Le corporatisme est-il de retour ?

lundi 1er février 2016, par Bruno Benque

Alors que l’Ordre des médecins prône la coopération entre les personnels de santé pour améliorer le système global de soins, le SNPI y voit plutôt une tentative de prise de pouvoir médical sur les autres filières. Cette vision corporatiste des événements va à l’encontre de l’interdisciplinarité souhaitée par tous.

Une bonne prise en charge des patients passe par des actions coordonnées et interdisciplinaires des professionnels de santé, selon le slogan ministériel en vogue.

Recrudescence des corporatismes

On nous parle en effet, depuis des années, du décloisonnement des services au sein des hôpitaux. On nous dit que les établissements de soins doivent s’ouvrir vers leur environnement, leur bassin de population, ou les cabinets soignants privés. On entend des discours qui prônent la coopération entre les professionnels de santé, la coordination de la prise en charge des patients ou les transferts de compétences. La tendance est donc résolument orientée vers une synergie des forces vives sanitaires centrées sur le patient. Mais malheureusement, force est de constater que les professionnels de santé n’ont jamais semblé aussi corporatistes qu’aujourd’hui, quelques prises de position récentes en attestent.

Le CNOM prône la coopération inter-professionnelle

Pourtant, le corps médical, dans le Livre blanc « Pour l’avenir de la Santé » édité récemment par le Conseil National de l‘Ordre des Médecins (CNOM), émet quelques propositions susceptibles de réunir la grande famille des soignants, notamment en généralisant la mise en place d’une première année d’études commune. Ce document, présenté lors de la Grande Conférence de Santé des 23 et 24 janvier 2016, prône en particulier le décloisonnement des parcours professionnels ainsi que « la mobilité et la coopération inter et intra-professionnelle ». Cette position devrait réjouir les personnels paramédicaux, parmi lesquels certains attendent cette évolution depuis le Rapport du Pr Yvon Berland de 2003.

Contestation au sein du SNPI

Mais malheureusement, une partie de la représentation infirmière ne le voit pas du même œil, souhaitant se démarquer du corps médical, d’une part, et voir chaque filière soignante garder son cœur de métier particulier, d’autre part. C’est, en substance, ce que relate Thierry Amouroux, le Secrétaire Général du Syndicat National des Personnels Infirmiers (SNPI) dans un communiqué édité en réaction au Livre Blanc du CNOM. Il craint en effet que les étudiants issus de la première année du PACES ne choisissent la filière infirmière par dépit ou que les soignants ne doivent obéir « aux ordres du CNOM ». Il ajoute que cette disposition « irait à l’encontre de l’approche par compétences des nouveaux référentiels de formation issus de la réforme LMD des professions de santé ».

Intégrer les compétences pour favoriser l’interdisciplinarité

Pourquoi autant de suspicion de la part du corps infirmier envers une philosophie qui prône le vivre ensemble et la recherche de synergies pour le bien des patients ? Les personnels infirmiers considèrent-ils leurs missions plus importantes que les autres, au point de ne pas répondre favorablement à l’appel conciliant des médecins, voire ne pas vouloir se mélanger avec des collègues exerçant des tâches secondaires ? S’ils donnent autant de crédit à « l’approche par compétences », pourquoi les IBODES œuvrent-ils en sous main depuis des années pour bouter les manipulateurs radio hors des blocs opératoires afin de réaliser eux-mêmes les acquisitions radiologiques pour les actes chirurgicaux radioguidés, au mépris des dispositions réglementaires assurant la radioprotection des professionnels et des patients ? Leurs référentiels sont-ils si pauvres qu’il ne faille trouver de nouvelles compétences pour les étoffer ? Ou pensent-ils que les compétences des manipulateurs n’en sont pas vraiment et peuvent s’acquérir sur le tas ?

Thierry Amouroux pointe, dans son communiqué, l’importance de « renforcer, dans chaque filière, l’interdisciplinarité et la transdisciplinarité ». Ces deux notions ne sont applicables que si les compétences des uns et des autres sont intégrées, et non pas quand les compétences des uns phagocytent celles des autres. Il serait préférable que chacun s’approprie cette philosophie au lieu de défendre son pré carré coûte que coûte.

Bruno Benque
Rédacteur en chef cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com


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