Ne pas crier victoire trop vite

lundi 6 avril 2020, par Bruno Benque

La courbe des nouveaux cas de COVID-19 commence à se stabiliser et les médias vont commencer à se réjouir de cette évolution. Mais il ne faut pas crier victoire trop vite. Nous devons au contraire continuer à soutenir nos soignants, enfin reconnus par la population, et saluer leur esprit de solidarité et d’implication. Et même si les stratégies hospitalières pour contrer l’épidémie font perdre des chances aux autres malades, il nous faut souligner la fin d’une autre crise, celle des urgences...

À l’heure où nous écrivons ces lignes, nous avons largement dépassé la barre 1,2 millions de personnes déclarées positives au COVID-19 au niveau mondial.

Le nombre de nouveaux cas de COVID-19 se stabilise en France

L’Europe est la plus touchée actuellement, l’Italie et l’Espagne ayant payé un lourd tribu à la pandémie. Mais il semble, d’après les données de l’European Centre for disease prevention mises à jour le 5 avril 2020, que les courbes évaluant le nombre de nouveaux cas identifiés dans ces deux pays aient amorcé une décrue. Ce n’est pas le cas, au contraire, du Royaume-Uni et des États-Unis dont la courbe a emprunté la trajectoire des fusées de la NASA. Quant à celle de la France d’autre part, elle a abordé une trajectoire plane, signe qui peut faire entrevoir des jours meilleurs. Mais il ne faut pas crier victoire trop vite car plusieurs facteurs sont susceptibles de modérer les résultats enregistrés dernièrement.

Ne pas crier victoire trop vite

Tout d’abord parce que tous les malades du COVID-19 n’ont pas été identifiés. Il y a ceux qui sont porteurs du virus mais dont la maladie ne s’est pas encore déclarée, qui n’ont pas encore consulté ou ceux qui vivent seuls et que le confinement a exclu, pour l’instant, des statistiques. Ensuite parce que certains malades ne sont pas encore répertoriés comme tels car n’ayant pas fait l’objet d’une admission hospitalière, notamment les résidents des EHPAD, structures où le nombre de personnes infectées semble largement sous-évalué. Enfin parce que, les scientifiques en sont persuadés, même lorsque l’obligation de confinement sera levée, nous n’en aurons pas totalement fini avec l’épidémie.

Une perte de chances pour les autres malades

Le COVID-19 est donc sur toutes les lèvres, dans toutes les pensées anxieuses et remplit les colonnes des journaux ou le temps d’antenne des chaînes d’information. Mais les pathologies qu’il entraine ne sont pas les seules que les professionnels de Santé aient à traiter au quotidien, en ville comme à l’hôpital. Car les autres maladies sont encore bien présentes et font encore beaucoup de dégâts. Les maladies cardiaques, notamment, font bien plus de morts que le COVID-19 actuellement en France. D’autre part, les stratégies mises en place à l’hôpital pour contrer la pandémie, et notamment l’arrêt généralisé des programmes opératoires formalisés, font perdre des chances de guérison à nombre de patients non touchés par l’épidémie.

Les soignants enfin reconnus...mais jusqu’à quand ?

Mais l’urgence est ailleurs et les soignants ont évidemment d’autres priorités. Ils se battent au quotidien pour traiter les patients qui peuvent l’être encore – beaucoup guérissent du COVID-19 quand même -, au risque, pour la majorité d’entre eux, de leur propre Santé et souvent dans un environnement qui manque de moyens matériels et surtout humains. L’apport de professionnels issus d’autres régions moins touchées, ainsi que d’étudiants IDE ou A-S volontaires illustre, à cet égard, la philosophie altruiste et solidaire qui les anime. Alors oui, ces professionnels-là méritent les applaudissements qui leur sont adressés tous les soirs à 20h dans les villes de France, ainsi que les diverses initiatives prises en faveur d’une reconnaissance des populations, enfin exprimée. Mais en sera-t-il de même lorsque la crise sanitaire sera derrière nous ?

Reste que le COVID-19 a fait disparaître une maladie très répandue avant l’épidémie : la bobologie. Les Services d’urgences, embolisés auparavant par de nombreux patients venus chercher du réconfort – du confort ? – pour des pathologies bénignes ou inexistantes, peuvent enfin donner la pleine mesure de leur potentiel et la crise qu’ils ont connu alors s’est automatiquement éteinte. À méditer pour la suite…

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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