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Les personnels administratifs vont-ils nous phagocyter ?

lundi 13 janvier 2014, par Bruno Benque

Les fonctions dites administratives se sont multipliées au cours des dernières années dans les structures sanitaires, alors que les soignants ne sont pas toujours en nombre suffisant. Ces emplois, considérés comme non productifs par l’anthropologue David Graeber, répondent à une nécessité dans l’évolution du système de santé en général, mais sont trop éloignés du terrain et semblent avoir pris une partie des prérogatives des cadres de santé. Cela est une des raisons de la baisse de leur influence et du manque de reconnaissance dont ils font l’objet.

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Dans un article paru dans le dernier hors série du magazine Alternatives Économiques, l’anthropologue et économiste américain David Graeber avance une thèse selon laquelle les progrès de la technologie, au lieu de limiter le temps de travail de tout un chacun, aurait au contraire multiplié des emplois non productifs, dont certains même seraient inutiles.

Les barreaux de l’échelle se multiplient

Si l’effondrement du nombre d’emploi d’ouvriers dans l’agriculture et l’industrie est un fait entendu, les emplois de services qui se sont développés à la faveur de la montée du secteur tertiaire, et des activités de loisirs en particulier, sont considérés comme productifs par David Graeber. Les métiers que ce dernier vilipende appartiennent à la multitude de fonctions administratives, qui se sont intercalées dans la hiérarchie des entreprises, comme autant de barreaux supplémentaires entre le haut et le bas de l’échelle. Selon lui, les personnels des relations publiques, des ressources humaines, des services financiers ou juridiques, voire les cadres, sont trop nombreux. Pire, il avance que la plupart d’entre eux pensent qu’ils accomplissent des missions qui ne sont pas indispensables !

Les administratifs trop nombreux dans la santé ?

Au plan économique, David Graeber remarque que cet état de fait n’est pas compatible avec un système capitaliste et qu’il est en partie responsable de la mauvaise santé des entreprises, qui emploient, de fait, trop de personnels. Il avance également que lorsque les entreprises sont en difficulté, les personnels dits productifs sont les premiers touchés par les restructurations. Ce raisonnement semble, à première vue, cohérent. Mais il ne prend pas en compte les parts de bénéfices prises par les actionnaires, qui plombent également le fonctionnement industriel, d’une part, ni le fait que si ces emplois dit non productifs étaient supprimés, les chiffres du chômage exploseraient. Mais le texte de David Graeber nous interpelle aujourd’hui car, dans ce contingent, il place les services administratifs dans l’éducation et...la santé.

Une évolution nécessaire, mais quelle est la limite ?

Cela nous ramène au terrain, où les soignants se plaignent souvent de n’être pas assez nombreux pour accomplir leur tâche, alors qu’ils voient arriver, dans les établissements de santé, toujours plus d’employés administratifs dont ils ne savent plus trop pourquoi ils sont là. Le système sanitaire a changé, ces dernières années, avec la volonté des tutelles de limiter les coûts de fonctionnement ou de formaliser la qualité des soins. Celle-ci, outre le fait qu’elle répond à la tendance de « l’ouverture de parapluie généralisé », permet, nous ne le discutons pas, d’optimiser les compétences et les organisations notamment. Mais est-il vraiment nécessaire d’empiler les emplois sur des postes qui sont si éloignés des patients, alors que la pénurie de professionnels de santé n’en est qu’à ses balbutiements ?

Les responsabilités du cadre de santé se sont morcelées petit à petit

En poussant la réflexion un peu plus loin, qu"en est-il des cadres de santé ? David Graeber les considérerait-il comme des administratifs non productifs ? Leur position proche du terrain et leur histoire professionnelle permettent-elles de les placer de l’autre côté de la barrière ? La question n’est pas tranchée. Toujours est-il que, si les barreaux de l’échelle hospitalière sont si nombreux, c’est peut-être qu’ils ne se sont pas montrés capables, par manque de conviction, de volonté, ou tout simplement de moyens, d’assumer certaines responsabilités à l’époque où c’était encore possible. Contrôler et faire respecter la continuité des soins, assurer les missions d’un service avec des moyens matériels et humains adaptés, mais aussi défendre les collaborateurs face aux attaques ou aux sollicitations extérieures, sont autant de compétences qui n’ont que partiellement été mises en œuvre, favorisant ainsi le morcellement de leurs missions.

A l’heure où notre fonction souffre d’un manque de reconnaissance évident, où les élites du métier se creusent les méninges pour accoucher d’un nouveau référentiel de formation, il serait peut-être temps de reprendre les rennes de notre traîneau, pour réduire le risque que le cadre de santé ne disparaisse après avoir été phagocyté par des personnels administratifs non productifs...

Bruno BENQUE
Rédacteur en chef adjoint cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com


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