Paramédicaux en colère !

lundi 6 juin 2016, par Bruno Benque

Les soignants sont en colère, et ils le font savoir. C’est ainsi qu’une IDE a rédigé une lettre, publiée sur Facebook et destinée à des membres du gouvernement pour leur expliquer pourquoi elle n’adhère pas aux récentes déclarations qui prévoient d’augmenter la rémunération des enseignants alors que les conditions de travail des soignants se dégradent sans qu’une quelconque compensation financière ne les motive à exercer un métier désormais à risque.

Les choses étant ce qu’elles sont, et puisqu’il n’y a pas de raison pour que ça change, l’élection présidentielle qui s’annonce pour l’année prochaine provoque, de la part de l’exécutif, toute une série d’annonces destinées à améliorer le quotidien d’un électorat qui l’a quelque peu désavoué ces derniers mois.

Un coup de pouce gouvernemental aux professeurs des écoles

Parmi les secteurs qui bénéficient de ces petits - ou grands - cadeaux, celui de l’enseignement est en première ligne. Le Président de la république va rappeler son objectif de 60 000 nouveaux postes d’enseignants avant 2017 et le gouvernement propose une prime de 800€ supplémentaires pour les professeurs des écoles. Ces mesures ne paraissent pas scandaleuses étant donné la faiblesse des salaires du corps enseignant français si on les compare à ceux de leurs collègues européens.

Le poids des lobbies

Ce qui pose question, c’est lorsque l’on met ces informations en regard des 22 000 postes de soignants susceptibles d’être supprimés dans la Fonction Publique Hospitalière (FPH) qui est, de plus, sommée de réaliser des économies drastiques. Il semble que tout le monde, dans ce pays, ne soit pas logé à la même enseigne et que les lobbies n’exercent pas tous la même influence sur les choix de nos gouvernants ainsi que sur les mesures à mettre en place pour améliorer le quotidien des français.

Les paramédicaux sont en colère sur Facebook

C’est pour tenter de faire entendre la voix des soignants dans leur quête d’une meilleure reconnaissance qu’une infirmière a lancé, sur Facebook, un groupe intitulé « Paramédicaux en colère ». La création de cette page s’est accompagnée d’une lettre adressée à Mmes Touraine et Girardin ainsi qu’à M. Valls, à moins que ce soit l’inverse. Craignant que cette lettre ne soit lue que par des fonctionnaires de cabinets, elle a créé cette page afin que sa lettre connaisse un lectorat très large. Voici comment démarre cette missive :

Monsieur le Premier Ministre, Mesdames les Ministres

"Infirmière diplômée d’état, en poste dans un Service d’Accueil et d’Urgences d’un hôpital de la région parisienne, je me permets de vous adresser ce courrier pour exprimer ma colère.
Un demi-milliard d’euros débloqués en 2017 pour l’augmentation des salaires des enseignants avec pour objectif d’avoir atteint le milliard d’ici à 2020 !
ET NOUS, paramédicaux (infirmiers et aide-soignants) qui :

  • - gagnons tout juste 1500 euros en début de carrière,
  • - avons pas moins de 25 patients en charge pour une seule personne (en service hospitalier),
  • - devons être vigilants quant aux traitements et soins prescrits. Je rappelle ici qu’un infirmier administrant les traitements (per os et/ou intraveineux), doit en connaître les effets secondaires… Sa responsabilité est engagée en cas d’erreur d’administration,
  • - gérons les maux et les mots des patients !!!! Nous qui sommes susceptibles de recevoir une gifle ou pire, garder la cicatrice du coup de tête qu’on vient de recevoir ou encore garder le mauvais souvenir des 5 minutes passées à se blottir caché sous un bureau parce qu’un forcené vient de défoncer la porte pour passer avant les autres", voir la suite sur Facebook...

Une IDE plus vraiment motivée pour aller travailler

Dans ce texte, l’IDE regrette par exemple que les enseignants touchent « une prime quand ils travaillent en ZEP », alors que les soignants, lorsqu’ils sont en présence de patients agressif, sont susceptibles d’endurer des menaces, ou pire, des violences de la part de patients qui se présentent en état d’ébriété avancée ou de démence. Cela sans compensation financière liée aux risques encourus. Elle précise, pour étayer ses propos, qu’« une nuit travaillée nous rapporte... 10.70 euros ! » seulement et conclut que, même si elle exerce son métier avec passion, sa fiche de paie ne la motive pas toujours à se lever le matin.

Même si nous ne souhaitons pas ici créer une quelconque animosité entre les acteurs de corporations différentes, nous avons choisi de soutenir cette initiative devant le « deux poids deux mesures » dont fait preuve le gouvernement lorsqu’il s’agit de matérialiser sa reconnaissance envers les professionnels de ce pays. La grogne monte du côté des soignants, il est temps qu’il en prenne la juste mesure.

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com


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