Le lancement du Ségur de la Santé déçoit les paramédicaux

mardi 2 juin 2020, par Bruno Benque

Alors que le Premier Ministre a clamé haut et fort que les professionnels paramédicaux feraient l’objet d’une revalorisation salariale significative, il ne les a pas invités à participer aux groupes de travail du « Ségur de la Santé » qui traiteront du sujet. Cette attitude a provoqué de l’incompréhension dans le camp des soignant qui l’ont fait vertement savoir. Espérons qu’il ne s’agit pas d’une nouvelle campagne de communication du Ministère à la manière « coquille vide ». Car si tel était le cas, gare à la rentrée sociale...

La grande concertation, dénommée Ségur de la Santé, voulue par le gouvernement pour tenter de réformer la gouvernance des hôpitaux et remettre à plat les salaires et les conditions de travail des personnels hospitaliers et des établissements médico-sociaux, a donc débuté le 25 mai 2020 par une visioconférence réunissant quelques 300 personnes triées sur le volet et animée par le Premier Ministre.

Des représentants paramédicaux au silence forcé

Les organisateurs avaient fait le choix d’inviter des personnalités représentatives des grands syndicats, des fédérations hospitalières, des praticiens hospitaliers, des professionnels de Santé de ville, de l’ARS d’Île-de-France, des maires de France (François Barouin) et des associations de patients, soit une quinzaine de personnes qui ont eu droit à la parole lors de cette session initiale du Ségur de la Santé. Un panel on ne peut plus large – trop large dirons certains – pour parler de la vie de l’hôpital. Étaient présents également, entre autres, les Conseils Nationaux Professionnels médicaux et paramédicaux qui, eux, n’ont pas eu le loisir de s’exprimer. Eux qui pensaient qu’ils seraient au centre des débats, ou du moins en première ligne dans les problématiques à traiter, ont dû rapidement déchanter.

Des groupes de travail sans les professionnels paramédicaux

Les réactions hostiles ne se sont donc pas faites attendre, à l’image du Syndicat National des Personnels Infirmiers (SNPI) qui parle de mascarade, ou de ces rassemblements de soignants, spontanés ou non, devant certains hôpitaux parisiens ou sous les fenêtres du siège de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP). Car, non seulement ils n’ont pas pu s’exprimer lors de cette première réunion, mais, de plus ils n‘ont pas été intégré aux deux groupes de travail formés pour l’occasion, à savoir le Comité national de suivi du Ségur de la Santé et le groupe « Carrières et rémunérations ». Cela paraît tout à fait singulier, pour ne pas dire incompréhensible, dans la mesure où le gouvernement a ouvertement exprimé son intention de réévaluer significativement leurs grilles salariales. Alors que les soignants ont soutenues par la population en tant que personnes les plus exposées, au plus fort de la pandémie de coronavirus, ils ne seront pas conviés aux négociations sur leurs futures rémunérations…

Des indices qui appellent tout de même à l’optimisme

Nous pouvons dès lors formuler trois hypothèses pour expliquer cette absence. La première consiste à penser que le Premier Ministre, qui a annoncé, sur le thème des salaires des professionnels paramédicaux : « Sur ce point, je le dis sans ambiguïté, la revalorisation sera significative », considère que la cause est entendue et que les négociations doivent se tenir seulement avec les grosses cylindrées syndicales. C’est passer sous silence les attentes spécifiques des personnels spécialisés notamment qui réclament depuis des mois des émoluments à la hauteur de leurs compétences et qui ne seront pas défendus de manière pertinente. La deuxième hypothèse nous amène à considérer que les représentants de soignants seront reçus dans le groupe carrières et rémunérations au fil de l’eau, tout au long du processus de concertation qui se terminera à la mi-juillet. C’est ce qui devrait normalement se passer, sans faire preuve de trop d’optimisme.

Si les changements ne sont pas significatifs, gare à la réponse sociale

La troisième hypothèse nous conduit évidemment à constater que rien de changera vraiment, que ce Ségur de la Santé n’est rien moins qu’une action de communication de type « coquille vide », comme le Ministère des Solidarités et de la Santé en mène régulièrement pour noyer le poisson paramédical. Les soignants seraient ainsi, une nouvelle fois, les dindons de la farce gouvernementale et n’obtiendraient que des miettes d’augmentation salariale et d’amélioration des conditions de travail. Si tel était effectivement le résultat de cette grande concertation, qui n’en aurait que le nom, nous nous préparerions à une rentrée une nouvelle fois très mouvementée sur le champ social. Au risque, cette fois-ci, de les voir paralyser le système de Santé de manière durable. Les réponses sont fermement attendues pour la mi-juillet. Espérons qu’elles seront enfin favorables aux personnels paramédicaux de toutes les filières.

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


Partager cet article

TOUT L’ÉQUIPEMENT DES CADRES DE SANTÉ

IDE Collection a regroupé tout le matériel nécessaire au management de vos équipes : livres, revues, fournitures, stylos, tenues, idées cadeaux...

Découvrir nos produits

Vous recrutez ?

Publiez vos annonces, et consultez la cvthèque du site EMPLOI Soignant : des milliers de profils de soignants partout en France.

En savoir plus