Les passerelles de l’incompétence

lundi 15 mai 2017, par Bruno Benque

Ainsi donc la Loi permettra bientôt à des profils très différents d’accéder à la deuxième année, voir à la troisième année d’études de médecine. Des étudiants déconnectés du monde de la santé passeront dès lors outre le concours de la PACES qui est sensé équiper les aspirants médecins des bases scientifiques et humaines nécessaires à la maîtrise de cet environnement particulier. On peut dès lors s’interroger sur le niveau des praticiens qui seront ainsi créés.

Dans un contexte de pénurie médicale et de développement des maladies chroniques, les organismes de tutelle cherchent des solutions pour augmenter les effectifs médicaux à moyen terme.

De nouveaux profils accédant aux deuxième et troisième années de médecine

L’augmentation des numérus clausus, qui n’aura d’effet que dans une dizaine d’années, ou les mesures visant à favoriser l’installation des praticiens dans des zones touchées par la désertification médicale et où la continuité des parcours de soins n’est pas assurée, participent de cette volonté. Mais plus récemment, un arrêté ministériel introduisant dans la loi des passerelles vers la deuxième ou la troisième année d’études de médecine, a ouvert la voie à de nouveaux profils de candidats médecins, parmi lesquels les professionnels paramédicaux.

Une passerelle pour des étudiants déconnectés du monde de la santé

Mais cette évolution n’est susceptible de toucher qu’un nombre limité de soignants car cet arrêté fait état, pour qu’ils puissent bénéficier des dispositions qu’il contient, de justifier d’un diplôme de grade Master et d’au moins trois ans d’études supérieures. Autant dire que le filtre à l’entrée sera très sélectif. D’autre part, le texte de Loi ouvre également la passerelle à des profils très variés et totalement déconnectés du monde de la santé, du moment qu’ils justifient d’un cursus universitaire validé par un grade de master. On risque donc de voir débouler, dans les promotions d’étudiants en médecine, et donc dans les services de soins, des aspirants praticiens n’ayant pas les savoirs de base requis.

Les apports scientifiques et humains du PACES

Car en effet, si le PACES est aussi difficile à obtenir, c’est bien sûr que la concurrence pour ce concours est très vive, mais aussi que le volume de connaissances qui y est dispensé est extrêmement fourni et prépare les étudiants à appréhender au mieux les composantes scientifiques et humaines du monde sanitaire. Nous avons assez souvent, dans nos colonnes, discuté la pertinence de confier à des diplômés de l’EHESP issus de science Po ou d’HEC les postes de Directeurs d’établissements de santé. Si la plupart sont assez ouvert pour appréhender le climat particulier de l’hôpital et la philosophie des pratiques soignantes, certains s’en affranchissent, ce qui est en partie responsable du mal-être soignant que l’on connaît depuis quelques années.

La communauté médicale sans réaction... pour l’instant

Ce type de problème risque donc de se déplacer sur le champ scientifique, avec des aspirants médecins ne possédant pas le socle de connaissances minimal pour pouvoir acquérir les compétences nécessaires à une pratique médicale de qualité. Ceci est d’ailleurs vrai pour les candidats issus des rangs soignants, qui auront, pour la plupart, acquis leur master grâce à une hyperspécialisation mais pour lesquels ces bases ne seront vraisemblablement pas acquises. Reste à savoir ce q’en pensent les sociétés savantes médicales. Elles n’ont, à notre connaissance, pas encore réagi, mais cela ne saurait tarder…

Bruno Benque
Rédacteur en chefwww.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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