Les chefs de pôles voudraient manager !

mardi 25 mars 2014, par Bruno Benque

Après plusieurs années de fonctionnement, l’organisation en pôles des établissements de santé est jugée globalement positive par les conférences hospitalières. Celles-ci proposent tout de même quelques axes de progrès, comme le retour de l’expression des personnels au sein des pôles. Ils évoquent également une nécessaire formation des chefs de pôles au « management participatif ». N’est-ce pas faire fi du rôle tenu par les cadres de pôles ?

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Les conférences hospitalières, représentées par les présidents des instances représentatives des directeurs d’hôpitaux et des présidents de CME des centres hospitaliers généraux, hospitalo-universitaires ou spécialisés, ont rédigé un rapport commun, en juin 2013, à la demande de la Ministre des Affaires Sociales et de la Santé. Ce document avait pour but de réaliser un bilan et une évaluation du fonctionnement des pôles dans les établissements de santé après quelques années de fonctionnement .

Favoriser l’expression interne au sein des pôles

Le contenu de ce rapport a été publié le 19 mars 2014, présentant un retour globalement positif des différentes enquêtes menées dans l’ensemble des structures hospitalières françaises. Mise en place dans les années 2000 et formalisée dans la loi HPST du 17 juillet 2009, l’organisation en pôles des établissements de santé était notamment sensée décloisonner des services et unités de soins trop refermés sur eux-mêmes, pour les faire participer avec plus de cohérence au projet d’établissement. Au moyen du collège des chefs de pôles, ainsi que d’objectifs communs intégrés dans les contrats de pôles, une certaine cohérence institutionnelle devait être préservée et renforcer l’homogénéité des structures hospitalières. Certains diront que les cloisons existent toujours, et qu’elles ont juste été déplacées pour « agrandir les pièces », ouvrant la voie à un phénomène de « Balkanisation » des pôles, mais ce n’est pas notre propos aujourd’hui. La loi HPST avait également rendu les conseils de pôles inopérants, alors qu’ils représentaient un moyen important de concertation sociale et de prise de parole des personnels. Le rapport cité en objet, parmi les 19 propositions qu’il soumet à la Ministre pour améliorer le dispositif, souhaite qu’il soit rétabli sous une autre forme, appelée « réunion de concertation au sein des pôles ».

Les chefs de pôles souhaitent faire du « management participatif » !

A première vue, cette initiative ressemble à s’y méprendre au conseil de pôle sus-cité, sauf qu’il serait organisé localement, au niveau des établissements eux-mêmes, et qu’il n’apparaîtrait plus dans la loi mais dans le projet social de chaque hôpital. Nous ne pouvons qu’adhérer à ce projet, les outils d’expression des personnels, tant médicaux que paramédicaux, n’étant pas très nombreux par les temps qui courent. Le deuxième point ayant retenu notre attention dans ce rapport vient du fait que ses auteurs souhaitent que les chefs de pôles puissent bénéficier de formations au « management participatif », afin de mieux assumer leur rôle. Cette proposition semble quelque peu surprenante, car le management est sensé faire partie des prérogatives du cadre de pôle dans le champ qui nous intéresse. L’Article 13 de la loi HPST stipule en effet que le chef de pôle est assisté par des personnels d’encadrement du pôle. A moins que le management évoqué ici ne prenne en compte que les équipes médicales, ce qui serait quelque peu réducteur. D’autre part, le terme « management participatif », n’a de toute évidence pas de signification précise, puisque le management, tel qu’il est décrit depuis longtemps, est, de fait, participatif, puisqu’il doit prendre en compte, entre autres, le feedback des personnes managées. Cela confirme effectivement que les chefs de pôle ont besoin d’être formés pour dénommer précisément certains concepts !

Mais que font les cadres de pôles ?

Le fait est que le rapport dont il est question aujourd’hui ne mentionne à aucun moment le cadre de pôle. Tout au long des 32 pages, des sept constats et des 19 propositions que comporte ce document, pas une fois il n’est fait état d’un quelconque cadre de santé supérieur, cadre de pôle, ou toute autre appellation pouvant ressembler, de près ou de loin, à cette fonction, si ce n’est par l’évocation timide du trio de pôle. Cela ne sonne-t-il pas comme un désaveu flagrant pour les personnels paramédicaux en charge de la gestion des ressources humaines et des compétences dans les pôles d’activité ? Ils semblent transparents, insignifiants, de même que les cadres administratifs d’ailleurs, indignes de figurer parmi les acteurs participant au succès de l’organisation en pôles des établissements de santé, pas plus que parmi ceux nécessitant un réajustement de leurs missions dans le but d’en améliorer l’efficacité. Car pour sûr, une bonne volée de critiques, si forte soit-elle, vaut mieux que le mépris affiché par les responsables des conférences hospitalières dans ce rapport...

Bruno BENQUE
Rédacteur en chef adjoint cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com


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