Grand Âge : privilégier le maintien à domicile sans déplacer les problèmes

lundi 31 janvier 2022, par Bruno Benque

Après que le secteur médico-social privé ait dû faire face à la vindicte populaire après les révélations récentes de maltraitance en EHPAD, le DG d’Orpéa a été limogé. Mais plus que d’incriminer les seules structures privées de ce secteur, il faut chercher les causes de tels dysfonctionnements. Les moyens humains et financiers étant difficiles à atteindre pour permettre une bonne prise charge globale du Grand Âge, le maintien à domicile doit être privilégié. Mais sans déplacer le problème...

Le secteur médico-social est, depuis quelques jours, dans la tourmente, après les révélations que le journaliste Victor Castanet a faites dans son livre « Les Fossoyeurs », publié chez Fayard le 26 janvier 2022.

Après les révélations de maltraitance en EHPAD, le DG d’Orpéa est limogé

Cet ouvrage, issu d’une enquête très poussée sur les pratiques qui ont cours dans les EHPAD du groupe privé Orpea, a fait l’objet d’une vague de réactions dans les médias généralistes où les commentateurs se sont insurgés contre les actes de maltraitance, ou assimilés comme tels, envers les résidents de ces établissements. Le groupe n’a pas tardé réagir puisque, le 30 janvier 2022, son conseil d’administration a décidé de limoger son directeur général, Yves Le Masne, remplacé par un nouveau PDG, Philippe Charrier, nommé avec effet immédiat. Mais au-delà des faits et des réactions qui se manifestent, à chaud, après de telles révélations, il convient d’approfondir le sujet, d’analyser les problèmes et d’identifier des pistes d’améliorations.

Ne pas incriminer tous les établissements privés

La vindicte populaire tire aujourd’hui à boulets rouges sur les entreprises privées qui gèrent les résidences pour personnes âgées dépendantes, souvent à juste titre, le marché qui résulte de cette activité étant très lucratif étant donnés les besoins croissants dans ce domaine. On estime que les personnes de plus de 65 ans seront 20 millions en 2030 et plus de 24 millions en 2060. Et même si elles ne sont pas toutes dépendantes, du moins pas assez pour pouvoir continuer à vivre à leur domicile, une grande partie de ces personnes devra intégrer un EHPAD à moyen terme. Mais il serait injuste d’affirmer que les structures privées sont toutes à incriminer quant à leur politique de prise en charge des résidents et à leur éthique professionnelle. De la même façon, il serait inexact de considérer que les établissements issus de la sphère publique sont exempts de tout reproche dans ce domaine.

Des moyens humains et financiers souvent inadaptés

Le secteur médico-social est en crise on le sait, peut-être plus encore que le secteur hospitalier et chaque établissement est singulier, dans son mode de fonctionnement, au dans son environnement et selon les moyens qui lui sont alloués. Les directeurs d’EHPAD doivent souvent faire preuve d’imagination et de débrouillardise pour jongler avec le personnel qui leur sont mis à disposition, dans un contexte de pénurie généralisée, et les budgets qu’on leur attribue, le mode de financement de ce type d’activité n’ayant pas encore trouvé la bonne formule malgré les réformes successives. Mais malgré leurs efforts et l’implication des personnels soignants, les prises en charge s’avèrent trop souvent inadaptées, les personnalités et le degré de dépendance inégal des résidents ne permettant pas de mettre en place une homogénéisation des pratiques.

Privilégier le maintien à domicile sans déplacer le problème

Quelles sont donc les solutions qui pourraient permettre une amélioration significative à ce sombre tableau, autre qu’une ouverture des vannes budgétaires qui auraient des conséquences économiques importantes pour le contribuable, entre autres ? Dans une tribune publiée pour le Think Tank LISA (Laboratoire d’Idées Santé Autonomie), Benoît Péricard, ancien directeur de CHU et d’ARS, donne quelques idées en ce sans après une expérience douloureuse traversée par une proche dans un EHPAD. Pour lui, l’EHPAD de demain devra sortir résolument de son modèle hospitalier, transférés soit à des associations, soit à des opérateurs privés, avec une révision drastique du rôle du médecin coordinateur et une évaluation qualitative basée sur les processus de bienveillance. Mais il considère que l’aide à la vie à domicile reste la base d’un parcours d’autonomie et devrait devenir un service public obligatoire.

Les progrès des technologies de Santé pourraient permettre en effet de développer les systèmes de surveillance et de misent alerte lors d’une défaillance d’une personne âgée dépendante à son domicile. Dans ce contexte, on ne pourrait résolument pas faire l’économie d’une armée d’auxiliaires de vie et de professionnels de Santé qu’il faudrait coordonner afin d’optimiser les prissent charge. Au risque de déplacer le sentiment de maltraitance de l’EHPAD vers le domicile du patient...

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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