Le bouche-à-bouche bientôt réprimandé ?

lundi 14 décembre 2015, par Bruno Benque

Alors que les défenseurs acharnés des droits des patients, soutenus par la Ministre, ont mis en cause des pratiques pédagogiques médicales de touchers vaginaux et rectaux, la communauté médicale s’est montrée étonnamment silencieuse pour défendre les accusés. Le principe de précaution gagne encore du terrain et il faut peut-être désormais prendre garde de pratiquer le bouche-à-bouche en urgence.

Les événements tragiques du 13 novembre ont, à juste titre, accaparé le paysage médiatique, reléguant au second plan l’ensemble des autres sujets d’actualité, mis à part la COP 21 et les élections régionales. Ils ont notamment éteint provisoirement la polémique créée par l’intervention de la Ministre Marisol Touraine sur l’affaire des touchers vaginaux et rectaux des étudiants en médecine lyonnais.

Un collectif dénonce des pratiques pédagogiques médicales

Rappel des faits : le 6 février 2015, un collectif de médecins, de journalistes et de féministes publie une tribune afin d’interpeler les Ministres des Affaires sociales et de la Santé ainsi que de l’Enseignement supérieur sur les pratiques de toucher vaginal ou rectal demandées aux étudiants médecins à des fins pédagogiques. L’argument principal des membres du collectif, auteur également d’une pétition recueillant 7 500 signatures, fait état de gestes diagnostics qui se pratiquent, au sein de l’Université Claude Bernard Lyon 1, sur des patients endormis au bloc opératoire et faisant dès lors fi du consentement éclairé.

Une atteinte aux droits des patients selon la Ministre

Le 27 octobre, le Président de la Conférence des doyens de facultés de médecine, le Pr Jean-Pierre Vinel, remet à Marisol Touraine un rapport qui confirme que ces actes sont pratiqués fréquemment et que le consentement éclairé n’est pas toujours demandé. La Ministre sort alors la grosse artillerie médiatique pour dénoncer ce qu’elle qualifie de « très préoccupant », affirmant que « l’État sera d’une extrême fermeté devant ces pratiques inacceptables, qui portent atteinte à l’intégrité du cops humain et aux droits fondamentaux des patients ». Le mot est lâché : le droit des patients ! Celui que l’on ressort lorsque l’on veut se montrer proche des gens et assurer qu’on les défend contre vents et marées, à grands coups de démagogie.

Des pratiques nécessaires à la formation des soignants

Les étudiants en médecine, comme leurs collègues infirmiers d’ailleurs, n’auraient donc plus le droit de réaliser des actes qui, s’ils sont effectivement à ranger dans la case des gestes impliquant l’intimité des patients, sont nécessaires à leur formation et font partie intégrante des compétences qu’ils ont à acquérir afin d’assurer une prise en charge de qualité à leurs futurs patients. Après la faillite annoncée des organismes de DPC et les réglementations drastiques qui entourent désormais les participations des professionnels aux journées scientifiques, voilà une prise de position qui résonne comme un nouveau pas en arrière dans ce domaine.

La politique de l’autruche de la communauté médicale

Le fait que des médecins fassent partie du collectif par qui la polémique est née pose problème, car on n’ose pas imaginer qu’ils n’aient pas eux-mêmes pratiqué de toucher vaginal ou rectal au cours de leurs études de médecine, que les patients soient endormis ou non. Mais ce qui est encore plus problématique à notre goût, c’est que, hormis le vice-Président du Syndicat national des gynécologues-obstétriciens Bertrand de Rochambeau, la communauté médicale s’est montrée particulièrement silencieuse, appliquant consciencieusement la politique de l’autruche alors qu’elle est mise en cause et menacée de poursuites pénales par le Ministère de tutelle si ces pratiques venaient à perdurer.

Le bouche-à-bouche bientôt réprimandé ?

Le principe de précaution marque donc encore des points, dans un contexte de désenchantement des personnels soignants et de difficultés quant à l’attractivité des métiers sanitaires. Les défenseurs acharnés des droits des patients risquent de voir leurs initiatives se retourner quelquefois contre eux. Car, si on continue comme ça, le jour où ils auront besoin d’une réanimation en urgence par bouche-à-bouche, les professionnels de santé vont réfléchir à deux fois avant de pratiquer cette technique de peur d’être accusés de l’acte du « baiser forcé ». Il sera alors trop tard pour eux…

Bruno Benque

Rédacteur cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com


Partager cet article

Formation continue

Formations professionnelles en ligne pour les soignants : Alzheimer, transfusion, hygiène, douleur, calculs de doses...

Découvrir les formations

Vous recrutez ?

Publiez vos annonces, et consultez la cvthèque du site EMPLOI Soignant : des milliers de profils de soignants partout en France.

En savoir plus