Les IDE et IPA pour réhumaniser le colloque singulier ?

lundi 1er février 2021, par Bruno Benque

La pratique de la télémédecine a explosé depuis le début de la crise sanitaite et a engendré des taux de satisfaction records chez les patients y ayant eu recours. Cette discipline a en effet rendu bien des services dans ce contexte particulier mais il ne serait pas pertinent de la généraliser lorsque la pandémie sera derrière nous. Car elle suscite quelques craintes, peut générer des erreurs et déshumanise le colloque singulier. Un manque que pourraient combler les IDE et IPA si ils pouvaient étendre certaines de leurs prérogatives...

La crise sanitaire a exacerbé, depuis près d’un an maintenant, les pratiques faisant appel aux télécommunications et visioconférences en tous genres.

L’explosion des pratiques de télémédecine durant la crise sanitaire

Les recommandations liées à la distanciation physique ont en effet résolu le consommateur à ne plus se rendre dans ses boutiques préférées, mais à commander à distance, à faire ses courses de première nécessité via les « Drive » ou par livraison à domicile, voire à visiter les musées de manière dématérialisée à travers son écran d’ordinateur. Ces usages étaient déjà bien présents avant la pandémie et ont augmenté de façon significative, une progression sans commune mesure avec celle qu’ont connu les pratiques de télémédecine. Ces dernières ont en effet explosé, alors qu’elles suscitaient des craintes dans une partie de la population auparavant.

Un important taux de satisfaction chez les patients y ayant eu recours

Le récent Baromètre Télémédecine commandé par l’Agence du Numérique en Santé (ANS) à l’institut Odoxa illustre cette tendance. On y apprend par exemple que les usages de la télémédecine ont été multipliés par trois pour les patients et par six pour les médecins généralistes. La France est ainsi l’un des pays d’Europe les plus favorables, avec 73% d’opinions positives. Et, pour les personnes y ayant eu recours au moins une fois, elles sont satisfaites à 88%. Il est vrai que les téléconsultations permettent aux patients de gagner du temps, en évitant les déplacements et la stagnation dans les salles d’attentes souvent bondées, surtout dans le contexte actuel. Elles sont très utiles également dans les déserts médicaux - 36% des sondés déclarent habiter loin du cabinet de leur médecin - ou dans les protocoles de suivi de traitements.

Un enthousiasme qu’il est urgent de modérer

Mais il faut toutefois tempérer cet enthousiasme général et prévenir certains risques ou certains effets indésirables. Car certes, médecins et patients gagnent du temps dans leurs vies quotidiennes mais le son de cloche n’est pas le même du côté des patients qui nécessitent une consultation classique. Leur praticien, qui étaient presque toujours disponible, réserve des plages de plus en plus nombreuses à la pratique en distanciel au détriment du présentiel. D’autre part, la téléconsultation ne peut pas remplacer le sacro-saint Colloque singulier, car il est susceptible de générer des erreurs diagnostiques, par une évaluation incomplète de l’état de Santé du patient, notamment par l’absence de palpation. Et que dire des pseudo-consultations qui se pratiquent sans avoir recours à l’image du patient, comme c’est le cas dans 33% des cas, selon le sondage cité plus haut ?

Les IDE et IPA à la rescousse pour réhumaniser le colloque singulier ?

Il est en tout cas un sentiment partagé par la majorité des patients n’ayant jamais eu recours à la télémédecine, à savoir la déshumanisation des relations patient-médecin - 65% des personnes interrogées -. Il y a là certainement un champ à explorer pour les infirmiers libéraux, mais plus encore pour les infirmiers de pratique avancée. Leur expertise pourrait rétablir le taux de consultations réelles, notamment pour le suivi de tous types de traitements ou pour la prévention, un domaine encore trop peu développé en France. Le concept de Maison de Santé dans lesquelles elles auraient des prérogatives étendues serait à n’en pas douter une bonne alternative à des téléconsultations réalisées dans des conditions sommaires, sinon incomplètes.

La téléconsultation a rendu, et rend encore de précieux services à la population dans le contexte de crise sanitaire. Mais il ne serait pas pertinent de la généraliser sans encadrer ses usages lorsque, très bientôt espérons-le, la pandémie sera passée.

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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