme de leurs équipes juste après les attentats. « On passe en un instant du calme plat à un état d’alerte maximal, a commenté d’emblée Marc Llop. Informé par un ami de ce qui se passait, j’ai tout de suite contacté l’hôpital où venait d’être décrété la mise en place du Plan Blanc. » À son arrivée sur son lieu de travail, il a constaté tout d’abord que les premiers blessés étaient déjà là, l’établissement étant voisin du Bataclan et des lieux de fusillade, ainsi qu’à quelques kilomètres du Stade de France. Son travail de manager a consisté, dans un premier temps, à évaluer les besoins en personnels, constatant le nombre important de patients à prendre en charge et les blessures particulièrement rares que ces derniers présentaient.

Des manipulateurs immédiatement opérationnels et bientraitants

« Devant l’ampleur de la tâche à venir, j’avais besoin d’un bolus de manipulateurs pour assurer la prise en charge rapide en radiologie conventionnelle et au scanner. En moins de trente minutes, ils étaient au Top ! Je veux dire par là qu’ils étaient immédiatement opérationnels et bientraitants envers les patients. » Le service reçoit cette nuit là 30 patients dont 8 en urgence absolue. La plupart présentent des traumatismes neurochirurgicaux et orthopédiques arrivent sans justificatif d’identité, ce qui pose d’emblée des problèmes liés à l’identitovigilance. Mais cela est secondaire, au regard des pathologies rencontrées. Guillaume Tari, en présentant à l’assistance des images radiologiques réalisées cette nuit là, a illustré le caractère exceptionnel des blessures que lui et ses collègues avaient à explorer. « Nous avions à faire à des patients plutôt jeunes, présentant des lésions atypiques, que l’on peut qualifier de »blessures de guerre« , a-t-il expliqué. Il s’agissait pour nous d’évaluer la gravité des blessures et d’identifier les éventuels débris de balles avant que les patients soient acheminés vers le bloc opératoire. »

Préserver les troupes en prévision d’éventuelles nouvelles attaques

À 2h30 du matin, le service ne recevant plus de blessés très graves, Marc Llop décide de les renvoyer chez eux se reposer, n’en gardant qu’un supplémentaire pour le reste de la nuit du weekend par rapport à l’effectif normal. « J’avais en effet un impératif absolu, a-t-il précisé lors de son allocution : préserver les troupes en prévision d’éventuelles reprises des attaques. » Outre le management de ses équipes, la prise en compte de leur état psychologique s’imposait à lui. « Les manipulateurs ont accusé le choc en arrivant, remplis d’interrogations sur ce qu’ils allaient trouver sur place, a-t-il poursuivi. Mais une fois sur site, la concentration et le professionnalisme a pris le dessus, ce qui leur a permis de prendre du recul sur les événements. » Mais le lendemain et les jours suivants ont été plus difficiles psychologiquement. Guillaume Tari témoigne : « On a vraiment réalisé la gravité de la situation à ce moment là, on a dû en parler fréquemment avec les gens qui n’étaient pas là, on voyait, de plus, les proches des victimes en pleurs demander des nouvelles, tout ça étant assez déstabilisant. »

Le cœur du métier

Il semble que cette nuit du 13 novembre ait été pour Marc Llop, malgré la gravité de la situation, l’illustration de ce que devrait être son métier au jour le jour : une prise d’informations rapide afin d’évaluer une situation, une gestion autonome de ses équipes pour répondre à un besoin immédiat et une prise de recul dans le but de prévoir les effectifs susceptibles d’être à nouveau mobilisés les jours suivants en lien avec la cellule de crise mise en place dans son établissement. Bien loin de ce qu’un cadre doit vivre au quotidien, contraint souvent de se noyer dans les paperasses et les benchmarkings, en référer à ses nombreuses hiérarchies pour prendre une quelconque initiative, ou participer à des réunions interminables et improductives…

Bruno Benque
Rédacteur en chef cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com


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