Oser l’approche ergonomique de la prévention des risques

lundi 1er juillet 2019, par Bruno Benque

Pour une spécialité comme la radiothérapie, où les moindres écarts peuvent avoir des effets indésirables à long terme dramatiques, la prévention des risques est exacerbée. Pourtant, une approche ergonomique d’analyse des réussites possibles semble appropriée dans ce contexte, en lieu et place de la méthode AMDEC. C’est ce qu’a déduit Sylvie Thellier, docteure en ergonomie à l’iRSN, dans son travail de thèse. Et cette approche serait tout à fait adaptée à l’ensemble des activités soignantes.

Les processus qualité sont désormais bien intégrés dans la culture hospitalière. Depuis la loi du 4 mars 2002, dite des droits des patients, les tutelles ont, sous la houlette notamment de la Haute Autorité de Santé, incité les directions à mettre en place des organisations susceptibles d’améliorer la prise en charge des patients.

Un modèle industriel pour formaliser la prévention des risques en Santé

Le processus qualité couramment utilisé par la HAS pour élaborer les référentiels est bâti sur le modèle AMDEC (Analyse des Modes de Défaillances, de leurs Effets et de leur Criticité). Ce modèle vient de l’industrie et considère la qualité au travers d’une production optimisée, de l’amélioration des moyens de production dans le but d’en limiter les défaillances, de la fixation d’un seuil de qualité à obtenir par la mise en place des moyens pour y parvenir. Cela passe par une analyse de chacun des défauts qui pourraient entrainer des dysfonctionnements et par la rédaction de recommandations issues de l’historique des défaillances qui auraient pu survenir ça ou là.

La radiothérapie, une spécialité très surveillée

Mais il existe une approche dite « ergonomique » de prévention des risques qui pourrait convenir au secteur de la Santé, la méthode EPECT. Sylvie Thellier, chercheuse en sciences humaines à l’Institut de Radioprotection et de Sureté Nucléaire (IRSN), en a fait le sujet de sa thèse de doctorat. Son travail de recherche se base sur une approche ergonomique de l’analyse des risques en radiothérapie. Cette spécialité fait partie des activités sanitaires les plus surveillées en termes d’organisation, de planification des traitements ou de vérification des agents physiques utilisés. L’affaire dite des « surirradiés d’Épinal » a montré que même les erreurs d’inattention les plus bénignes pouvaient avoir des effets considérables à long terme pour la Santé des patients. Si bien que les protocoles de prévention des risques sont beaucoup plus contraignants que dans toute autre activité de soins.

Une approche ergonomique de la prévention des risques

Dans cet environnement socio-technique complexe, a rappelé Sylvie Thellier, où l’activité humaine génère de l’incertitude, avec de multiples interactions, internes et externes, et des intervenants de tous types, il est impossible de tout prévoir à 100%. Elle propose donc de passer à une analyse des réussites possibles (EPECT). Cette méthode consiste à réunir deux représentants de chaque métier pendant deux heures tous les trois mois afin qu’ils identifient ensemble des scénarios comportant des contraintes, changements, inerties, désordres ou tensions relevés au quotidien dans le service.

Ce groupe de réflexion poursuit les discussions et identifie la performance réelle de l’équipe, c’est-à-dire les réussites de l’équipe soignante permettant de faire face à la complexité de la situation de travail décrite en début de réunion. Les échanges peuvent faire l’objet d’une remise en question de la ligne managériale, voire de la gouvernance générale. Les résultats de ces discussions sont ensuite diffusées auprès de l’équipe et font émerger la performance réelle de celle-ci. Elles permettent, selon elle, de reformaliser le travail, d’apporter de la solidarité entre les membres de l’équipe et de permettre à celle-ci de s’auto-réguler. Cette méthode est sensée également améliorer la prise en charge des patients, par une identification réelle des situations de risque, une fiabilisation des pratiques et une redéfinition du travail prescrit.

Ces nouveaux principes méthodologiques se sont avérés, au final, plus adaptés à l’analyse des risques dans le domaine médical. Mais la chercheuse évoque tout de même des limites en termes d’évaluation des risques et de traçabilité des données en réunion. Reste que ce concept mériterait d’être approfondi - elle y travaille d’ailleurs - le modèle industriel à l’origine du modèle AMDEC ne faisant pas l’unanimité, loin s’en faut, dans la communauté médico-soignante.

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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