La liste à la Prévert des États Généraux infirmiers

lundi 5 octobre 2020, par Bruno Benque

Les États Généraux infirmiers ont abouti à une liste à la Prévert de revendications qui ne semblent pas toutes pertinentes. Est-ce pour contenter les 34 organisations infirmières qui participaient à cette réflexion ? Il s’agit plus vraisemblablement d’adopter une stratégie consistant à demander beaucoup pour obtenir peu. L’expérience a montré que les niveaux de résistance sont très forts…


Les États Généraux infirmiers qui se sont déroulés le 1er octobre 2020 avaient réuni quelques 34 organisations infirmières. De cette initiative sont sorties 25 mesures destinées à être intégrées au Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale.

Instituer une consultation de premier recours dans les services d’urgences

Ces propositions ont tout d’abord tenté d’influer sur un changement de statut des personnels infirmiers, par une modification du Code de la Santé Publique, dans le but de faire reconnaître l’infirmier « comme professionnel de Santé à part entière », et non plus comme « auxiliaire médical ». Cette demande semble d’emblée manquer de cohérence, les auxiliaires médicaux étant déjà considérés, sauf erreur de notre part, comme des professionnels de Santé. Ce qui semble plus pertinent par contre, c’est l’appel à instituer une consultation infirmière de premier recours pour la prise en charge des affections bénignes, ou des petites plaies dans le but de décharger les servi-ces d’urgences. De même que, pour favoriser la lutte contre la douleur et réduire les risques de l’automédication, l’autorisation de la prescription infirmière des antalgiques mineurs.

Promouvoir la recherche infirmière et les enseignants chercheurs

Sur le champ de l’enseignement, les États Généraux infirmiers ont fait valoir la nécessité d’harmoniser les formations des IBODE, IPDE et cadres de santé et de les faire reconnaître au grade master afin d’intégrer les préconisations de la commission européenne qui objectivent quelques 120 ECTS ainsi qu’une durée de formation de 2 ans. Si cette demande tombe sous le sens étant donné d’une part, le niveau de grade licence des paramédicaux non spécialisés et, d’autre part, l’utilité d’un passage à deux ans pour la durée de formation pour ces métiers, les évolutions espérées sont loin d’aboutir aujourd’hui. Sur le champ des cadres de Santé, on le sait, les discussions sur ce thème ont débuté il y a presque dix ans sans qu’un consensus n’ait pu être obtenu.

Quant à l’universitarisation de la formation infirmière, elle doit assurer, demandent les porte-parole des États Généraux infirmiers, des ECTS acquis, transférables et mobilisables tout au long du parcours de formation universitaire et faire en sorte de développer et promouvoir la recherche en science infirmière avec, en parallèle, le déploiement de docteurs en sciences infirmières et leurs habilitations à diriger des recherches.

S’élever au rang du médecin de famille ?

Mais les revendications ne s’arrêtent pas là. Elles souhaitent que de nouvelles spécialités soient créés dans le champ de la pratique avancée, pour les exercices spécifiques. L’acquisition des compétences nécessite, disent-ils, une approche par spécialités sanctionnées par un master, en Santé pour l’éducation nationale ou en Santé au travail par exemple, voire sur dans d’autres champs en fonction des besoins populationnels. Dans le même ordre d’idées, l’infirmier se voit aujourd’hui comme « l’acteur essentiel en matière de gestion des risques inhérents à la prise en soins des patients et/ou des populations », comme compétent pour assurer une couverture vaccinale autonome ou comme référent de famille en complète autonomie dans les soins de premiers recours. De quoi remplacer le médecin généraliste dans les déserts médicaux. Voilà qui devrait plaire à l’Ordre des Médecins…

Les demandes listées lors de ces États Généraux sont, vous l’aurez compris, nombreuses et variées. De quoi satisfaire les 34 organisations représentées, un chiffre qui semble, bien que la profession rassemble quelques 700 000 personnes, bien trop élevé pour porter un message unitaire et rester dans la limite du réalisable lorsque l’on diffuse des revendications. Mais il est vrai que, pour obtenir un peu, il faut demander beaucoup. Et cette stratégie n’est pas dénuée de bon sens lorsque l’on connaît le niveau de résistance du corps médical dans ce domaine.

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


Partager cet article

TOUT L’ÉQUIPEMENT DES CADRES DE SANTÉ

IDE Collection a regroupé tout le matériel nécessaire au management de vos équipes : livres, revues, fournitures, stylos, tenues, idées cadeaux...

Découvrir nos produits

Vous recrutez ?

Publiez vos annonces, et consultez la cvthèque du site EMPLOI Soignant : des milliers de profils de soignants partout en France.

En savoir plus