Les professions de santé façonnées par les logiciels

lundi 7 avril 2014, par Bruno Benque

Les technologies de l’information et de la communication sont appelées à transformer en profondeur les pratiques de tous les professionnels de santé. Déjà de nouveaux métiers apparaissent, comme la secrétaire médico-administrative, ou le coordonnateur de soins à domicile, qui en annoncent bien d’autres. Il se peut même que, paradoxalement, les services informatiques perdent quelques unes de leurs prérogatives.

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L’industrie des technologies de l’information et des communications (TIC) n’en finit plus de poser son empreinte sur le monde de la santé. C’est ainsi que les majors de la hightech et de la téléphonie inondent les écrans d’applications dédiées à la santé connectée, afin que chacun puisse mesurer ses données vitales, évaluer les progrès de son traitement, ou surveiller sa courbe de poids notamment.

Voici venu le temps de l’assistante médico-administrative

Les professionnels du monde hospitalier, et plus généralement de la prise en charge des patients, sont également concernés par l’avènement des TIC, annonçant des changements dans leurs pratiques que l’on ne soupçonnait pas il y a encore quelques mois. L’une des applications les plus impactantes dans un futur proche est la reconnaissance vocale. Cette technologie est arrivée à un point de maturité tel que les retranscriptions automatiques de données dictées approchent les 98% de textes sans erreurs. Les éditeurs de solutions de ce type en font un argument majeur de commercialisation, et promettent aux décideurs hospitaliers des gains de temps significatifs dans la transmission de l’information, une qualité de contenus accrue, et, il faut bien en avoir conscience, des effectifs réduits de secrétaires médicales à charge de travail constante. Ces dernières seront certainement, à terme, appelées à changer leurs pratiques, puisqu’elles n’auront plus à réaliser la frappe des comptes-rendus et courriers, mais à en vérifier les contenus et la cohérence, devenant dès lors des « éditrices » de documents. Elles élargiront bientôt leur champ d’activités, vers des missions de gestion administrative, ou d’assistance des patients notamment. Et déjà, un nouveau métier semble voir le jour, l’assistante médico-administrative remplaçant la secrétaire médicale.

Des débouchés pour les cadres de santé dans la coordination des soins à domicile

Dans un tout autre registre, le suivi des patients, en sortie d’hospitalisation et dans les autres circonstances de prise en charge à domicile, sera fortement impacté par les TIC. Comme nous avons pu le décrire dans un précédent article, la coordination de tous les intervenants susceptibles d’interagir dans ce champ pose aujourd’hui problème. Les médecins, infirmiers, autres paramédicaux, mais aussi les aidants, gestionnaires de matériel médical à domicile, agents de ménage doivent pouvoir s’appuyer sur des outils formalisés et informatisés afin que chaque prestation soit réaliséepar le bon acteur au bon moment. Les éditeurs de solutions l’ont bien compris, et mettent en place des plates formes électroniques mutualisées, destinées à améliorer la coordination de ces activités. Mais cela nécessitera aussi une participation humaine, par l’intermédiaire d’un coordonnateur de prise en charge à domicile, gestionnaire de plate forme de suivi du parcours de soins, une fonction qui devrait offrir quelques débouchés intéressants aux cadres de santé désireux d’élargir leur champ de compétences.

Paradoxalement, les services informatique hospitaliers seront aussi touchés

C’est enfin la gestion des informations médicales qui devrait connaître, dans un futur proche, des changements importants. La dématérialisation des données de santé, les dossiers patients informatisés, la production exponentielle de données images, issues de l’imagerie en coupe notamment, représentent un réel problème pour les décideurs hospitaliers. Le volume de données générées implique l’acquisition et la maintenance de serveurs de plus en plus importants et de plus en plus en plus coûteux. Il devient nécessaire d’externaliser la gestion de ce volume d’informations par l’utilisation du cloud, ce qui donne une nouvelle opportunité aux industriels des TIC de proposer leurs services. C’est ainsi que les demandes d’accréditation d’hébergeur de données de santé affluent au siège de l’ASIP Santé. Cette tendance est accentuée par la mise en place du DMP, qui vise à mettre à disposition du patient, et des soignants impliqués dans sa prise en charge, l’ensemble de ses informations médicales. Si les services informatiques hospitaliers, à l’avenir, n’ont plus à se préoccuper des matériels d’archivage ni de la gestion des informations patients, les professionnels du secteur verront, eux aussi, leurs missions évoluer sensiblement, les DSI perdant quant à eux une partie de leur influence.

Le changement est en marche et TIC transforment notre vie de tous les jours, surtout dans les situations de travail. Ces quelques exemples de professionnels de santé ne seront bien sûr pas les seuls à voir leurs pratiques évoluer significativement dans un proche avenir. Mais, si certains d’entre eux sont déjà impactés par cette révolution, il n’est pas sûr que des freins au changement ne contraignent les autres au statut quo, par le biais, notamment, de l’action des partenaires sociaux qui défendront bec et ongles les emplois perdus au profit des machines. L’affrontement TIC/Syndicats ne fait que commencer...

Bruno BENQUE
Rédacteur en chef cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com


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