Propositions parlementaires pour moderniser les formations paramédicales

lundi 5 juillet 2021, par Bruno Benque

Le Rapport sur la formation des professions paramédicales présenté le 29 juin par la députée Annie Chapelier fait un état des lieux très réaliste de la complexité, du manque d’équité ou de la vétusté de certains cursus pédagogiques en cours aujourd’hui. Elle établit à partir de cette analyse un certain nombre de recommandation, parmi lesquelles un nouveau statut d’IPA. Les prémisses de nouvelles divisions à l’heure des coopérations et de la pluridisciplinarité ?

Les questions relatives à la formation des professionnels paramédicaux et aux notions de reconnaissance, de qualification et de statut qui y sont liées remontent régulièrement à la surface. Elles ont en particulier pris de l’épaisseur au plus fort de la crise sanitaire.

Treize formations aux forts enjeux de Santé publique

Devant les enjeux de Santé publique que l’évolution de ces formations génère, la Commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale a commandé un « Rapport sur la formation des professions paramédicales » dont Mme Annie Chapelier, députée du Gard et IADE de profession, a été nommée rapporteur. Cette dernière a présenté ledit rapport le 29 juin 2021 devant la commission, mettant en lumière, en préambule, les gros enjeux que sous-tendent les formations paramédicales pour préparer l’avenir de notre système de soins, les champs des périmètres d’activité paramédicale et les compétences inhérentes à chacun des treize métiers qui ont été étudiés dans ce rapport. Au chapitre des constats également, la députée a ciblé la très forte hétérogénéité des formations, une même profession proposant aux étudiants différents cursus de formation - une dizaine pour les techniciens de laboratoire par exemple -. Elle a rappelé également que ces treize métiers occupent un million d’actifs.

Une nécessaire universitarisation de toutes les filières paramédicales

Elle a, par ailleurs, identifié de nombreuses failles dans les processus de formation, alors que les accords de Bologne LMD avaient fixé des objectifs d’universitarisation pour l’ensemble de ces métiers : aujourd’hui, seuls les IDE, les Manipulateurs d’électroradiologie médicale (MERM), les pédicures, les orthoptistes et orthophonistes y ont accès. D’autant qu’il existe une inadéquation criante de certaines formations avec la réalité de terrain, ce qui nécessiterait leur réingénierie. Il y a donc un enjeu majeur de reconnaissance et d’égalité entre tous ces métiers, surtout pour ceux qui ne sont pas encore à l’université. L’intégration universitaire complète de toutes les formations paramédicales constitue ainsi, pour Mme Chapelier, une véritable priorité pour, notamment, plus de flexibilité dans les parcours d’étude la mise en place d’éventuelles passerelles et pour permettre l’accès à la recherche. La gouvernance est, de plus, très complexe, avec des participations inégales entre l’État et la Région selon les territoires.

Des parcours pédagogiques qui doivent s’adapter à la réalité du terrain

À partir de cet état des lieux, la députée a formulé une série de préconisations qui ont été intégrées dans le rapport. La première de ces mesures est, sans surprise, d’intégrer l’ensemble des formations paramédicales dans le LMD. Il s’agit ensuite de simplifier le système, en proposant aux étudiants une seule formation par profession et en octroyant la gestion administrative de ces processus aux seuls Ministères des Solidarités et de la Santé ainsi que de l’enseignement supérieur et de la recherche. Une autre recommandation traite de la mise en place d’enseignements communs médicaux et paramédicaux, au sein de l’Université, avec des sessions de simulation pour favoriser le travail d’équipe et pluridisciplinarité. Globalement, ce sont toutes les formations qui doivent s’adapter à l’évolution des pratiques, mais surtout aux besoins du terrain. Cela nécessite donc une évaluation fréquente des référentiels de compétences et d’activités pour faire évoluer les maquettes pédagogiques.

Attention à d’éventuelles nouvelles guerres de clochers

Mais ce sont les recommandations relatives aux pratiques avancées qui nous ont interpellés avec plus d’acuité. Tout d’abord, a été abordé, dans le discours de la députée et dans les questions posées par ses confrères, le sujet d’un élargissement du champ d’accès aux filières paramédicales autres qu’infirmières. Elle a rappelé que le statut d’IPA nous venait des pays anglo-saxons qui n’ont jamais eu l’idée d’étendre ce concept aux autres métiers. Même si elle s’y est montrée favorable, elle a toutefois fait remarqué qu’il y aurait tout à créer si le principe était validé. Elle a donné pour exemple les MERM et les opticiens qui pourraient bénéficier de cette évolution.

Elle a, enfin, réaffirmant la pertinence forte du statut d’Infirmier de Pratique Avancée (IPA) pour notre système de Santé, défini une offre nouvelle, en termes de perspective de carrière, aux infirmiers spécialisés - IADE, IBODE, IPDE - en leur donnant la possibilité de devenir IPA clinicien spécialisé à opposer aux IPA praticiens généralistes. De même qu’au sein de ces derniers, elle verrait bien voir émerger des IPA de Santé scolaire, de médecine du travail ou de gériatrie.

À l’heure où la pluridisciplinarité et les collaborations sont partout plébiscitées, nous devront veiller à ce que ces nouveaux statuts ne constituent pas de nouveaux silos générant de nouvelles guerres de clochers comme nos métiers savent savent si bien les déclarer...

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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