Organisation des soins en 2030 : prospective ou divagation ?

lundi 6 octobre 2014, par Bruno Benque

Des médecins jouant le rôle des infirmiers, des robots intelligents capables de ressentir les émotions et les souffrances des patients, des soins coordonnés à distance, telles sont les évolutions prévisibles à partir des observations du Dr Laurent Alexandre sur l’essor de l’intelligence artificielle. Alors,... Prospective ou divagation ?

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Les progrès de la cybernétique sont rapides et inexorables. Ils modifient significativement notre vie de tous les jours, tant personnelle que professionnelle. Mais nous n’en sommes qu’aux balbutiements, car l’intelligence artificielle risque de tout bouleverser sur son passage.

Le rôle de l’infirmière bientôt dévolu au médecin ?

C’est ce qui ressort d’un article publié sur egora.fr, rapportant une interview du Dr Laurent Alexandre, une personnalité du monde des biotechnologies et fondateur notamment de doctissimo.fr ou de DNAVision, une entreprise Hi-tech pratiquant le séquençage ADN afin d’améliorer les traitements du cancer notamment. Dans cet article, le chercheur fait de la prospective sur le champ de la médecine et prédit que les praticiens de 2030 auront le statut des infirmières de 2015, rien que ça ! Son argument principal de démonstration prend appui sur l’intelligence artificielle, à travers quelques exemples parmi lesquels le supercalculateur Watson d’IBM. Cette machine est capable d’intégrer aujourd’hui des milliers d’informations sur l’état de santé d’un patient en quelques secondes, et d’en donner un diagnostic précis. En 2030, le Dr Alexandre prédit que Watson aura une flopée de petits frères encore plus puissants que lui, reléguant le rôle du médecin à un spectateur du diagnostic, ou du moins à un acteur du soin pratiquant des traitements dictés par autrui : le rôle de l’infirmière.

L’intelligence artificielle est en marche

J’entends déjà des voix qui s’élèvent, au nom de l’aspect humain, voire humaniste de la relation soignant-soigné, au nom du respect du libre arbitre dévolu depuis toujours au corps médical, au nom de la faculté du personnel soignant à prendre des décisions modérées par l’environnement, la criticité de l’état de santé de leurs malades, ou les réactions de la famille de ce dernier. « C’est impossible ! Entends-je, comment une machine pourrait-elle ressentir les messages envoyés par les patients les plus fragilisés, comprendre leur communication non verbale, leur montrer l’empathie dont ils ont besoin ? » Ces arguments sont évidemment tout à fait recevables et l’on a du mal à imaginer le diagnostic médical échapper, même à lointaine échéance, aux médecins. Sauf que l’on parle ici d’intelligence artificielle, une science aux progrès galopants sous l’effet notamment de la puissance toujours plus importante des calculateurs informatiques. Watson n’est pas un cas isolé. En effet, certains logiciels d’imagerie, appelés CAD, viennent déjà en aide aux praticiens pour déchiffrer certains types d’examens radiologiques et des prototypes de solutions de reconnaissance vocale vont plus loin que la retranscription de la voix, en essayant d’en comprendre le contenu. Il n’est ainsi pas impossible que la cybernétique puisse bientôt être capable de réagir aux souffrances ou aux sentiments humains afin de les atténuer.

Une cyber coordination centralisée en 2030 ?

En 2030, donc, les médecins auront le rôle des infirmiers d’aujourd’hui. Mais que deviendront ces derniers ? De simples accompagnants ou des acteurs affectés à la surveillance du fonctionnement des « robots médecins » ? Auront-ils disparu des hôpitaux, n’intervenant qu’au domicile des patients ? En 2030, les soins seront coordonnés, au niveau régional voire national, par un serveur central qui engrangera les informations et en analysera le contenu en quelques secondes, pour enfin donner ses directives en matière de flux de patients et d’affectations de postes. Il ne fait en tout cas aucun doute que la fonction de cadre de santé n’existera plus, ou sous une autre forme encore inconnue. J’entends déjà des voix : « Mais qui agira sur la motivation des personnels ? Qui gérera les conflits de personnes ? Vers qui les étudiants en difficultés se tourneront-ils ? » Le fait est que la plupart de ces missions leur ont déjà échappé partiellement. Alors, en 2030…

Bruno BENQUE
Rédacteur en chef adjoint cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com


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