Et pendant ce temps, la lente agonie des soignants...

lundi 5 septembre 2016, par Bruno Benque

Révision de la Loi Touraine, rétablissement de la médecine libérale, autonomie des hôpitaux ou tapage systématique sur les laboratoires, tels sont les thèmes développés, en cette rentrée, par les politiciens susceptibles de concourir à l’élection présidentielle prochaine. Mais pas un mot sur la lente agonie des soignants, dont certains sont poussés au suicide, comme ce fut le cas d’un cadre de santé en juillet dernier.

En cette rentrée 2016, nous sommes entrés, vous l’avez certainement remarqué, dans une période pré-électorale. La proximité de la présidentielle de 2017 est propice aux annonces, querelles, invectives et propositions de toutes sortes. Et la santé, sujet majeur de préoccupation des français, est un thème souvent évoqué dans les discours et les programmes des politiques.

Rétablir un climat de confiance

A droite, on ne lésine pas sur les attaques envers la Loi de modernisation de notre système de Santé, ou Loi Touraine. Ainsi, Alain Juppé estime que rien ne sera possible sans rétablir un climat de confiance entre les acteurs du système de soins, peu écoutés par la Ministre actuelle, et les pouvoirs publics, en instaurant un dialogue étroit entre deux parties et en associant et responsabilisant beaucoup plus fortement les patients. Pour le maire de Bordeaux d’autre part, dans la lutte contre les inégalités en santé, la pertinence des soins est le meilleur moyen d’améliorer la santé au meilleur coût : pertinence des organisations et du parcours de soins, pertinence des choix diagnostiques et thérapeutiques, pertinence de la formation.

Haro sur la Loi Touraine et retour aux 39 heures

François Fillon est quant à lui le plus virulent vis à vis de la Ministre. « Ce n’est pas en s’attaquant aux professionnels de santé comme l’a fait le gouvernement actuel que nous résoudrons les problèmes », annonce-t-il dans un programme très fourni sur le thème du système de santé. Il y est question, bien évidemment, du retour en grâce de la médecine libérale, pour préserver la liberté de choix des patients et la liberté d’exercice du personnel médical, et au refus de la généralisation du tiers payant qui ouvre la porte, selon lui, à la déresponsabilisation. Parmi les autres propositions à contre-courant, citons la mixité des parcours publics/privés, au moyens d’un nouveau statut de médecin attaché à l’hôpital et la complémentarité entre l’hospitalisation publique et l’hospitalisation privée. Du côté des mesures peu populaires, François Fillon souhaite une rationalisation de la carte hospitalière et une amélioration opérationnelle de l’hôpital public, avec le retour à un temps de travail hebdomadaire de 39 heures annoncé dans l’ensemble de fonction publique. Enfin, citons sa volonté de favoriser l’accès à des postes de direction hospitalière pour les professionnels de santé.

Des établissements de santé autonomes

Pour Nicolas Sarkozy, l’adoption de la loi Santé portée par Marisol Touraine et passée sans concertation avec les professionnels de la santé. « C’est le grand chelem de l’erreur, dit-il. On concerte après le vote de la loi ! » Il souhaite donc lui aussi réhabiliter la médecine libérale et réformer « un numerus clausus jugé obsolète qui éloigne de jeunes étudiants en médecine d’un métier dont ils ont toujours rêvé ». Revaloriser leur rémunération, leur redonner du temps médical au détriment du temps administratif et abroger le tiers payant généralisé sont aussi des propositions récurrentes chez l’ancien président. Parmi les propositions originales, on trouve l’instauration de l’autonomie des établissements de santé. « Il faut que les hôpitaux arrêtent de faire tous la même chose », dit-il, l’autonomie étant « l’occasion pour les dirigeants des établissements hospitaliers de choisir leurs spécialistes, d’organiser les heures de travail, de déterminer les rémunérations, de mettre en place les conditions de cette autonomie et de s’engager sur l’équilibre financier. »

Lutte contre la fraude à la sécu

Du côté de Marine Le Pen, la hausse des dépenses de santé étant structurelle et inéluctable, la lutte contre la fraude doit permettre de diviser le coût global actuel par quatre en cinq ans, soit 15 milliards d’économies. Pour repeupler les territoires ruraux,la présidente du Front national propose que « la scolarité des personnels médicaux intègre un stage territorial, pour une découverte concrète de nos territoires ». Le desserrement du numerus clausus dans les facultés de médecine est également à l’ordre du jour, pour permettre de pourvoir les besoins médicaux avec du personnel français formé en France. Enfin, le regroupement et la gestion harmonisée des trois régimes spéciaux et de tous les régimes particuliers, dans le respect de leurs spécificités issues de l’histoire, est envisagé.

Les laboratoires toujours aussi peu populaires

La gauche frondeuse semble quant à elle peu virulente envers la politique sanitaire de Marisol Touraine. Il faut dire que les programmes des uns et des autres ne sont pas encore finalisés, ou peu diffusés. Ainsi, Arnaud Montebourg et Jean-Luc Mélenchon font-ils appel à la démocratie participative, recueillant les propositions des électeurs afin de mieux les satisfaire le moment venu. Pour le second d’entre eux, au discours toujours aussi humaniste, il est urgent de « s’alarmer pour notre système de santé quand l’espérance de vie recule » et de taper sur les laboratoires « qui fabriquent à la fois le poison et l’antidote » pour faire du profit sur le dos des malades. Quant aux candidats aux primaires de la gauche gouvernementale, ils ne cessent de s’autocongratuler d’avoir réformé le système de santé français.

Mais pendant ce temps, des soignants se suicident devant les conditions de travail qui se dégradent, de nombreux autres sont victimes de burn-out. Le 6 juillet 2016, c’est un de nos collègues cadre de santé qui est passé à l’acte, fragilisé par par la pression exercée par sa hiérarchie. Les politiques resteront-ils longtemps silencieux devant la lente agonie des professionnels de santé ou préféreront-ils, comme souvent, baigner dans leur démagogie ?...

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com


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