La fausse note du Pr Olivier Claris

lundi 5 décembre 2022, par Bruno Benque

Alors qu’il avait tenu un discours pour le moins consensuel, à l’occasion de la session inaugurale des 30èmes Journées des cadres de santé organisées par l’ANCIM, le Pr Olivier Claris a fait une fausse note. En déclarant que c’est au chef de service de choisir son cadre, il a suscité, on s’en doute, la désapprobation de l’assistance. Et même s’il a tenté d’atténuer ses propos, il semble bien que la gouvernance des hôpitaux médico-centrée ait de beaux jours devant elle...

La gouvernance des hôpitaux est une thématique largement commentée depuis que les réformes du système de Santé animent les débats entre les ministres successifs de la Santé et les représentants du peuple au sein du parlement.

Le Pr Claris se prononce sur la réforme de la gouvernance hospitalière

Elle a fait l’objet, on s’en souvient, d’une étude poussée lorsque la Mission Claris avait été invitée à plancher sur le sujet. Un Rapport sur la gouvernance et la simplification hospitalière avait été remis à Olivier Véran en juin 2020, faisant réagir nombre de paramédicaux car il faisait la promotion d’une gouvernance médico-centrée et faisant fi d’une quelconque influence des directeurs de soins, encore moins des cadres de santé. Or, il se trouve que le Pr Olivier Claris, signataire principal de ce fameux rapport, était l’invité vedette de la première session des 30èmes Journées nationales des cadres de santé organisées par l’ANCIM les 28 et 29 novembre 2022 à Toulouse. Son exposé de la situation était très attendu, l’assistance se demandant notamment s’il avait évolué dans sa conception de la gouvernance hospitalière.

Mieux manager pour mieux soigner

Il s’attacha tout d’abord à reprendre point par point les sources d’inefficacité, de conflits, ou de souffrance pour les personnels soignants, de la perte d’attractivité de ces métiers au manque de reconnaissance su service public hospitalier, en passant par les charges de travail trop importantes, les incompréhensions entre les Commissions Médicales d’Établissements (CME) et les Directions générales des hôpitaux ou la perte de signification de l’unité de soins en tant que telle. Il a ensuite rappelé que ce rapport comprenait 56 recommandations qui avaient abouti à la Loi Rist, à deux décrets, une circulaire et un Arrêté, sans compter le Guide « Mieux gouverner pour mieux soigner ». Et il a reconnu que, malgré tous ces efforts, la situation ne s’était guère améliorée.

Une déclaration finale qui détruit le discours consensuel

Il a ensuite mis en valeur le rôle du manager, paramédical et médical, dans l’organisation des soins, notant que ces derniers devaient se sentir bien dans leur travail pour être efficaces. Il a rappelé l’importance du binôme Chef de service – cadre de santé dans l’élaboration du projet de service et dans le respect de la feuille de route qu’ils fixent pour le mener à bien, autant de remarques qui semblaient être bien accueillies par l’assistance. Et puis, patatras ! « Le chef de service doit choisir son cadre de santé », a-t-il déclaré de but en blanc. Chassez le naturel, il revient au galop. Au beau milieu d’un discours consensuel, voilà que revient la philosophie médico-centrée qui avait servi de tutrice au rapport de juin 2020.

La gouvernance médico-centrée a de beaux jours devant elle

Cette déclaration a, bien entendu provoqué un long murmure dans la salle, objectivant le désaccord général et un certain malaise chez l’orateur. Et ce n’est pas l’intervention d’Olivia Ruffat, Coordinatrice des soins au sein du CH de Libourne, qui a atténué la déception générale. En affirmant qu’elle militait pour que chacun se choisisse – bienvenue chez les Bisounours ! -, elle n’a fait qu’accentuer l’incompréhension, puisque le système n’est pas conçu pour cela et qu’il n’y a pas de raison pour que cela change. Car c’est bien elle, la Directrice des soins, qui propose le cadre de santé, pour le management des paramédicaux, au chef de service, qui manage les médecins, et le nomme à cette fonction. Ce n’est pas le médecin qui choisit le cadre, et c’est encore moins l’inverse. Le Pr Claris a bien tenté, en fin de session, d’atténuer ses propos, mais sans vraiment convaincre quiconque.

Il ne nous a en tout cas pas rassurés quant à une éventuelle modernisation de la gouvernance hospitalière qui semble remettre au centre de son architecture le médecin tout puissant...

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@gpsante.fr
@bbenk34.


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